‹ Mélanges Julien HavetChapitre 113 sur 567 · L. DE GRAND M AISON . — LES BULLES d’üR · texte numérisé non relu

L. DE GRAND M AISON . — LES BULLES d’üR

Sans vouloir étudier ici les autres bulles d’or carolingiennes qui ont été citées, il ne sera peut-être pas inutile de comparer celles de Saint-Martin avec les deux seules qui soient à peu près connues; elles sont l’une et l’autre de Charles le Chauve.

La première était attachée à une charte de ce prince pour Tournus, donnée à Saint-Denis, le 14 des calendes d’avril, la trente-cinquième année du règne de ce roi et la sixième de la succession de Lothaire L Annonce du sceau : « et bullis nostris subinsigniri jussimus ».

D’après Pierre de Saint-Julien 1 2, « à ces lettres pend un seel d’or, ou (comme il est dit dans les vieils tiltres de Tournus) un besan d’or, qui a d’un costé la médaille d’un roy en relief jusques à la ceinture et de l’autre le nom d’iceluy en lettres Romaines quarrées, mais fort usées et malaysées à lire 3 * 5 ». On le voit cette description pourrait s’appliquer assez exactement à la bulle de Charles le Chauve pour Saint- Martin. Il est vrai qu’au revers il n’y avait pas le nom du roi; mais Pierre de Saint-Julien ne paraît pas avoir pu lire ce qui était écrit sur celle de Tournus.

La seconde se trouvait, dans les Archives de Saint-Corneille de Compiègne, au bas d’une charte donnée au palais impérial de Compiègne, le 3 des nones de mai, trente-septième année du règne, septième de la succession de Lothaire, deuxième de l’Empire L Cette pièce porte la souscription Legimus en cinabre et, par une particularité unique, le monogramme de Charles le Chauve y est aussi tracé à l’encre rouge. Annonce du sceau : « et bullarum nostrarum impressionibus insigniri jussimus ». On trouve

1 . 19 mars 875. — Bréquigny, t. I, p. 299; Bôhmer, p. 166, n° 1786.

2. De l’origine des Bourgongnons et antiquité des Estats de Bourgongne (Paris, 1581, in-fol.), p. 511.

3. Chifflet , Histoire... de Tournus (Dijon, 1664, in-4°), p. xciv, dit avoir manié l’original et n’y avoir vu aucune marque de sceau d’or, ni d’aucuns lacs. Quant à lui, il ne croit pas que les rois de la seconde race aient jamais scellé en or.

4.5 mai 877. — Bréquigny, t. I, p. 309; Bôhmer, p. 168, n° 1809. L’original est à la Bibl. nat., ms. lat. 8837, fol. 48.

5. Cf. l’article de M. Omont cité ci-dessous, n° IV de la planche.

DE SAINT-MARTIN DE TOURS

la description de cette bulle, d’après les anciens titres de l’abbaye, dans la première édition de Du Cange publiée en 1678 1 ; elle avait été volée peu d’années auparavant. Sur la face on voyait le buste de l’empereur avec cette légende : KAROLYS IMPERATOR FRA. TÜR., pour ce dernier mot Du Cange propose la lecture Romanorum. Au revers on lisait : RENOVATIO IMPERII ROM. 2 ET FRA. Elle était estimée 8 à 10 ducats.

Cette bulle, comme la précédente, présente une grande analogie avec celle de Saint-Martin, et les différences qu’on y trouve sont tout naturellement expliquées par l’avènement de Charles le Chauve à l’Empire. L’original de cette pièce, conservé à la Bibliothèque nationale, importe aucune trace d’un ancien sceau plaqué; au contraire, on constate parfaitement que le bas de la pièce a été jadis replié et l’on voit encore les trous par lesquels passaient les lacs destinés à suspendre un sceau pendant.

La présence de ces bulles dans deux chartriers si éloignés de Tours milite en faveur de celles de Saint-Martin, car il paraît difficile que trois faussaires appartenant à des régions si diverses aient opéré avec un tel ensemble.

Y a-t-il dans les actes auxquels ces pièces étaient attachées quelque chose qui doive faire élever un doute au sujet de leur authenticité? Pour répondre à cette question, il suffit de passer en revue ces divers diplômes.

I. — Aix-la-Chapelle, 3 des calendes de septembre, troisième année de Louis le Pieux 3. — Confirmation générale

1. T. I, col. 639: dans l’édition Henschel-Didot (1840), t. I, p. 802, col. 2.

2. La première édition de Du Cange porte : ROMAE ; celle de Henschel- Didot, ROMANI; il y avait probablement seulement l’abréviation ROM.

3. Bréqxiigny, Table chronologique des diplômes..., t. I (Paris, impr. royale, 1769, in-fol.), p. 157, à la date du 30 août 817. — J. -F. Bohmer, Regesta clironologico-diplomatica Karolorum, Die Urkunden sâmmtlicher Karolinger in kurzen Auszügen... (Frankfürt-am-Main, 1833, in-4°), p. 33, n° 303, à la même date. — Mabille, op. cil., nu IV, à la date du 30 août 816. — Sickel, op. cit., t. II, p. 113, n° 93. — Bohmer et IVJühlbacher, J. -F. Bohmer Regesta Imper ii I. Die Regestcn der Kaiserreichs unter den Karolingern, 7 5 1-9 18 , nach Joh.- Fried. Bohmer, neu bearbeitet von E. Mühlbacher (Innsbruck, 1889, in-4°), 1. 1, p. 237, n° 609.

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