ECOLE DES ARTS ET METIERS
21 juillet 1883
Parlant de la fondation, à Québec, d'une école des arts et métiers, V Evénement dit :
" M. Chapleau avait admis le principe d'une subvention par l'Etat en faveur d'une institution de ce genre en plaçant dans les estimés une somme de §1000, pour venir en aide aux Frères de la doctrine chrétienne2 qui, dans le temps, se déclaraient prêts à entreprendre de nous doter d'une école des arts et métiers.
" Personne n'était plus qu'eux en position de conduire à bonne fin ce projet, mais les circonstances précaires dans lesquelles leur ordre se trouve en France, par suite de la persécution religieuse, les ont empochés jusqu'ici de donner une forme tangible à l'idée qui avait fait si vite son chemin en 1^80."
Pourquoi ne pas dire toute la vérité ?
] — Voir deuxième volume des Mélanges, page I
2 — Au Canada, comme en France, du reste, on commet souvent l'erreur d'appeler les Frères fondés par saint Jean-Baptiste de La Salle les Frères de la doctrine chrétienne. Leur vrai nom est : Frères des Ecoles chrétiennes. Les Frères de la doctrine chrétienne ont été fondés, en 1822, par Dom Freschard.
146 MÉLA.KGES
Si les chers Frères des Ecoles chrétiennes ne nous ont pas encore doté d'une école des arts et métiers, ce n'est nullement pour la raison qu'invente Y Evénement. En 1880 un grand nombre des principaux citoyens de Québec avaient signé une requête demandant au gouvernement provincial d'accorder aux chers Frères une subvention qui leur permît d'établir une école pratique des arts et métiers.
Le gouvernement semblait disposé à se rendre à cette demande des citoyens de Québec, lorsque des intrigues, dont les auteurs sont fort connus, firent manquer l'affaire.
Le gouvernement, pour empêcher la fondation d'une école par les Frères, tout en ayant l'air de la favoriser, offrit une allocation de $1,000, somme désiroire pour une telle œuvre.
Naturellement, les chers Frères n'acceptèrent pas cette offre ridicule et l'affaire en resta là.
La situation précaire de l'Institut en France n'a contribué en rien à la non réussite de l'entreprise.
La seule et vraie cause de ce manque de succès, c'est le travail que certains intrigants, amis de YEvénement et ennemis des religieux, ont fait auprès du gouvernement pour l'empêcher d'accorder une subvention acceptable. Malheureusement, les intrigants ont réussi, et voilà pourquoi cette bonne ville de Québec n'est pas encore dotée d'une école des arts et métiers.
Samedi dernier, M. Tarte est venu à la charge, dans Y Evénement, pour déclarer, contrairement à ce que nous avions affirmé dans notre dernier numéro, que " le crédit
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de SI, 000 rais par le gouvernement Chapleau à la disposition des Frères des Ecoles chrétiennes pour la fondation d'une école des arts et métiers à Québec, a été accepté avec reconnaissance par les Révds Frères." Puis il a interpellé le Frère supérieur de l'Institut en cette ville.
M. Tarte a déclaré ensuite que " la persécution dont l'Institut des Frères était l'objet en France,à cette époque, a empêché la réalisation de ce projet important."
Cet article a valu à Y Evénement le démenti suivant de la part du cher frère Aphraates, supérieur des Frères, à Québec.
Québec, 23 juillet 1883.
A M. le Rédacteur de l'Evénement, Cher monsieur,
J'ai lu le petit article publié dans les colonnes de votre feuille à la date du 2L du courant sous le titre Ecole des Arts et Métiers.
J'aime à croire que l'auteur de cet article a écrit de bonne foi, et avec l'intention de servir l'œuvre. Mais je regrette infiniment qu'il m'ait mis dans la nécessité de lui représenter qu'il a été mal renseigné. Je ne puis laisser le public sous l'impression que l'obstacle à la réalisation du projet d'une école d'arts et métiers est venu de la persécution essuyée par notre Institut en France. La raison vraie qui me l'a fait abandonner a été l'insuffisance de l'allocation offerte par le gouvernement.
