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ETRANGER

3 mai 1884.

L' Electeur du 21 avril contenait un article scandaleux contre lequel nous avons protesté dans notre dernier numéro. Voici cet écrit en entier :

" On nous écrit de Montréal : " Vous savez que M;r Taché a passé une grande partie de l'hiver à Montréal. Ses iutimes disaient qu'il était venu pour former une colonie canadienne-française pour le Nord-Ouest. Il est constaté que ce c'était qu'un leurre. Vous savez sans doute qu'en arrivant à Montréal, M r Smeulders était allé loger chez les pères Oblate. Son but était de se mettre ainsi sur un terrain neutre. Mais le- jésuites, voyant cela, ont fait venir M r Taché, sachant qu'il irait loger chez les Oblats et pourrait ainsi être en rapport constant avec' le Commissaire Apostolique.

" C'est ce qui est arrivé ; Mgr Taché a passé plus de deux mois avec Mgr Smeulders. L'hostilité de Mgr Taché pour l'Université et le Séminaire de Québec étant connue, il est facile de comprendre qu'il n'a pas dû leur faire du bien auprès du Commissaire Apostolique. Aussi existe-t-il une grande irritation contre l'évêque de Saint-Boniface dans les cercles favorables à l'Université Laval.

" Les faits que je viens de vous indiquer expliqueraient, paraît-il, la lenteur de Mgr Smeulders à se prononcer sur les difficultés pendantes et la décision de l'Université Laval de fermer ses cours à l'automne.

" Il est très regrettable de voir ainsi un prélat étranger intervenir dans nos affaires exclusivement provinciales."

Cet écrit de V Electeur est une des plus odieuses attaques contre de hauts dignitaires ecclésiastiques qu'il soit possible d'imaginer. Car, comme le dit excellemment notre confrère du Courrier du Canada, le voile des précautions oratoires écarté, la pensée de l'écrivain libéral est claire : " Les jésuites de Montréal ont monté une intrigue pour faire influencer Son Excellence le Commissaire Apostolique par Mgv Taché ; Mgr Taché s'est prêté à l'intrigue et a consenti a cabaler Mgr Smeulders ; Son Excellence s'est laissé cabaler et en est venue à partager, dans une certaine mesure, l'hostilité de Mgl Taché pour l'Université et le Séminaire de Québec ; enfin, résultat de l'intrigue, le Commissaire du Saint-Siège est trop lent à se prononcer sur les difficultés pendantes et l'Université- Laval, en conséquence, va fermer ses cours à l'automne. Tel est, sans artifice, le vrai sens de l'écrit publié par V Electeur, ou cet écrit ne veut rien dire du tout."

Puis notre confrère relève chacune de ces accusations avec une très grande vigueur.

Il est souverainement scandaleux de voir traîner ainsi,

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dans la presse, tout un ordre religieux, un archevêque et un représentant du Saint-Siège. Msr Smeulders, M?r Taché et les pères jésuites n'ont-ils pas le droit de faire ce que leur conscience leur dit de faire, sans avoir un compte à rendre à M. Pacaud et aux abonnés de l' Electeur f

l'auteur de cette attaque croit sincèrement qu'il y a eu intrigue de la part des jésuites et de M" Taché, s'il est convaincu que Mgr Smeulders s'est laissé surprendre par cette intrigue, c'est son devoir d'avertir le Souverain Pontife qui seul pourrait porter remède à un tel état de choses : mais personne n'a le droit de traduire ainsi de hauts dignitaires ecclésiastiques, et un ordre religieux, devant " le tribunal incompétent de l'opiuion publique." Le9 lois générales de l'Eglise le défendent, et NX. SS. les évêques l'ont défendu d'une manière toute particulii-re.

L'Electeur, qui nous prêche sans cesse l'obéissance, qui nous traite de révoltés, est le premier à faire preuve d'insubordination et de mépris pour l'autorité.

Mais ce qu'il y a de plus regrettable dans cette attaque, c'est le mot étranger. D'abord appliqué à M* Taché, c'est un mensonge et une insulte. Etranger, cet illustre prélat, si profondément Canadien-français, par la naissance, par l'éducation, par les traditions, par les sympathies ! Etranger, cet évêque-missionnaire, une des plus pures gloires. de notre race, qui a implanté dans les immenses contrées du Xord-Ouest, avec la Foi et la civilisation, l'amour du Canada français! Ah ! il n'y a qu'un homme sans cœur et sans patriotisme qui puisse appliquer à Mgr Taché cette dure épithète d'étranger !

