LE SCRIBE PHARISAÏQUE
u Nous avons parlé de fausses représentations faites à Rome.
Nous maintenons nos dires les sachant vrais. D'atroces et infâmes diffamations ont été proférées contre le clergé du Bas-Canada, depuis des années et récemment encore Il faut que
quelqu'un se charge de dévoiler les complots ourdis à la sourdine, les machinations ténébreuses, les intrigues inavouables. Ce sera nous. Le Canadien est reçu à Rome, et a l'honneur d'échanger avec les journaux qui sont les porte-voix de l'opinion catholique en Europe. (Le Journal de Rome, entre autres.) Il est déterminé à faire connaître la vérité vraie sur nos difficultés reliiritMises, dont tout le secret se trouve dans les efforts des adversaires de l'autorité de l'Eglise pour détruire l'influence du clergé sur nos destinées !
" Saint-Père, ceux qui disent du mal de notre clergé vous trmnpent et sont vos ennemis.
" Saint-Père, ils veulent détruire votre autorité parmi les fidèles, en la compromettant. (Le Canadien, 31 décembre 1881.)
u II est connu que «le fausses représentations avaient précédé M«r Laflèôhe au Vatioan. bien n'est plus facile que de dénaturer la vérité et les faits à des milliers de lieues de distance. Il reste toujours la ressource de les rétablir." (Le Canadien, 19 décembre 1881.)
" Les derniers décrets de Rome eussent apporté la paix s'ils eussent été obéis. Ils ne l'ont pas été par ceux-là mêmes qui ont su gagner les sympathies du Journal de Rome et qui le trompent sur les causes du mal.
Il ne sait pas combien il a blessé le sentiment public ici par son écrit sur la franc-maçonnerie, à quel point il a été injuste. S'il venait au Canada, s'il assistait à nos démonstrations nationales, il verrait en quelle profonde erreur il a été jeté.
*• La cause véritable des désordres, des misères du moment est la révolte organisée contre les décrets du Saint-Siège. Eussent-ils été observés, nous aurions l'ordre : l'oubli serait fait sur les luttes du passé, sur les questions brûlantes de l'Université et de l'influence indue, etc.
Rome a prononcé, a réclamé l'obéissance absolue, formelle.
Il en est qui ont obéi, croyant, en leur âme et conscience que la soumission demandée, exigée par Rome était un devoir et aussi le moyen d'arriver au rétablissement de l'harmonie. D'autres — ceux auxquels la protection du Journal est acquise — ont dit et répété que le Saint-Siège était mal renseigné ; avait mal jugé et qu'il fallait en conséquence organiser une résistance capable de faire changer la nature des sentences rendues." (Le Canadien, 11 juillet 1884.)
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Remarquons qu'en décembre 1881, les décrets du 1& septembre 1881 avaient été publiés. Depuis cette époque,, la situation religieuse est allée s'aggravant de plus en plus, mais la nature et la cause de nos difficultés n'ont pas changé.
Ce que M. Tarte disait en décembre 1881, vrai alors, est vrai aujourd'hui : " Tout le secret de nos difficultés religieuses se trouve dans les efforts des adversaires de l'autorité de l'Eglise pour détruire l'influence du clergé sur nos destinées."
C'était le mot de la situation en 1881, c'est encore le mot de la situation en 1884. On veut jeter le pays hors de sa voie, on veut conduire notre peuple, par les chemins fleuris et trompeurs du libéralisme, à l'abîme de l'impiété maçonnique. Voilà le mal.
Donc, d'après le témoignage de M. Tarte lui-même, c'est l'esprit maçonnique qui est au fond de toutes nos misères î
M. Tarte nous parle maintenant des décrets qui nous eussent apporté la paix s'ils eussent été écoutés. Or, ces décrets ont été écoutés, et nous n'avons pas la paix. Le mal n'a fait qu'augmenter de jour en jour ; la preuve, c'est que nou3 avons un représentant du Saint-Siège au milieu de nous depuis des mois.
!Nous affirmons que les décrets ont été écoutés. Nous mettons M. Tarte au défi de citer un fait, un seul, qui prouve sa thèse. Voilà plus d'un an qu'il crie sur tous les tons que nous sommes en révolte contre les décrets, mais il n'a jamais cité un seul fait à l'appui de ses accusations. Il doit savoir que ses vociférations ne sont pas des preuves.
Qu'il dise qui a désobéi aux décrets, et en quoi. Il se sent incapable de formuler une seule accusation nette et
ou recueil d'études 141
précise. C'est pourquoi il se tient dans des calomnies vagues mais méchantes, avec le futile espoir de faire des dupes, au loin.
