‹ Mélanges Julien HavetChapitre 100 sur 567 · PAR M · texte numérisé non relu

PAR M

RENÉ MEULET

Depuis près de trois siècles, le problème de l’origine de Robert le Fort, chel' incontesté de la maison de France, a préoccupé un très grand nombre d’historiens. Des centaines de livres ou de brochures ont été consacrés à cette question. Mais on peut dire qu’antérieurement à 1870, aucun de ces travaux n’avait jeté le moindre jour sur ce point obscur de notre histoire.

Par esprit de flatterie et par désir d’attirer l’attention, beaucoup d’auteurs, pour faire remonter l’origine de la famille royale de France aux temps les plus reculés, n’hésitèrent même pas à introduire dans leurs œuvres toutes sortes de documents apocryphes. Aujourd’hui, après avoir écarté les chartes fausses qui rendaient le problème insoluble, et en s’appuyant uniquement sur des textes authentiques, les érudits se sont rangés à deux opinions différentes qui seules méritent d’être étudiées '. Il serait inutile de chercher à réfuter les systèmes multiples des généalogistes de l’ancien régime : tous ces systèmes n’ont pu résister à l’examen de la critique moderne.

1. Je ne parlerai ici que pour mémoire d’une opinion, émise un peu à la légère par Mabille dans son Introduction aux Chroniques des comtes d’Anjou, p. 54-55. Mabille, croyant qu’il y avait à Tours, en 822, un comte du nom de Robert, a supposé que ce Robert était peut-être le père de Robert le Fort. Ce système ne repose sur rien. En 822, le comte de Tours se nommait Hugues et non pas Robert. 11 faut ajouter qu’aucun document n’établit le moindre lien de parenté entre ce personnage peu connu et Robert le Fort.

R. MERLET

Les dernières études sur l’origine de Robert le Fort ont paru lime en Allemagne, l’autre en France. M. Kalckstein, en 1871, a fait connaître son opinion sur cette question dans un ouvrage intitulé : Robert der Tapfere, marhgraf von Anjou ' . En France, M. de Barthélemy a émis un avis différent dans un article sur les Origines de la maison de France , publié dans la Revue des questions historiques de l’année 1873 2.

Avant d’examiner l’opinon de M. Kalckstein, qui compte en Allemagne et même en France bon nombre de partisans, nous allons d’abord passer en revue les textes des historiens des ix1' et x° siècles, qui mentionnent soit la contrée, soit la nation auxquelles Robert le Fort appartenait par sa naissance.

Ces textes, peu nombreux, ont d’autant plus de valeur qu’ils ont été rédigés à une époque plus voisine de celle où Robert vivait. Ce duc étant mort en 866, il y a une importance toute particulière à attacher à un document de la fin du ixu siècle. Or, on lit dans les Annales Xantenses : « Igi- « tur bellum inter Gallos et paganos geritur in Gallia, et c( cecidit ex utraque parte innumerabilis multitude, ibique « Ruodbertus, vir valde strenuus, orlus de Francia , dux « Karoli, interfectus est 3. »

C’est là le renseignement le plus précieux que l’on possède sur le pays d’origine de Robert le Fort 4. On sait, en effet, que les Annales Xantenses forment, avec les Annales de Fulda et celles de Saint-Bertin, la source historique la plus

1. Berlin, 1871, in-8°. Voir F Excursus sur l’origine de Robert le Fort,

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