‹ Mélanges Julien HavetChapitre 141 sur 567 · PAR M. MAURICE PROU · texte numérisé non relu

PAR M. MAURICE PROU

Des onze diplômes 1 concédés par Philippe Ier à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, un seul nous est parvenu sous forme d’expédition originale. Les autres ne nous sont connus que par des cartulaires ou par des copies du xvnie siècle. De ces copies je n’ai pas à parler, car on trouvera en tête de chaque pièce des renseignements sur leur nature. Il importe au contraire de donner quelques détails sur les cartulaires 2.

Le manuscrit de la reine Christine n° 566, conservé au Vatican, contient un feuillet provenant d’un cartulaire de Saint-Benoît, le fol. 34. Ce feuillet mesure 28 centimètres 1/2 de hauteur et 20 centimètres de largeur ; il a été rogné. L’écriture est du xmc siècle ; elle est en partie illisible. Le texte est disposé sur deux colonnes. Les chartes sont précédées de rubriques. Ce feuillet a été retourné à la reliure,

1 . Je compte parmi ces onze diplômes deux diplômes concédés à l’église des Saints-Gervais-et-Protais qui devint un prieuré de Saint-Benoit.

2. Je ne dois pas manquer, au début de cette étude, de remercier mon confrère, M. J. Doinel, archiviste du Loiret, qui a bien voulu faciliter mon travail non seulement en me communiquant les documents renfermés dans le dépôt confié à sa garde, mais en vérifiant celles de mes lectures sur l’exactitude desquelles j’avais des doutes. Je dois beaucoup aussi à mon collègue et ami, M. L. Auvray, qui s’est chargé de collationner plusieurs textes des manuscrits de la bibliothèque d’Orléans.

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de sorte que le verso devrait être le recto. On y trouve les dernières lignes d’un diplôme de Louis VI, les diplômes de Philippe Ier publiés plus loin sous les nos i, vin et ix.

On conserve aux Archives départementales du Loiret deux cartulaires, Lun du xvii° siècle, l’autre du xviii0 siècle, réintégrés tous deux dans ce dépôt le 2 mai 1843, comme l’indiquent des notes de l’archiviste, M. de Vassal, inscrites en tête de ces volumes.

Le plus ancien, coté H 1/2, et que nous appellerons Cartulaire 2, pour ne pas déroger aux habitudes adoptées par les érudits, est un volume de quatre cent quatorze feuillets de papier, numérotés, plus sept feuillets en tête et six feuillets à la fin, non numérotés. Il mesure 375 millimètres sur 245. La reliure est en veau plein, et on lit au dos en lettres d’or : CARTVLAIR || 1100-1400. Une lettre adressée par frère Vincent Sirou, prieur de Saint-Benoît, au bailli de Saint-Benoît-sur-Loire , suivie d’une note du bailli intercalée entre le premier et le deuxième feuillet, nous fait connaître la date de sa rédaction. Le prieur requiert le bailli de permettre aux religieux « de faire faire copie de leur cartulaire qui contient la plus grande partie » des titres concernant leurs droits et privilèges, « et à cet effet nommer un ou plusieurs notaires » pour collationner et authentiquer la copie. Le bailli, « pour la conservation dudit ancien cartulaire », fit droit à la requête qui lui était adressée et commit à la collation maître Pierre Chartier, notaire royal à Saint-Benoît. Cette autorisation est du 20 juillet 1672. Au bas du fol. 1 on lit : « Aujourd’huy septième jour de décembre mil six cent soixante douze, moy , Pierre Chartier, notaire royal à Sainct-Benoist, suivant l’ordonnance de monsieur le bailly de Sainct-Benoist en datte du vingt juillet dernier, en fin d’une requeste à luy présentée par les vénérables religieux, prieur et couvent de la dite abbaie, signée Fr. Vincent Sirou, aveque paraphe, prieur, j’ay collationné la coppie cy dessus de l’acte au cartullaire antien original de la dite abbaye à moi raporté par ledit prieur, laquelle coppie se trouve et est conforme à l’original dudit cartullaire, lequel antien cartullaire commance par l’acte cy-dessus au

POUR L ABBAYE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE

feuillet trois, comme il est cotté, y ayant deux feuillies escriptes en forme de table auparavant le dit acte cy-dessus, ce qui faict qu’au dit cartullaire le dit acte cy-dessus est cotté trois, lequel cartullaire a esté par moy rendu audit révérend père Sirou prieur.

