DE LA " VERITE " IX
rier je recevais sept cents piastres. Je montai aussitôt à Montréal. MM. Beauchemin et Valois avaient précisément une presse à vendre au prix de sept cent cinquante piastres. Je la payai comptant. C'était un samedi soir, le
10 décembre 1881. La presse fut démontée et expédiée à Québec, le lundi matin. Dès le jeudi, elle était installée dans une chambrette juste assez grande pour la contenir; et la Vérité parut comme à l'ordinaire, au grand ébahissement des adversaires.
C'était une presse à vapeur que j'avais achetée — c'est encore la même qui imprime la Vérité aujourd'hui — et nous n'avions pas de machine à vapeur pour l'actionner.
11 fallait imprimer à bras d'hommes, au moyen d'une grande roue d'aire munie de deux manivelles. C'était un ouvrage tellement forçant que nous ne trouvions pas facilement les deux hommes voulus pour tourner la roue, même en payant le gros prix. Les journaliers de Saint- Roch et de Saint-Sauveur avaient peur de notre roue comme de la peste. Maintes fois, ne trouvant personne pour tourner la fameuse roue, je dus m'y atteler moimême, avec M. Odilon Drouin. Excellent exercice et pour le corps et pour l'âme !
Enfin, moyennant finances — une somme assez forte — la municipalité nous permit d'installer une turbine pour faire fonctionner la presse. Mais l'eau manquait bien plus souvent alors qu'aujourd'hui, et le jour la pression n Y tait généralement pas assez forte pour alimenter la turbine. Alors l'unique moyen d'imprimer la Vérité, c'était d'attendre la fin de l'arrosage des rues et la fermeture des grands ateliers.
En 1800, la Vérité passa par une dernière crise m rielle, la plus forte de toutes, peut-être.