A PROPOS D'UNE DEMANDE D'ENQUÊTE
15 décembre 1883.
H? Electeur vient de lancer un lourd pavé à la tête de M?r l'Archevêque. Voici comment :
Vendredi dernier, ce journal a publié les documents suivants :
[Confidentiel]
" Monsieur,
" Ci-inclus quelques formules d'une requête pour demander au délégué du Saint-Père, Son Excellence Dom Henri Smeulders, de faire une enquête canonique sur les difficultés religieuses au Canada.
*' Vous êtes prié de faire signer en duplicata les membres du clergé et des notables de chaque localité.
" Chacun doit écrire lui-même sa signature ; les qualités, professions, l'état et la résidence des signataires devront être ajoutés à la suite des noms.
" Vous être prié de me renvoyer ces requêtes sous le plus court délai.
" De semblables requêtes sont signées dans toutes les parties de la province.
" J'ai l'honneur d'être,
•' Monsieur,
" Votre tout dévoué serviteur,
l'n. Landry '."
1 — M. Landry agissait au nom d'un comité de catholiques qui s'était foin bec, à cette époque, pour combattre les menées
libérales.
" A Son Excellence,
" Dom Henri Smeulders,
" Commissaire Apostolique
" au Canada.
" Excellence,
" Les soussignés, catholiques delà province de Québec, profondément pénétrés de la nécessité d'une solution aux difficultés religieuses dont soutire maintenant le pays et fermement convaincus qu'un tel résultat ne peut être obtenu qu'à la suite d'une enquête judicieuse et complète surles causes, la gravité et l'étendue du mal, ont l'honneur de Vous demander qu'une telle enquête soit immédiatement instituée et conduite suivant les règles canoniques.
" Le Saint-Siège, en vous nommant commissaire apostolique, en vous donnant, dans les circonstances actuelles, une importante mission à remplir, a comblé de joie tous les catholiques sincèrement dévoués à l'Eglise qui attendent maintenant de Votre Excellence ce qu'ils demandent avec instance pour la gloire de Dieu et de son Eglise.
" Et les soussignés, comme c'est leur devoir, ne cesseront de prier.
" Nom
" Qualité
" Résidence "
Comme on peut le voir, il n'y a absolument rien, soit dans cette lettre, ou dans cette requête, qui soit le moins du monde irrespectueux pour l'autorité diocésaine. Et, cependant, Y Electeur a fait précéder ces documents de l'inqualifiable commentaire que voici :
" La conspiration ourdie contre Mgr l'Archevêque de Québec prend des proportions considérables. On pourra
ou recueil d'études 59
s'en convaincre en lisant les documents que nous publions plus bas et qui nous ont été remis par un prêtre de nos amis.
" Cette requête a été adressée à presque tous les curés du diocèse, avec une enveloppe affranchie adressée à M. Philippe Landry, Québec, afin de recevoir plus vite ces différentes requêtes."
On demande au représentant du Saint-Siège de s'enquérir des causes de nos difficultés religieuses. Et Y Electeur de s'écrier : " On conspire contre l'Archevêque. " Donc, d'après ce journal, Mgr l'Archevêque est la cause de ces dillicultés, puisqu'on ne peut pas demander que la lumière se fasse sur nos misères sans s'attaquer à Sa Grandeur !
Si Y Electeur avait été payé pour insulter Monseigneur il n'aurait pas mieux réussi !
Est-ce par sottise ou par malice que M. Pacaud a lancé ce pavé à la tête de l'Ordinaire ? C'est un problème que nous n'entreprendrons pas de résoudre.
22 décembre 1883.
Après avoir, dans un premier article sur la requête à Mgr Smeulders, chanté sur tous les tons qu'il n'y a pas de difficultés religieuses au pays, dans un deuxième article, en date du 15, l'écrivain de Y Electeur déclare que " depuis quinze ans une coterie répand le trouble dans les consciences et fait une guerre sans trêve à l'autorité religieuse." Donc il y a des difficultés religieuses.