Qui, plus que M" Taché, était en mesure de renseigner

exactement et fidèlement le Commissaire Apostolique sur

flaires de notre province? Eloigné du théâtre de nos

luttes religieuses, mais les suivant avec un pénible intérêt, témoin très impartial, mais aussi parfaitement au courant de tout, l'archevêque de Saint-Boni face est certes l'un de ceux que le Délégué du Pape pouvait et devait consulter.

Mais nous voyons dans ce mot étranger, appliqué à un évêque de l'Eglise catholique, un sens plus odieux encore. Il n'y a pas d'évêques étrangers dans l'Eglise. Et si Mgl Smeulders avait eu besoin, pour s'éclairer sur nos difficultés religieuses, des lumières d'un évêque du fin fond de l'Asie, il aurait eu le droit de le faire venir, et les gens de V Electeur n'auraient eu rien à dire.

Si Mgr Taché est étranger, s'il est regrettable de le voir intervenir dans nos affaires, Mgr Smeulders est encore plus étranger, et son intervention est encore plus regrettable. Aussi est-ce là ce qu'on entend murmurer tout bas, dans certains quartiers, depuis l'apparition de ce scandaleux article de Y Electeur.

Et si Mgr Smeulders est un étranger, celui qui l'a envoyé au Canada, le Pape, l'est également ! Nous voilà donc en face d'un véritable esprit schismatique, esprit qui s'est déjà manifesté dans le pays depuis quelques années. On n'a pas oublié les injures grossières qu'ont eu à endurer, de la part de l'école de V Electeur, tous ceux qui ont cru devoir porter leurs plaintes au pied du Souverain Pontife. On les traitait de révoltés. Mais révoltés contre qui ? Non contre le Pape, puisqu'ils avaient recours à Lui, puisqu'ils Lui demandaient secours et protection.

Il faut bien le dire, une certaine coterie, dont V Electeur est un des plus fidèles organes, s'est constituée l'église au Canada. Pour ces gens-là, le chef de l'Eglise, ce n'est pas le Pape, c'est Mgr l'Archevêque de Québec ; et, encore, à la condition bien expresse que Mgr l'Archevêque pense entièrement comme eux. Car ils n'écoutent pas plus

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l'Archevêque que le Pape quand ce qu'il ordonne ne cadre pas avec leurs idées, leurs préjugés et leurs haines. Par exemple, que M" Taschereau défende aux journalistes de traîner les personnes et les institutions ecclésiastiques devant le tribunal incompétent de l'opinion publique, ces ennemis de la paix religieuse n'en continueront pas moins à frapper sur les jésuites, sur Mçr Laflèche, sur tous les prêtres qu'ils se plaisent à appeler ultramoniains.

Xous avons à peine besoin de mettre nos lecteurs en garde contre cet esprit de faux nationalisme, esprit tout à fait contraire à l'esprit catholique. Dans tous les pays où. il s'est introduit, il a causé des ravages terribles. Il a fait chanceler le grand Bossuet, il lui a fait commettre des écarts déplorables. Est-il surprenant que ce même esprit fasse tourner la tête à des hommes qui n'ont ni le génie, ni la foi, ni les connaissances de l'aigle de Meaux ?

Plus que jamais, dans ces jours de troubles et d'erreurs insidieuses, il faut que les catholiques tiennent leurs regards attachés sur Pierre. C'est lui qui est le phare inextinguible allumé par le Divin Maître pour conduire le monde à travers les âges ; c'est lui qui est au timon de la barque de Jésus-Christ ; lui seul a reçu la mission de paître le troupeau tout entier, les brebis comme les agneaux.

Le représentant de Pierre est au milieu de nous. Il étudie avec soin les causes de notre malaise. Ne couvientil pas que les bons catholiques, au lieu de se répandre en récriminations coupables, attendent, dans le recueillement et la prière, le remède que le souverain médecin de nos âmes, parfaitement instruit delà maladie qui nous ronge, daignera nous prescrire ?

LA SAGESSE PAÏENNE vs. LA SAGESSE CHRÉTIENNE

17 mai 1884.

Notre vieille déesse païenne, la Minerve, est en courroux. Contre qui se déchaîne sa colère? Contre les ennemis de l'Eglise, contre les francs-maçons, contre les libre-penseurs, contre les libéraux ? Ah ! vous connaissez peu l'antique idole. Elle est toujours remplie de suavité, de douceur pour ces pauvres impies et ces estimables catholiques à gros grain et à idées croches ; elle réserve ses foudree pour les seuls catholiques militants.