« Chartier,

« notaire royal à Sl-Benoist. »

Et à la suite de chaque acte, Chartier a mis sa signature. En outre, on lit au fol. 414 un autre procès-verbal de collation, également daté du 7 décembre 1672 et qui nous apprend que le premier titre de l’ancien cartulaire, à la feuille 3, était une bulle commençant par « Gregorius episcopus, servus servorum Dei dilecto fllio Joanni abbati », que le dernier fol. coté 97 finissait avec les mots « faict l’an mil deux cens soixante quinze, au mois d'octobre ».

Le plus récent des deux cartulaires de Saint-Benoît, conservé aux Archives du Loiret sous la cote H 1/1, et que nous désignerons sous le nom de Cartulaire 1 , est un volume mesurant 420 millimètres sur 280 et comprenant quatre cent cinquante-trois pages de papier plus un feuillet blanc en tête et vingt-sept feuillets à la lin, dont les dix-huit premiers et les six derniers sont blancs, les autres occupés par une table alphabétique. De plus il y a une erreur dans la pagination, le n° 219 étant répété deux fois, de sorte que la p. 221 porte le n° 220; l’erreur se continue jusqu’à la fin. Avant la page 1, on a intercalé une feuille contenant la copie et la traduction d’une charte , de la même époque sinon de la même main que le reste du cartulaire. La reliure est en veau plein avec, au dos, en lettres d’or : CAR- TULARI || M. Sti BENE || FLORIACEN. L’écriture est du xvme siècle. La rédaction est antérieure à 1764. En effet, on trouve à la Bibliothèque nationale dans le vol. 31 de la collection Moreau, fol. 215, la transcription d’un diplôme de Philippe Ier, de 1077, envoyée par Dom Gérou au Cabinet des Chartes le 1er décembre 1764 et tirée du cartulaire de Saint-Benoît, p. 205. Or ce diplôme est bien à cette page du Cartulaire 1. La plupart des actes de ce cartulaire se

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terminent par les mots Collai, cura orig , ou Collai, cura orig. quod habemus, de la même main qui a transcrit l’acte. Cette mention n’indique ni la collation avec l’original ni 1a, collation avec le cartulaire ancien. En effet, le diplôme de Philippe P1' cité plus haut se termine par la formule Collât, cum. orig. Une formule analogue Collaiionata cum orig. quod habemus se trouve à la fin d’une copie du même diplôme insérée par Dom Chazal dans son histoire de Saint-Benoîtsur-Loire. Or, toutes les fois que Dom Chazal a eu un original à sa disposition il s’en est servi, ce qu’il indique par ex autographo. D’ailleurs sa copie du diplôme de Philippe Ier est accompagnée de la note ex chart. ftoriac ., loi. 90. Elle a donc la même origine que le Cartulaire 1 , soit un ancien cartulaire. Mais cet ancien cartulaire n’était pas le même que celui dont le Cartulaire 2 est la reproduction. En effet, le Cartulaire 1 contient des chartes qui ne sont pas dans le Cartulaire 2, et spécialement le diplôme de Philippe Ier déjà cité. De plus, nous avons vu que l’ancien cartulaire copié en 1672 se terminait par une charte d’octobre 1275. Cette charte qui est, en effet, la dernière du Cartulaire 2 est au contraire suivie dans le Cartulaire 1, où elle occupe la page 219, d’un grand nombre de chartes dont aucune ne se retrouve dans le Cartulaire 2.

On conserve aux Archives départementales du Cher 1 un volume sur papier, mesurant 252 millimètres de hauteur sur 180 millimètres de largeur, comprenant cinq cent quarantesix feuillets numérotés, plus deux feuillets en tête et seize feuillets à la fin non foliotés. La couverture consiste en une feuille de parchemin, sur l’un des plats extérieurs de laquelle on lit, d’une écriture du xvm° siècle : « Appartient à monsieur l’abbé. Titres anciens tirés des cartulaires latins et français. Vu. » L’écriture du volume paraît remonter au xvne siècle. C’est un cartulaire de Saint-Benoît comprenant un certain nombre de pièces extraites d’un plus ancien cartulaire. Chaque pièce est accompagnée d’une note indiquant

