‹ MelangesChapitre 91 sur 125 · ATX EXDORMEURS DE SHERBROOKE ET D'AUTRES LIEUX · texte numérisé non relu

ATX EXDORMEURS DE SHERBROOKE ET D'AUTRES LIEUX

9 février 1881.

Xous avons promis, dans notre dernier numéro, de discuter les chiffres de notre ami du Pionnier de Sherbrooke. Commençons par les mettre sous les yeux de nos lecteurs. Les voici. Ils sont maigres, mais, en revanche, >nt entourés d'un beau cadre de gros mots :

• En lisant cette affirmation pleine de sup3rbe ne croirait-on pas que M. Tardive] parle en Pontife infaillible qui affirme un fait indéniable qui crève les yeux à tous ? Il faut en rabattre cependant, et beaucoup. M. Tardivel, vous voyez des t'rancs-maçons partout, ce qui est un tort plue grand peut-être que celui de n'en voir nulle part, et c'est ce qui vous fuit calomnier nos chers Cantons de Nous nous sommée donné la peine d'aller aux informations aux sources les plus sures et nous croyons pouvoir dire sans crainte de nous tromper : Votre zMe, cher confrère, vous emporte hora des bornes. Les chiffres que nous avons obtenus prouvent que, grave à Dieu,

la franc-maçonnerie n'a pas poussé dans nos Cantons les profondes racines que l'on serait tenté de croire en lisant votre factum.

" Le nombre des adeptes à cette ridicule et dangereuse machine qu'on appelle franc-maçonnerie, est même tellement restreint parmi les catholiques des Cantons de l'Est que nous sommes nous-mêmes étonnés de son insignifiance, et estimons que pour un mal de si minime importance, il est inutile et même dangereux de faire le tapage que l'on sait.

" Est-il bien nécessaire de partir en guerre, étendard et flamberge au vent, pour 8 Canadiens-français qui sont affiliés aux loges maçonniques ? ÎSTon, pensons-nous, et, cependant, ce chiffre de 8 on nous le donne comme un chiffre quasi-officiel et maximum, pour les Cantons de l'Est. Nous regrettons, sans doute, qu'il y ait parmi nos nationaux et nos frères en religion, huit malheureux égarés et nous désirons du fond du cœur qu'ils abandonnent cette secte impie, mais nous protestons avec énergie contre l'accusation calomnieuse que vous lancez un peu trop gratuitement et cavalièrement à la tête de nos Canadiens-français. Avant donc que d'écrire, apprenez à penser, dit Boileau, de poétique mémoire, et nous vous dirons M. Tardivel : Avant donc que d'écrire, apprenez à vous informer, et- il ne vous arrivera plus d'auathématiser à faux, non plus que de vous faire relever de vos prétentieuses affirmations, qui sont le fruit de votre imagination exaltée et non de vos laborieuses recherches. La chose valait cependant la peine de vous informer, et la charité chrétienne vous en faisait un devoir."

X'est-ce pas que les mots charité chrétienne terminent bien cette tirade passionnée ?

Et qu'elle est cette affirmation pleine de superbe qui excite tant notre confrère, d'ordinaire si paisible ? La voici, telle que le Pionnier la donne lui-même, d'après la Vérité du 19 janvier :

" La franc-maçonnerie compte malheureusement un

ou recueil d'études 199

certain nombre d'adeptes parmi nos compatriotes tant des campagnes que des villes. C'est chose certaine. Dans les Cantons de l'Est et dans toutes les régions de la province sillonnées par des voies ferrées, lesquelles sont presque toutes contrôlées par la franc-maçonnerie, il y a des francs-maçons canadiens-français connus. Pour s'en convaincre, M. Tarte n'aura qu'à interroger n'importe quel catholique éclairé qui connaît tant soit peu cette partie du pav

On l'admettra, il n'y a rien de bien superbe là-dedans. Nous disons tout simplement que dans les Cantons de l'Est et dans toutes les régions de la province sillonnées par des voies ferrées, il y a des francs-maçons canadiensfrançais. Nous n'entreprenons pas d'en fixer le nombre. Nous déclarons seulement qu'il yen a. Le Pionnier admet qu'il y en huit dans les Cantons de l'Est. Alors, pourquoi nous chercher noise, pourquoi nous engendrer chicane, pourquoi nous traiter de calomniateur ? Nous disons: il a un nombre quelconque de franc-maçons canadiens-français dans les Cantons de l'Est. Le Pionnier déclare que ce nombre, que nous n'avons pas voulu déterminer, est de huit. En quoi avons-nous donc péché ?