Les décrets prescrivent aux évêques et aux prêtres la plus grande prudence dans les aôaires politiques. M. Tarte peut-il nommer un seul prêtre ou un soûl évêque qui ait désobéi à cette partie des décrets ? Il ne le peut pas.
Les décrets ordonnent aux évêques de ne point agiter la question de l'influence indue sans avoir au préalable consulté le Saint-Siège. Quel évêque a désobéi à cette injonction ? Que M. Tarte le dise !
Le décret du 27 février 1883, concernant l'Université Laval, ordoune de ne rien tramer contre cette institution, mais plutôt de la favoriser, chacun selon ses forces. Personne n'a rien tramé contre cette institution depuis février 1883, M. Tarte le sait, tout le monde le sait. Sur la question de savoir jusqu'à quel point il fallai t favoriser Laval, il y a eu divergence d'opinion. Mais c'était là une simple question à? interprétation, que M>r Smeulders est chargé de régler et qu'il réglera, nous n'en doutons pas, selon la vérité et la justice. Que M. Tarte ait la bonté de ne point se mêler de cette affaire qui ne le regarde pas plus qu'elle ne nous regarde.
Lee décrets ont donc été écoutés, scrupuleusement ■écoutés ; les évêques et les prêtres n'ouvrent pas la bouche en temps d'élection ; la question de Vinjîuence indue n'est plus agitée par aucun évêque ; personne n'attaque l'Université Laval, ni dans la presse, ni au parlement, ni devant les tribunaux.
Et cependant nous n'avons pas la paix. Pourquoi? Parce que le travail maçonnique, signalé par M. Tarte avec tant de vérité et d'énergie en décembre 1881, s'est continué depuis. Les ennemis de l'autorité de l'Eglise
n'ont cessé de faire de8 efforts pour détruire l'influence du clergé sur nos destinées. Le clergé bâillonné, les écrivains catholiques décimés, l'erreur libérale fait d'effroyables progrès.
Pourquoi encore n'avons-nous pa3 la paix ? Parce que ceux que M. Tarte signalait, avec raison, comme les ennemis du Saint-Père en 1881 ont fait tout en leur pouvoir pour ruiner l'autorité de Rome en la compromettant. Avec une audace incroyable, la presse libérale et maçonnique s'appuie sur cette auguste autorité, sur les décrets, non seulement pour se proclamer la seule presse orthodoxe, mais aussi pour frapper sur de saints évêques, sur des centaines de prêtres, réguliers et séculiers, sur les catholiques vraiment dévoués aux intérêts de l'Eglise.
Voilà la situation vraie de notre malheureux pays. Et si le rédacteur du Journal de Rome venait au Canada, il y verrait ce que voient tous les étrangers catholiques qui étudient notre état social : un peuple religieux fortement travaillé par la franc-maçonnerie.
Nous tournant avec confiance vers le représentant de Rome au Canada, nou8 dirons comme disait M. Tarte en 1881 : " Sauvez-nous, nous périssons ! "
Nous ajouterons aussi avec le rédacteur du Canadien d'alors : " Voulez vous sonder la profondeur de l'abîme vers lequel nous marchons ? Interrogez les vieillards qui ont gagné leur couronne de' cheveux blancs au service de l'Eglise ! Interrogez les communautés religieuses, interrogez-les toutes. Interrogez un à un chacun des membres du clergé qui ont charge d'âmes dans les différentes parties du pays. Interrogez les laïques dont le dévouement à la cause catholique ne date pas d'hier. Vous connaîtrez ainsi la vérité et vous porterez remède à nos maux."
Voilà ce que disait le rédacteur du Canadien il y a deux ans et demi. Nous pouvons répéter ces paroles, parce que nous ne craignons pas la lumière, parce que nous l'appelons de tous nos vœux. M. Tarte n'ose plus tenir ce fier langage, parce qu'il recherche maintenant lee ténèbres. Lui et ses nouveaux alliés savent que le jour où une enquête se fera sur leurs agissements et leurs intrigues, ce jour-là ils seront écrasés.
Mais aussi ce jour-là tout rentrera dans l'ordre. Il y aura encore des combats, car c'est là la première condition de la vie ici-bas ; mais ce sera une lutte normale ; la lutte des bons unis ensemble contre les ennemis de Dieu. Il n'y aura plus de dissensions au sein même du clergé et parmi les vrais catholiques.