Après avoir, dans son article du 10, ri à gorge déploj de ceux qui trouvent que la paix religieuse ne règne pas
dans notre pays, l'écrivain qui tient la plume à Y Electeur parle, dans le numéro du 15, du " mal qui nous ronge."
Dans son numéro du 10, il déclarait ne " pas apercevoir de difficultés religieuses " ; dans son numéro du 15, il s'écrie avec V Etendard : " Après des années de lutte, nous en sommes encore au même point : mêmes divergences d'opinions, mêmes dissentiments, mêmes acrimonies."
Donc, c'est V Electeur du 15 qui s'est chargé de réfuter Y Electeur du 10 !
Donc, il y a une coterie qui répand le trouble, un mal qui nous ronge. Alors, il faut une enquête de toute nécessité. Car Y Electeur et ses souffleurs croient ou feignent de croire que la coterie et le mal existent de notre côté ; tandis que nous sommes convaincus que la coterie et le mal se trouvent du côté de nos adversaires.
Rome décidera qui a raison.
Oui, dit Y Electeur, se voyant acculé dans une impasse, il y a du mal, mais demander au Commissaire de s'enquérir des causes de ce mal, c'est l'insulter, c'est lui dicter une ligne de conduite.
D'abord, si nos adversaires avaient commencé par admettre l'existence du " mal qui nous ronge," une requête à Son Excellence eût été moins nécessaire. Mais depuis des années, nos contradicteurs, pour empêcher toute enquête à fond sur les affaires du pays, travaillent, avec une ardeur surhumaine, à convaincre le Saint-Siège qu'il n'existe aucun mal sérieux au pays !
Du reste, depuis quand insulte-t-on quelqu'un en lui demandant respectueusement de faire quelque chose qui n'est pas mal en soi ?
Si Mgr Smeulders ne juge pas à propos de faire une enquête canonique, il n'en fera pas, voilà tout. Mais les
ou recueil d'études 61
catholiques ont le droit de lui demander de faire cette ■enquête.
Est-ce que les évoques et les catholiques de cette province qui ont demandé, par pétition au Saint-Siège, la canonisation de la Vénérable Marie de l'Incarnation et de M* «le Laval, insultaient le pape et lui dictaient une ligne de conduite à suivre ? Le prétendre ce serait se couvrir de ridicule. Il est non moins ridicule de prétendue que c'est insulter M>'r Smeulders que de lui demander l'institution d'une enquête régulière sur les affaires religieuses du pays.
L' 'Electeur prêche, avec un faux zèle, la soumission à l'autorité. S'il y avait une enquête, il serait sans doute facile d'établir que ceux qui parlent sans cesse de persécution et de révolte, sont eux-mêmes des persécuteurs et des révoltés. S'il y avait une enquête, il faudrait commencer par établir l'identité de celui qui tient la plume à Y Electeur en ce moment. On serait peut-être étonné d'apprendre que ce personnage, en apparence si respectueux pour Rome, a déjà parlé contre les cardinaux, contre les congrégations romaines, et même contre le Syllab>/s.
•us citous ailleurs l'opinion de plusieurs journaux sur l'affaire de la requête. Comme on peut le voir, les organes les mieux posés dans le pays trouvent qu'une enquête serait fort à propos. Pour bien dire, Y Electeur reste seul avec le Q < et la petite Sentinelle qui a suspen<l" s>>
publication en lançant un dernier hurlement contre M. Landry.
Pour que Y Electeur mette tant d'ardeur à empêcher toute enquête, il faut que ceux qui l'iuspirent aient une grande peur de la lumière.
Taudis que leurs adversaires demandent, d'une voix
unanime, la lumière la plus vive, eux réclament les ténèbres !
Ils ne voient donc pas jusqu'à quel point ils se compromettent ?