LA MINERVE ET NOS DIFFICULTES RELIGIEUSES
29 décembre 1883.
Au cours d'un article sur " Nos luttes religieuses ", la Minerve, sans parler de la requête à Mgr Smeulders, contredit formellement Y Electeur sur un point : Pour elle, l'existence de difficultés religieuses au milieu de nous est certaine. Elle dit :
" Tout en nous félicitant de la présence de l'éminent prélat (Mgl Smeulders), tout en en augurant les meilleurs résultats, nous ne pouvons que regretter les circonstances qui ont donné lieu à sa mission. Nous nous vantons d'être une population profondément catholique, profondément soumise à l'autorité religieuse, et cependant nous sommes sans cesse affligés par les luttes des plus déplorables, qui s'étendent de l'épiscopat au reste du clergé et du clergé aux laïques.
" Ces luttes se poursuivent depuis des années avec une vivacité et nous pouvons dire un acharnement que l'on peut difficilement s'expliquer. A nous seuls nous donnons plus de besogne à la Propagande qu'une demi-douzaine de nations beaucoup plus populeuses. . .11 est vrai que notre province a presque toujours été tourmentée par les querelles religieuses. On en trouve les premières étincelles au berceau même de la colonie, et loin de s'éteindre, la flamme qu'elles ont produite n'a fait que redoubler d'intensité. . .Ces déchirements nous mènent à l'abîme."
La Minerve dit qu'elle " regrette les circonstances qui ont donné lieu à la mission de MEr Smeuldere." On peut augurer de là que la vieille va se convertir enfin. Mieux vaut tard que jamais !
La déesse parle ensuite de nos "luttes déplorables." Oui, déplorables, en effet. Et ces luttes, la Minerve a contribué, plus que bien d'autres, à les faire naître, à les aggraver, à Ips prolonger. Nos luttes ne viennent pas de ce que nous " sommes trop Normands," mais de ce que des hommmes et des journaux politiques se sont, comme la Minerve, montrés trop païens, trop hostiles aux droits de la vérité et de la justice. Et si ces luttes ont " doublé d'intensité," c'est que les gens de l'école de la Minerve n'ont pas craint d'attaquer l'autorité, après l'avoir exploitée, quand ils ont cru, en l'attaquant, faire avancer leurs petites affaires personnelles.
A la Minerve on a combattu, tour à tour, les radicaux et les catholiques ultramontains, selon les exigences du pot-au-feu.
La Minerve déclare que le temps est venu de " redresser ce mauvais coté de notre caractère." Que la feuille de la rue Notre-Dame, qui se prétend à la tête du journalisme canadien, donne l'exemple ! Elle veut que tous se rallient " franchement au grand principe de l'autorité religieuse." " Respect au Pape, s'écrie-t-elle, respect aux évêquea qui le représentent, respect aux prêtres qui sont en communion d'idées avec leur évêque." Rien de mieux, certainement, que cette déclaration de principes. Mais il nous semble que ces belles vérités étaient bonnes à pratiquer quand les écrivains «le la Minerve attaquaient le Concile du Vatican et le Syllabas ; quand cette feuille ait la guerre à son évê |Ue, M Bourget, et au clergé uni à l'évêque.
" Notre boussole, c'est Rome, dit la Minerve, c'est le Souverain Pontife, qui seul tient de Dieu l'infallibilité." Voilà encore du vrai, assurément. Mais alors pourquoi la Minerve a-t-elle tant insulté le clergé et les laïques de Montréal, coupables uniquement d'avoir fait des démarches pour consulter Rome ?
L'article de la Minerve n'aurait pas été complet, s'il ne se fût terminé par une sottise historique. C'est de rigueur, dans les bureaux de ce journal, d'ignorer les choses les plus connues. C'est ainsi que, le 3 avril 1882, la vieille annonçait au public étonné qu'on avait chanté, à Notre- Dame, la Passion de Jésus -Christ selon l'historien Joseph ! Il ne faut donc pas s'étonner de voir la bonne déesse clore sa dissertation sur " nos luttes religieuses " par l'énorme bourde que voici :
" Oui, ayons les yeux sans cesse tournés sur elle (Rome) et nous marcherons aussi sûrement vers l'avenir que le peuple de Dieu lorsqu'il fut conduit dans le désert par l'étoile du salut."
Pauvre vieille, vous confondez la nuée et la colonne de feu qui conduisirent le peuple juif, avec l'étoile miraculeuse qui guida les Mages jusqu'à Bethléem ! Parlez donc de choses que vous connaissez au moins un peu.
ou recueil d'études 65