‹ MelangesChapitre 68 sur 125 · APPEL AUX PROTESTANTS · texte numérisé non relu

APPEL AUX PROTESTANTS

19 janvier 1884.

land les catholiques libéraux, de toute nuance et de toute condition, se voient battus dans la discussion par atholiques tout court, ils out recours à César pour les défendre contre la lumière de la vraie doctrine.

Cela s'est déjà vu plusieurs fois, notamment pendant le dernier concile du Vatican. Les libéraux, les antiinfaillibilistes, les inopportunistes, voyant que le Saint- Esprit allait l'emporter sur eux, que le dogme de l'infaillibilité allait être défini, n'ont pas craint de faire appel au pouvoir séculier pour "sauver l'Eglise."

Cette malheureuse école libérale, qui jadis a sollicité une intervention sacrilège dans les délibérations du Concile, compte des adhérents au Canada. Mus par le même esprit d'orgueil qui animait les tenants de l'opposition en 1869, nos intrigants libéraux, plutôt que de voir triompher la pure doctrine catholique, telle que nos évêques, unis à Rome, nous l'ont exposée dans la mémorable Pastorale du 22 septembre 1875, louée par Pie IX, plutôt que de se soumettre à cet enseignement, font appel aux protestants, font entrer les hérétiques, les athées, les francs-maçons dans la citadelle.

Ne pouvant rien répondre à leurs frères, qui persistent à réclamer l'application des enseignements de nos pasteurs, ils ont recours à César, ils excitent contre nous les ennemis jurés de l'Eglise.

C'est là un acte d'une indicible lâcheté qui rappelle ce cri honteux des Juifs devant l'ilate : M Si vous renvoyez Celui-ci, vous n'êtes pas l'ami de César."

Nos Juifs modernes, entourant les Pilâtes de nos jours, vocifèrent : " Si vous n'écrasez pas tous ceux qui veulent revendiquer les droits de l'Eglise, qui veulent appliquer à la vie sociale les doctrines catholiques, vous n'êtes pas l'ami de César."

Et les Pilâtes de la presse, grands et petits, se troublent, tremblent et sacrifient la Justice et la Vérité.

Cet épou vantail des protestants, voilà longtemps que nos libéraux catholiques l'agitent. A ce propos, nous aimons à mettre sous les yeux de nos lecteurs les belles paroles que l'honorable M. Trudel écrivait dans son rapport au Congrès catholique de Québec, tenu en 1880. On dirait que l'honorable sénateur avait sous les yeux le triste tableau qui se déroule devant nous en ce moment. Il disait :

" Lorsque l'erreur se sent serrée de trop près, et que la vérité catholique, proclamée haut et rayonnant d'un vif éclat, est sur le point de recevoir l'adhésion universelle de la population, le libre penseur, le gallican ou même le libéral catholique et quelquefois aussi le conservateur prudent, circonspect ou opportuniste, c'est-à-dire celui dont les intérêts matériels, les haines, les ambitions ou les préjugés sont menacés par la vérité, jettent tout à coup le cri d'alarme :

" Vous allez effrayer les protestants ! Vous allez soule- *'ver le préjugé protestant ! A^ous allez réveiller le fana- " tisme protestant !"

" Bien peu résistent à cette menace et ne retraitent pas «levant cet épouvautail.

k' On va déplaire aux protestants ! . . . .

" Vite on reploie le drapeau, on cache ses couleurs, on brise les rangs, on se disperse. Et l'erreur triomphante reste, une fois de plus, maîtresse du champ de bataille. Que de nombreux et importants succès n'a-t-elle pas remportés sous ce faux, mais spécieux prétexte !

ou recueil d'études 87

" Souvent ces braves protestants ne songent nullement à s'effrayer de la proclamation d'une vérité qui leur est tout à fait étrangère, qui ne menace nullement leurs dogmes, et à laquelle ils sont plus qu'indifférents. Quelquefois même, ils sont à cent lieues de savoir ce dont il s'agit ; en tout cas, ils ne s'effraient nullement : leur bon sens et leur esprit de justice leur suggèrent qu'il n'y a, pour eux, aucun sujet d'alarme, ni aucun prétexte à une levée de boucliers.

'■ Mais très souvent, un libéral ou un opportuniste est là

Page 1