Le Pionn er trouve que ça ne vaut pas la peine de s'occuper de huit francs-maçons canadiens-français. C'est là que nous différons d'opinion avec lui. Voilà huit malheureux que la secte envahissante a arrachés à l'Eglise, l'on s'endort dans une fausse sécurité, il y en aura peut-être 16 dans un an, 32 dans deux ans, 0-i dans trois ans, 128 dans quatre ans. Quand taudra-t-il commencer à s'alarmer, selon le Pionnier? La politique qui consiste à mettre un cadenas à la porte de l'écurie lorsque le cheval a été volé est flétrie par les hommes sages comme une politique insensée.

Mais où le Pionnier a-t-il pris ce chiffre de huit ? C ce que nous aimerions beaucoup à savoir.

Quelles que soient les " sources les plus sûres" auxquelles le Pionnier a puisé ses renseignements, nous ne craignons pas de dire que son chiffre huit est nécessairement un chifire de haute fantaisie. Dans un pays comme le nôtre, où la secte a encore intérêt à se cacher, il est irapossible de connaître le nombre exact des catholiques enrôlés dans les sociétés secrètes.

En effet, comment voulez-vous arriver à cette connaissance ? Par les profanes ? Ils n'en savent rien par euxmêmes.

Par les initiés ? Croire à leurs affirmations en pareille matière ce serait faire preuve d'une naïveté plus qu'enfantine. S'imagine-t-on que des gens qui ont fait serment de garder les secrets de la franc-maçonnerie vont livrer ces secrets au premier venu ?

Par des francs-maçons convertis ? Mais êtes vous bien sûrs que vos convertis le sont réellement ? Un homme qui a trahi son serment baptismal en s'enrôlant sous les bannières de Satan peut bien se repentir, sans doute, et éviter l'enfer ; mais il ne saurait exiger qu'on attache à sa parole une confiance sans bornes. Il a juré fidélité à l'Eglise, il a renoncé à son serment sacré par un serment sacrilège, il prétend revenir à sa première allégeance : il peut être sincère, mais nous devons nous méfier de lui. Du reste, fût-il sincèrement converti, qui nous dit qu'il aura assez de courage pour révéler réellement les secrets de la franc-maçonnerie ? Car, ne l'oublions pas, la franc-maçonnerie ne renonce pas à ses droits sur ceux qu'elle a marqués. On a beau sortir des loges, on n'échappe pas entièrement à l'action maçonnique, ni aux dangers qui menacent ceux qui divulguent les secrets de la société. Aussi on ne peut guère accepter le témoignage des francs-maçons convertis, lorsque ce témoignage est favo-

rable à la franc-maçonnerie ou de nature à endormir les catholiques sur les agissements de la secte. Si un ancien franc-maçon exposait sa vie en attaquant hardiment les loges, alors on pourrait croire à sa sincérité.

Il en existe des francs-maçons véritablement converti?, qui travaillent à réparer, autant que possible, le mal qu'ils ont fait ; mais remarquez bien que ceux-là ne cherchent pas à cacher les dangers de la franc-maçonnerie par des témoignages complaisants.

Le chiffre du Pionnier et l'aplomb avec lequel il le donne nous font sourire.

Maintenant, cher Pionnier, voici un petit bout de document officiel qui devrait vous faire réfléchir. Il y a à peine un an, un de nos évêques, 1 dont le diocèse est 44 sillonné par des voies ferrées," consultait le Saint-Office au sujet de la franc-maçonnerie. Cette consultation commence ainsi :

" Il existe en Canada plusieurs compagnies de chemins de fer, dont les membres sont protestants et font partie des sociétés secrètes condamnées par l'Eglise. Les directeurs de ces compagnies, par eux-mêmes ou par d'autres, font une propagande active pour affilier aux sociétés secrètes auxquelles ils appartiennent les employés catholiques qui sont à leur service, et au besoin les MENA- CENT, directement ou indirectement, de les renvoyer, s'ils ne veulent pas entrer dans leurs associations impies. 11 arrive malheureusement que quelques catholiques, dominés par la crainte de perdre leur position et de se trouver sans emploi réniunératif, pour eux et leurs familles, font enregistrer leurs noms dans ces sociétés, paient la contribution imposée aux sociétaires, reooivenl lesecretnien- 6uel transmis par les loges à chaque membre."

Voilà qui est clair, n'est-ce pas ?

Ce document établit, contre l'inepte prétention du

— M-r Moreau, éfêque de Saint-Hyacinthe.

Canadien et du Chronîcle, que la franc-maçonnerie fait une propagande active parmi les catholiques.

Il établit également qu'un certain nombre de catholiques succombent à la tentation.

Il établit, par conséquent, que la franc-maçonnerie est une source intarissable d'affreux périls sur lesquels il n'est pas permis de fermer les yeux.

Et voilà toute notre thèse, voilà notre affirmation " pleine de superbe " qui donne des crises de nerfs à certaines gens.

Le rédacteur du Pionnier doit être maintenant convaincu, s'il est de bonne foi dans cette guerre entreprise contre nous,. que c'est lui qui a parlé à la légère.

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