Aussi est-ce l'un des plus vaillants journaux catholiques du monde entier, le Journal de Rome, qui excite en ce moment l'ire de la vieille fille de Jupiter.

Le Journal de Rome, qui défend avec tant de courage les droits du Saint-Siège, s'est mis à étudier le Canada français. Le rédacteur de ce grand organe de la catholicité, placé en dehors de nos luttes, est dans une excellente position pour juger sainement, sans parti pris, avec vérité et sans faiblesse, le mal social qui nous ronge. Comme un médecin habile, il met le doigt sur la plaie, il la sonde, il la trouve dangereuse, et, en homme consciencieux, il nous le dit carrément.

L'opération est douloureuse, mais nécessaire, comme le prouvent les cris de la Minerve et de ses satellites.

Que dit le Journal de Rome f Dans un article sur la franc-maçonnerie, numéro du 16 avril, on trouve, affirme

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la Minerve, entre autres phrases insultantes pour nous, la suivante :

" En combien de pays, malgré la défense formelle de l'Eglise, la franc-maçonnerie n'a-t-elle pas séduit jusqu'à des catholiques ? Faut-il rappeler ces tristes compromissions, sinon ces adhésions déclarées, qui au Portugal, au -il, dans l'Amérique du Nord, au Canada surtout, -urageut les fidèles du Christ, étonnent et scandali- ' le reste de l'univers f "

C'est la Minerve qui souligne.

La vieille déesse s'écrie, en déchirant ses vêtements, comme Caïphe :

v' N'est-il pas révoltant de voir le Canada français et catholique dénoncé de cette façon comme pays pire que le Portugal, le Brésil, etc., comme un objet de scandale pour le " reste de l' univers " ! C'est bien le monde renversé, n'est-ce pas, puisque le Souverain Pontife lui-même a fréquemment signalé notre nation comme une des plus religieuses du globe. C'est une calomnie, une grossière calomnie, d'autant plus blâmable qu'elle vient d'un organe semi-officiel du Vatican.

" lie Journal de Rome semble avoir entrepris de nous faire passer aux yeux du monde catholique pour ce que nous ne sommes pas, de détruire une réputation acquise et conservée à travers maints obstacles.

" Il dénature les faits et dit une fausseté, en affirmant qu'il y a beaucoup de francs-maçons parmi les Canadiensfrançais. La vérité est qu'il y en a très peu, moins que parmi les Brésiliens, les Portugais, les Belges et les autres, peuples soi-disant catholiques qu'il donue comme valant mieux que nous. Les catholiques qui sont devenus francsmaçons en Canada — et leur nombre est intime — savent d'ailleurs qu'ils sont exclus par là même de l'Eglise catholique et se le tiennent pour dit.

•■ N'est-il pas déplorable que de pareils mensonges soient mis en circulation de cette façon ? Comment, le

Canada français serait devenu un objet de scandale pour le monde catholique ! Mais alors, c'est que notre peuple et notre clergé auraient failli à leur mission, rompu avec les traditions du passé. Qui donc a pu nous calomnier de la sorte au siège de la catholicité ? "

Examinons tout cela froidement, à la lumière de la foi, de la raison et des faits.

D'abord, une simple question de grammaire, science qui a autant de mystères pour la Minerve que les problèmes sociaux.

Le Journal de Borne ne dit pas que le Canada est pire que le Portugal et le Brésil. Le surtout qui effarouche tant la Minerve ne se rapporte qu'à Y 'Amérique du Nord, et non point au Portugal et au Brésil. Qui ne sait que, de tous les pays de l'Amérique du Nord, c'est le Canada qui est le plus fortement travaillé par la franc-maçonnerie? Prenez n'importe quel ouvrage récent sur la secte, et vous y trouverez la preuve irréfutable que nulle part dans le monde entier, la franc-maçonnerie ne compte autant de loges, eu égard à la population, que dans la Confédération canadienne. Ainsi, quand même le Journal de Borne aurait trouvé notre situation encore plus alarmante que celle du Portugal et du Brésil, il n'y aurait eu làdedans rien que de très naturel, surtout étant connu l'indiôérentisme coupable et inexpliquable manifesté par tant de catholiques du Canada en face de l'épouvantable péril qui nous menace.

Ensuite, le Journal de Borne ne nie pas, et n'a pas voulu nier, nous en sommes convaincu, les excellentes dispositions de la masse de nos populations rurales dont la foi est encore vive. Et c'est justement parce que notre peuple est encore croyant que les scandales donnés par les journaux et les classes dirigeantes sont pernicieux et dignes

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de réprobation. Ici, on n'a aucune excuse de mal faire. Ceux qui nous gouvernent, ceux qui font nos lois, ceux qui forment l'opinion publique n'auraient qu'à se confor mer aux sentiments des masses pour agir catholiquement. Pour faire entrer chez nous peu à peu le poison du libéralisme et de l'esprit rationaliste ou maçonnique, ils sont oblisrés de violenter les convictions de nos braves cultivateurs, d'endormir le sens catholique, et surtout de bâillonner le clergé.

