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L'ENCYCLIQUE IIUMANUM GENVS ET LA PRESSE CANADIENNE

24 mai 1887.

On répète sans cesse, et sur tous les tons, que notre pays est si catholique, si dévoué aux intérêts de l'Eglise, si profondément attaché au Saint-Siège que nulle part 'ailleurs on ne peut rien trouver de semblable. Nos journalistes et nos hommes politiques se fâchent tout rouges quand quelqu'un ose émettre, bien timidement, l'opinion que peut-être il y a des Canadiens un peu moins catholiques que le pape. C'est entendu, nous sommes tous des héros chrétiens, et pour verser notre sang nous n'attendons qu'un petit signe du Saint-Père. Prétendre que les erreurs modernes, Pinditférentiame, le libéralisme, le naturalisme, le matérialisme, l'esprit maçonnique ont pu pénétrer dans notre province, aussi bien qu'ailleurs, c'est calomnier grossièrement notre pays, c'est faire preuve d'une ignorance vraiment pitoyable et d'un fanatisme aveugle.

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Voilà ce que nous enseigne l'école des endormis et des endormeurs ; et, cependant, hélas ! notre province vient de donner encore un de ces spectacles qui " découragent les fidèles du Christ, étonnent et scandalisent le reste de l'univers", selon l'expression si juste du Journal de Rome.

On aurait cru, n'est-ce pas? que toute la presse canadienne-française se serait empressée de reproduire intégralement l'encyclique Humanum genus dans lequel le Pontife infaillible vient de donner au monde entier de si graves, de si salutaires enseignements.

Eli bien ! nous le constatons avec douleur et honte, cinq de nos principaux journaux quotidiens, qui se vantent de leur forte circulation, n'ont pas encore publié cette admirable Encyclique, même à titre de renseignement. C'est à peine croyable, mais c'est la stricte vérité.

D'abord, la Patrie, qui cherche à se faire passer pour un me catholique, en défendant certains membres du clergé, n'a pas dit un mot de ce grave document. Elle trouve de la place pour insérer les élucubrations malsaines de Cyprien, de M. Buies, de M. Lusignan, de M. •hette, etc., mais elle ignore et laisse ignorer à ses malheureux lecteurs les paroles du Pape. Cela ne doit guère nous surprendre, du reste, puisque ce journal est l'organe de M. Beaugrand qui, le 26 janvier 1878, dans la République, se déclarait " franc-maçon très avancé."

Un autre grand journal quotidien, de Montréal, le qui prétend avoir la plus forte circulation de toutes les feuilles canadiennes-françaises, a gardé le même silence coupable.

Pourtant cette feuille au grand format trouve le moyen de publier deux feuilleton». Nous avons jeté un coup d'œil sur un de ces romans pour voir quelle sorte de

littérature ce journal préfère aux enseignements du Vicaire de Jésus-Christ. Une demi-coloune nous a suffit : c'était une scène d'amour illicite ! !

Vient ensuite la Minerve qui se donne volontiers le titre d'organe de la nationalité canadienne-française ; elle aussi publie un feuilleton, sans compter les mille et une autres niaiseries dont elle bourre chaque jour ses colonnes. Elle s'est conteutée de donner une pâle analyse de l'Encyclique, substituant sa prose incolore et insipide aux paroles pleines de majesté et de grandeur de Léon XIII1.

A Québec, Y Electeur, frère siamois de la Patrie, a imité la conduite de l'organe attitré de la franc-maçonnerie. De l'encyclique, pas une ligne, mais en revanche cette feuille sert à ses lecteurs des chroniques dont le moindre défaut est la sottise la plus achevée.

JJ Evénement, journal à petit format, si vous voulez, mais à huit pages, s'est contenté d'une espèce de résumé de l'Encyclique. Et pendant ce temps il consacre chaque jour une page entière à un feuilleton détestable dont nous aurons l'occasion de parler.

A part ces cinq grands journaux qui n'ont pas publié l'Encyclique, il y en a de plus petits qui auraient pu la publier et qui ne l'ont pas fait. Le Quotidien, de Lévis, par exemple, a un format assez grand pour publier deux feuilletons concurremment et de longs discours politiques,

1 — Un mois après V Etendard et le Courrier du Canada, la Minerve a publié l'Encyclique Humanum genus. Elle a prétendu que, dès le commencement, elle s'était proposé de le faire et qu'elle avait attendu la publication de ce document par l'Ordinaire du diocèse de Montréal. Dans ce cas, il est singulier qu'elle n'ait pas manifesté son intention de publier l'Encyclique lorsqu'elle en a fait une analyse.

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mais il n'a pas encore trouvé de place pour les paroles du Pape l.

Voilà l'affreux scandale que viennent de donner des journaux soi-disant catholiques de la province de Québec. Afficher un tel inépris pour la parole du pape enseignant

'ise universelle, cela dépasse toutes les bornes ! Il vrai que l'école dont ces journaux reçoivent leurs inspirations ose prétendre que la dernière Encyclique n'a aucune application au Canada -.

Mais cela, loin d'être une justification de cette conduite indigne, n'est qu'une preuve de la profondeur du mal qui nous ronge !

1 — Pour s'excuser de ne pas avoir publié l'encyclique de Léon XIII contre la franc-maçonnerie, le rédacteur du Quotidien n'a pas craint d'écrire les lignes suivantes:

" Chaque fois que l'Ordinaire nous demande de publier un mandement, un décret ou une encyclique nous nous empressons de le faire. Nous ne croyons pas (devoir) aller au-delà afin de nous conformer aux prescriptions de l'archevêque qui a défexdu aux journalistes, il y a déjà assez longtemps, de publier tout document venant de Rome, avant qu'il eût reçu le visa de l'archevêché. Cette même défense nous enjoignait d'éviter tout commentaire.

u La Vérité, qui a dû recevoir comme nous cette lettre confidentielle, a donc dix fois tort de nous accuser. Le véritable coupable c'est lui " (la Vérité.)

Bien entendu, cette déclaration, qui rappelait la fameuse formule du gallicanisme : non viget in Gallia, était entièrement fausse. Jamais l'archevêque de Québec n'avait donné une direction semblable aux journaux. Il est vraiment stupéfiant de constater les mensong' tassaient à cette époque dans certains journaux !

•J — Le Witness, feuille protestante de Montréal, numéro du 23 mai -. est venu ai te des journaux canadiens-français qui

n'ont pas publié l'encyclique du Saint-Père en disant que ce document est " of inordinatt lengfh — d'une longueur démesurée ! "

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