Uu coup d'oeil sur les quelques lignes suivantes suffira pour convaincre toute personne, qu'il n'était pas possible d'entreprendre une œuvre de cette importance avec la modique subvention de $1000.
Les conditions qui furent soumises au gouvernement Chapleau pour la fondation à Québec d'une école d'arts et métiers sont :
1° Bâtiments pour le logement des Frères et des élèves, outillage pour ateliers, matériel pour le dessin, appareils pour l'enseignement de la physique, de la mécanique, de la chimie, etc.
2° Subvention annuelle, les premières années, pour le salaire d'un ingénieur en chef et de quatre sous-ingénieurs, du directeur de l'école, de trois professeurs, et pour l'entretien des appareils : $6,800.
Les professeurs secondaires, les surveillants et les serviteurs devaient recevoir leur salaire sur la pension des élèves.
Le recrutement pour les écoles d'arts et métiers ne se faisant généralement que dans la classe ouvrière et dans la petite bourgeoisie, on conçoit aisément qu'on ne peut exiger des élèves qu'une pension très modérée. On ne doit donc point attendre de cette source les moyens de faire face aux dépenses qu'exige le fonctionnement d'une telle institution. On sait qu'en Europe ces sortes d'écoles sont libéralement subventionnées par les Etats. Elles offrent à la jeunesse intelligente des bourses, demi-bourses et quarts de bourse en grand nombre.
J'ai l'honneur d'être, avec respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Frère Aphraates.
Malgré cette déclaration si catégorique, M. Tarte persiste dans son dire.
Entre une affirmation du cher frère Aphraates et une affirmation de M. Tarte, le public canadien, qui connaît les deux hommes, ne saurait hésiter un seul instant. La première l'emportera nécessairement. D'autant plus que le gros bons sens est du côté du cher Frère.
En effet, il suffit de songer aux frais considérables que doit, de toute évidence, entraîner l'établissement à Québec d'une école d'arts et métiers pour comprendre qu'une allocation de $1,000 par année est parfaitement illusoire.
M. Tarte, répondant à la lettre du cher frère Aphraates, dit que celui-ci l'a remercié "vivement" de lui avoir obtenu ce crédit.
En homme bien élevé, le frère Aphraates a sans doute remercié M. Tarte de la peine qu'il s'était donnée, en 1880, pour obtenir du gouvernement un crédit en faveur d'une école des arts et métiers, car le M. Tarte d'il y a trois ans n'est pas le M. Tarte d'aujourd'hui. Mais il n'a pas pu accepter, et il n'a pas accepté " ce crédit avec reconnaissance," il n'a pas pu déclarer, et il ria pas déclaré, que " vu la persécution dont les Frères de la doctrine chrétienne étaient les victimes en France, il ne pourrait fonder tout de suite l'école tant désirée." Nous prions M. Tarte de croire que nos renseignements sont puisés à la meilleure source possible.
Le cher frère Aphraates a pu, peut-être, dire qu'en faisant voter un crédit de $1000, le gouvernement avait consacré le principe, et que plus tard on pourrait l'engager à accorder une allocation suffisante. Mais entre consacrer un principe et faire l'application pratique, de ce principe, il y a un abîme représenté dans l'espèce par une somme de plusieurs mille piastres.
Le cher Frère a pu dire, de plus, à M. Tarte, que s'il lui avait été possible d'espérer de l'aide de l'Institut de
France, il aurait été en état de fonder l'école à moins de frais que sans cette aide ; mais il suffit de jeter un coup d'œil sur l'état des dépenses préparé par le frère supérieur pour se convaincre que, même avec des professeurs venus de l'étranger, le crédit de $1000 restait illusoire. Car d'où aurait-on tiré les ressources pour l'érection des bâtiments, pour l'outillage des ateliers ? Où aurait-on trouvé les salaires de l'ingénieur et de quatre sous-ingénieurs, tous laïques ?
Nous affirmons donc de nouveau que le cher frère Aphraates n'a jamais accepté ce crédit de $1,000, ni avec reconnaissance, ni autrement ; qu'il a abandonné le projet du moment qu'il a connu le chiffre de l'allocation ; et que la véritable cause de l'insuccès de l'entreprise ne se trouve pas dans la position pénible où est placé l'Institut en France, mais dans les intrigues qu'on a mises en œuvre, ici à Québec, pour empêcher le gouvernement d'accorder une aide suffisante ; intrigues dont M. Tarte a dû avoir connaissance.