La province de Québec, jouissant d'une autonomie politique pour ainsi dire complète, catholique dans l'immense majorité de ses habitants, aurait pu, non seulement se gouverner toujours selon les lois de l'Eglise, mais servir de foyer catholique daus l'Amérique du Nord, de di<rue contre le flot des erreurs modernes. Voilà notre mission. Si, depuis un certain nombre d'années, nous y manquons gravement, au dire de tous ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ; si, au lieu d'être le sel de ce continent, nous nous corrompons rapidement, cela n'est ni la faute du peuple, ni la faute du clergé. Si nous avons à déplorer aujourd'hui ce grand malheur, il faut en tenir responsables un certain nombre de nos hommes publics et de nos journalistes qui, les uns par malice, les autres par ignorance, agissant sous l'influence des loges, ont introduit, entretenu, propagé ou laissé propager la peste du libéralisme. *•

La Minerve déclare que le Journal de Rome " dit une fausseté en affirmant qu'il y a beaucoup de francs-maçons parmi les Canadiens-français." D'abord, le Journal de <e n'a rien affirmé quant au nombre des sectaires parmi nous; il flétrit ces " tristes compromissions qui découragent les fidèles du Christ, étonnent et scandalisent le reste de l'univers." Et il n'a que trop raison de le faire.

Hélas ! oui, depuis des années, le Canada français a donné d'affreux scandales au monde.

Il vaut beaucoup mieux l'avouer humblement et prendre la ferme résolution de travailler à réparer le passé, que de tenir le langage du pharisien priant orgueilleusement dans le temple et remerciant Dieu de ce qu'il n'est pas comme les autres hommes.

Les scandales que nous avons donnés depuis que le libéralisme et l'esprit maçonnique nous travaillent, qui peut les compter? Sans parler des misères qui, parleur nature même, ne peuvent être mentionnées ici, mais que le Journal de Rome ne doit pas ignorer à l'heure qu'il est, que de faiblesses, que de hontes qu'il est bon de rappeler de temps à autre pour abaisser notre orgueil !

Jetons un coup d'œil sur les huit ou neuf dernières années de notre existence.

En premier lieu, cette inique guerre faite au clergé pour le chasser de la vie sociale et le " renfermer dans la sacristie," selon la formule du libéralisme ; guerre, hélas ! qui a été couronnée de succès. N'est-on pas ailé, dans cette entreprise maçonnique, jusqu'à porter une main sacrilège sur la chaire de vérité et l'administration des sacrements ? Ce scandale seul suffirait à justifier le langage sévère du Journal de Rome.

Puis, sur le terrain de l'éducation, que d'efforts se sont faits et se font encore pour laïciser l'instruction, pour la soustraire à la surveillance de l'Eglise ! que de violations des droits des parents, que d'empiétements de la part de l'Etat ! Qui d'entre nous a oublié les trois ou quatre projets de loi inspirés par l'esprit maçonnique et qui n'ont été repoussés que grâce à la vigilance des catholiques militants que la Minerve et tant d'autres feuilles libérales ont constamment calomniés !

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Dans ces derniers temps, que d'abus scandaleux, que d'horribles profanations du nom et de l'autorité du Saint- Siège ! N'a-t-on pas voulu réhabiliter la peste du libéralisme et protéger même la franc-maçonnerie en invoquant les décrets venus de Rome ?

N'a-t-on pas villipendé, dénoncé comme mauvais catholiques les fidèles qui portaient leurs plaintes aux pieds du Souverain Pontife ?

Qui ne se souvient des décorations de Jules Ferry, cet ennemi acharné de l'Eglise, que des catholiques du Canada ont reçues avec orgeuil ?

Et le scandale que nous donne encore la Patrie ! Voici un journal dirigé par un franc-maçon déclaré, qui est reçu, encouragé, soutenu par des centaines, des milliers de catholiques du Canada, malgré la défense si formelle des papes de prêter main forte aux loges. C'est là encore une " triste compromission " qui, à elle seule, donnerait cent fois raison au Journal de Rome.

Puis, l'Institut-Canadien, de Montréal, ce foyer d'impiété, qui renaît de ses cendres !

