Pertz, Scriptores, II
4. On ne parait pas avoir généralement attaché une grande importance à ce passage des Annales de Xanten. Et cependant cette simple note, par le fait qu’elle est l’œuvre d’un contemporain de Robert le Fort, a une valeur plus grande à elle-seulo que tous les autres textes réunis. Mais on semble, surtout en France, ne pas s’être rendu un compte exact de l’autorité des Annales de Xanten. M. Monod, dans un compte rendu sur l'origine de Robert le Fort, traite ces Annales de compilation du xu° siècle. Cf. Revue critique, année 1873, t. Il, p. 100, note 3.
R. MEliLET.
sûre pour l’histoire du ix" siècle '. Elles sont l’œuvre de deux religieux du monastère de Xanten dans la Prusse rhénane : le second de ces religieux, auteur du passage cité plus haut, écrivait vers <S75, c’est-à-dire une dizaine d’années seulement après la mort de Robert le Fort.
Robert était donc issu de la Francia , ou du moins sa famille était originaire de cette contrée. Dès lors une question s’impose : Quelle province appelait-on Francia à la fin du ixc siècle?
Antérieurement à S43, le mot Francia s’appliquait à l’ensemble des pays compris entre la Seine, la Manche, la Saxe, la Thuringe, l’Alamannia et la Bourgogne 1 2 3. En 843, le traité de Verdun attribua la majeure partie de cette grande région à l’empereur Lothaire. Dès lors la Francia fut démembrée ; la partie donnée à Lothaire prit rapidement le nom de Lotharii regnum : cette nouvelle appellation .était généralement adoptée avant la fin du ixe siècle Quant à la portion occidentale de la Francia, elle fut comprise dans les États de Charles le Chauve et continua d’être appelée Francia, de même que la portion orientale, comprise dans les États de Louis le Germanique. Au lieu d’une seule Francia, il y en eut deux que séparait le Lotharii regnum ou Lorraine.
La portion échue à Louis le Germanique comprenait Spire, Worms, Mayence, avec leurs territoires 4. Pour les historiens de la région rhénane, qui écrivaient à la fin du ix° siècle, ce qu’ils appellent Francia, c’est particulièrement cette petite contrée voisine du Rhin, que les autres historiens
1. Cf. Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen (2e édit.), t. I, p. 247.
2. Dans cette Francia se trouvait comprise la région située à l’Est entre le Rhin et les sources du Mein. Cette région, à l’époque mérovingienne, s’appelait Austrasia; mais, au ixe siècle, ce nom d 'Austrasia avait été* peu à peu effacé par celui de Francia. Cf. Longnon, Atlas historique de la France , p. 48.
3. Cf. Lettre du pape Adrien II de l’année 870 (D. Bouquet, VU, p. 188, note C). — « Hlotharius, dit Réginon à l’année 842, regnum sortitus est, quod liactenus ex ejus vocabulo Hlotharii nuncupatur, totamque Provinciam neenon omnia régna Italiae. » ( Réginon ; Pertz, Scriptores, I, 568.)
4. « Illudowicus citra Rhenum, Nemetum, Vangium et Moguntiam civitates pagosque sortitus est. » (Ann. Bert. ad ann. 843; D. Bouquet, VII, 62.)
kOO R. MERLET. — ORIGINE DE ROBERT LE FORT
désignent le plus souvent sous le nom de France orientale \
L’annaliste de Xanten, en disant Robert le Fort issu de la Francia , a donc voulu vraisemblablement parler de la France orientale. Le témoignage d’un historien du xe siècle, Widukind, ne laisse du reste aucun doute sur ce point.
Widukind écrivait vers 967, les Regestæ Saxonicæ. A propos du roi Eudes, fils de Robert le Fort, il s’exprime ainsi : « Qaiclam ex orientalibus Francis nomine Oda, vir « fortis et prudens 1 2 3 4. » Or, il est certain qu’Eudes naquit en Neustrie. Un contemporain, Abbon, le témoigne, et d’ailleurs ce fait est prouvé par les événements eux-mêmes. En effet, lorsque Robert le Fort mourut, il laissait son fils Eudes en bas-âge :1, et, comme, depuis plus de quinze ans, Robert n’avait pas quitté l’ouest de la Gaule, Eudes dut naître en Neustrie, et le moine Abbon a raison de l’appeler un neustrien *. Widukind ne peut donc pas dire qu’Eudes appartenait aux Francs orientaux par sa naissance; il veut dire qu’Eudes se rattachait à eux par ses ancêtres.
D’où l’on peut conclure que l’annaliste de Xanten, contemporain de Robert le Fort, et Widukind, qui vivait peu de
1 . La partie des Annales F uldenscs, écrite vers cette époque dans le monastère de Fulda, au diocèse de Mayence, el la Chronique de Réginon, composée dans le même temps au monastère de Prïtm, non loin de Trêves, s’accordent avec les Annales de Xanten pour donner à la Francia, comme villes principales, Spire, Worms, Mayence, Tribur et Francfort. Les habitants de cette région sont appelés le plus souvent Francs orientaux. — L’annaliste de Xanten, parlant de l’étendue du royaume de Louis le Germanique en 869, dit que ce prince dominait sur les « Sclavis, Bevaria, Alamannia, Coria, Saxonia, « Suevis, Thoringia et orientalibus Francis cum pago Wormaciensi algue « Nemetis. » (Pertz, II, 233.) Les Francs orientaux, à la fin du ixe siècle, sont donc distingués des peuplades avoisinantes et sont représentés comme habitant les pays de Worms et de Spire. — Au x° siècle encore, le chroniqueur de Reichenau distingue les Francs orientaux des Allemands et met Worms dans leur territoire. « Ungari, per orientales Francos et Alemanniam, multis civitatibus igné et gladio consumptis, juxta Wormatiam [Rhenum transierunt). >> (ChronicanAuoicn.se ad ann. 926; D. Bouquet, VIII, 102.)