Le 4 août 1883.
M. Tarte revient a; la charge dans le Canadien du 28 juillet et dans V Evénement du 27. Non seulement il persiste à dire que le frère Aphraates a accepté comme suffisante l'allocation de $1,000 votée par la législature, mais il persifle ce vénérable religieux, commençant ainsi son écrit : " Le frère Aphraates a la mémoire courte quand les circonstances le veulent." Et il continue sur ce ton inqualifiable.
Ne pouvant plus contenir sa mauvaise humeur, M. Tarte s'écrie : " Le frère Aphraates s'est mis, nous regrettons de le dire, au service des Castors, toujours à l'affût
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de quelque calomnie propre à nuir à ceux qui ne sont pas selon leur cœur."
C'e9t absolument de cette manière que procèdent les feuilles libérales en France et en Belgique : • à propos de tout et à propos de rien elles accusent les prêtres et les frères de " faire de la politique." Revendiquer un droit incontestable, protester contre un mensonge ou un faux renseignement, c'est, de la part d'un religieux, s'allier à un parti politique !
Mais ce qui est plus regrettable encore, c'est de voir M. Tarte mêler le nom de l'Université Laval dans cette affaire.
Il commence par enregistrer dans Y Evénement un brait inventé probablement par un de ces compères. D'après ce racontar, l'Université songerait à fonder une école des arts et métiers. C'est en donnant cette nouvelle, que M. Tarte s'est permis de dénaturer les faits touchant les raisons qui ont empêché les Frères d'établir une école de ce genre
En rétablissant les faits, nous n'avons point relevé le bruit signalé par M. Tarte, pour ne pas mêler inutilement le nom de l'Université dans un débat où il ne devait pas se trouver.
Le cher Frère Aphraates, dans sa lettre à Y Evénement, s'est également tenu strictement à la question historique, il ne s'est permis aucune allusion à Laval. Ce qui n'empêche pas M. Tarte d'accuser le ^ frère Aphraates de vouloir u faire pièce à l'Université qui, paraît-il, a l'intention de doter notre ville d'une institution de ce genre."
Nous disons à M. Tarte qu'il compromet gravement l'Université Laval, qu'il prétend défendre aujourd'hui, après l'avoir combattue pendant si longtemps.
Il comprend mal le caractère d'une Université catholique, s'il s'imagine qu'une institution de ce genre a pour mission de former des maçons, des cordonniers, des menuisieurs, des ébénistes, des forgerons. Et il a tort de faire circuler le bruit, tout à fait invraisemblable, que l'Université Laval songe à sortir ainsi de son rôle. Penset-il sérieusement que c'est " favoriser " l'Université, comme le veut le décret de la S. C. de la Propagande du 27 février dernier, que de lui prêter de tels projets d'accaparement ?
Cet incident nous rappelle une affaire semblable arrivée il y a déjà quelque temps. Des intrigants ont empêché la fondation d'une école vétérinaire à Québec sous prétexte que l'Université allait en fonder une !
Aujourd'hui les mêmes intrigants se servent du nom de l'Université pour empêcher les Frères des écoles chrétiennes d'établir une école d'arts et métiers.
Il nous semble qu'il est temps qu'on cesse d'abuser ainsi du nom de cette institution.
Une Université a pour mission de donner l'enseignement supérieur, de former des hommes de profession solidement ancrés dans les principes d'ordre social, d'inculquer à la jeunesse studieuse, avec la lettre des sciences, l'esprit catholique qui vivifie, de préparer une classe dirigeante fortement trempée dans la foi, de doter le pays de légistes, de jurisconsultes, de législateurs profondément attachés à la religion, connaissant les droits de l'Eglise, et le caractère de ses relations avec la puissance civile.
Voilà la mission d'une Université catholique. Elle est belle, elle est noble.
M. Tarte et ses souffleurs voudraient que l'Université
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Laval, oubliant sa véritable mission, se jetât dans des entreprises téméraires ou étrangères à son but. C'est vouloir le désordre.