Et l'abominable livre de Suite où nos pères dans la foi sont calomniés honteusement. Dans la presse, qui sont ceux qui ont eu le courage de protester contre ce scandale ? Quelques voix isolées, voilà tout ?

Les œuvres de " philanthropie," les œuvres humanitaires sont prônées par la {tresse, excitent l'admiration d'un grand nombre.

Les conférences les plus impies sont applaudies, les congrès de scientists libre-penseurs sont acclamés.

Que de journaux soi-disant catholiques ont donné et donnent encore le scandale des mauvais feuilletons, des réclames en faveur du théâtre le plus immonde !

Que de faiblesses, que de compromissions, que de lâchetés dans la presse et ailleurs quand il s'agit de combattre toutes ces erreurs, tous ces crimes !

Comme on le voit, nous passons sous silence les scandales dans le monde purement politique, lesquels sont pourtant nombreux et criants.

Et sur quoi la Minerve se base-t-elle pour affirmer que le nombre des francs-maçons parmi les Canadiens-français est infime ? Sur rien, absolument sur rien. Sans prétendre connaître le nombre exact de ces malheureux, les hommes les plus éclairés de notre pays, qui ont fait une étude approfondie de cette grave question, sont d'accord pour dire qu'il y en a plus qu'on ne pense généralement. Du reste, peu importe le nombre !

Les œuvres, l'esprit de la franc-maçonnerie sont là qui envahissent notre pays.

Et que signifie cette naïveté de la Minerve: " Les catholiques qui sont devenus francs-maçons, en Canada, savent d'ailleurs qu'ils sont exclus par là même de l'Eglise catholique et se le tiennent pour dit." Est-ce qu'ils ne le savent pas en France, en Italie, en Belgique, et est-ce que cette connaissance lés empêche de faire leur œuvre diabolique ?

Est-ce que la Patrie " se le tient pour dit " ? Au contraire, ne se donne-t-elle pas pour un organe catholique ? N'a-t-elle pas l'audace de défendre ouvertement l'Université Laval, de prendre certains membres du clergé sous sa protection ? Et ainsi affublée du manteau de la plus abominable hypocrisie, ne se faufil e-t-elle pas dans des centaines de foyers chrétiens portant avec elle la corruption et la mort ?

Tout cela, nous le demandons au nom du Dieu de toute

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vérité, n'est-il pas de nature à décourager les fidèles du Christ, à étonner et à scandaliser l'univers entier ?

Les paroles du Journal de Borne, loin d'être une calomnie grossière, sont d'une justice et d'une justesse effrayantes et devraient nous faire entrer en nous-mêmes et nous arrêter sur la pente fatale où nous glissons.

La Minerve termine son inqualifiable article par la suprême sottise que voici :

u Au reste, il ne faut peut-être pas s'étonner outre mesure de la conduite du Journal, puisque les choses en sont à ce point qu'un membre même de la cour papale demandait très sérieusement, il a quelques semaines, à un personnage canadien, de passage à Rome, s'il était bien vrai que l'archevêque de Québec et ses collègues de l'épiscopat canadien fussent francs-maçons et libre-penseurs. Après cela, il n'y a pas lieu d'être surpris que de simples laïques du Canada soient dénoncés par des journaux qui devraient être mieux renseignés."

La Minerve généralise, sans doute à dessein, le propos qu'aurait tenu ce membre de la cour papale. A notre, tour, nous dirons qu'il ne faut pas s'étonner outre mesure de cette parole quaud on songe que depuis des mois V Electeur et la Patrie s'évertuent à prouver que toute attaque dirigée contre le libéralisme et la franc-maçonnerie frappe l'archevêque de Québec en pleine figure ! Ces deux journaux n'ont-ils pas formellement déclaré, à maintes reprises, que la brochure de Jean <VErbrèe, où les trames de la secte sont dévoilées, était une insulte faite à l'Archevêque, un acte de révolte contre l'autorité ecclésiastique du diocèse?

(^uand des journaux osent tenir un tel langage, il ne faut pas s'étonner des conclusions que la logique semble imposer aux esprits réfléchis. Nous savons, Dieu merci,

que, dans l'espèce, ces conclusions sont fausses en fait ; mais ne blâmons pas le membre de la cour papale.

Les premiers coupables dans cette affaire sont ces journalistes éhontés qui, abusant de la latitude qui leur est donnée, compromettent des personnages revêtus de l'autorité sous prétexte de les défendre. Le malheur que la Minerve signale, si réellement il est arrivé, n'est que la conséquence rigoureuse de la conduite de la mauvaise presse du Canada.

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