1. J’adresse mes remerciements à M. Boyer, archiviste du Cher, à qui je dois d’avoir pu étudier longuement ce manusci’it.

pour l’abbaye I)E saint-benoit-sur-loire 161

le fol. de l’ancien cartulaire et le numéro d’ordre de la pièce. Il est donc facile de constater qu’on a fait un choix parmi les chartes de l’ancien cartulaire. Ce manuscrit était, sans doute, le même qui a servi au copiste du Cartulaire 1, car à la fin des chartes, on retrouve dans le volume de Bourges, la même formule, souvent abrégée, Collationata cum originali quod habemus, que nous avons relevée dans le Cartulaire 1. De plus, il renferme des chartes qui sont dans le Cartulaire 1 et manquent dans le Cartulaire 2.

Il est certain que les actes du cartulaire de Bourges ne sont pas extraits de l’ancien cartulaire reproduit par le Cartulaire 2, car certaines chartes y sont indiquées comme étant dans l’ancien cartulaire sur un folio dont le numéro d’ordre est plus élevé que 97 ; or, nous avons vu que le cartulaire dont le bailli de Saint-Benoît a authentiqué la copie ne comprenait que quatre-vingt-dix-sept feuillets.

En résumé, on connaît actuellement trois cartulaires de Saint-Benoit, l’un de 1672, le Cartulaire 2, reproduisant un ancien cartulaire, les deux autres des xvne et xvmc siècles, le Cartulaire de Bourges et le Cartulaire 1 copiés sur un ancien cartulaire différent du premier. Est-il besoin d’ajouter que le feuillet du Vatican ne provient ni de l’un ni de l’autre de ces anciens cartulaires? Le seul fait qu’il est inséré dans un manuscrit de la reine Christine suffirait à établir que le volume d’où il est tiré avait disparu des archives de Saint-Benoît bien avant l’époque où furent exécutées les copies qui nous occupent. De plus, c’était un cartulaire du xiiic siècle. Or, les cartulaires perdus n’étaient pas aussi anciens. En effet, leur composition n’est pas antérieure au 1er juin 1404, date de la charte la plus récente que l’un et l’autre contenaient

Orléans, 26 janvier 1065.

Gosbert, chevalier, avec le consentement de son seigneur,

1. Cette charte est transcrite dans le Cartulaire 1, p. 72, et dans le Cartulaire 2, fol. 139 v°.

M. PROU. — LES DIPLÔMES DE PHILIPPE Ier

le comte Raoul, donne à l’abbaye de Saint- Benoît-sur-Loire l’église de Chalette, sur le Loing. Le roi Philippe Ier et Baudoin, comte de Flandre, confirment cette donation.

Copies. (A) Bibliothèque du Vatican, ms. Reg. 566, fol. 34, fragment de cartul. du xiii0 siècle, copie partielle, sous le titre Preceplum domini Philippi régis Francorum de Catelata. — (B) Archives du Loiret, Cartul. 1 de Saint- Benoît-sur-Loire, p. 156, copie du xvme siècle. — (C) Bibliothèque d’Orléans, ms. M 270 bis, Historia mon. Floriacensis , t. II, p. 336, copie de D. Chazal, vers 1723, d’après un ancien cartulaire, fol. 67. — (B) Archives du Loiret, Cartul. 2 de Saint-Benoît-sur-Loire, fol. 297 v°, n° 240, copie de 1672, d’après un ancien cartulaire. — ( E ) Bibliothèque nationale, ms. lat. 12739, p. 348, copie abrégée de D. Estiennot, en 1682.

Quandiu miser homo incolumis in hac vita superest semper a prae oculis debet habere omnipotentis Dei discussionem judicii et pro remedio animae suae debet attentius invigilare atque de rebus suis ecclesiae Dei ejusque fidelibus secundum suam possibilitatem b conferre ut in aeterna vita mercedem sine line mansuram possit percipere. Quapropter ego Gausbertus c, miles, in Dei nomine, considerans gravedinem peccatorum meorum Dominique credens promissioni dicentis : « Date eleemosinam d et ecce omnia munda erunt vobis 1 » et illud :

« Sicut aqua extinguit ignem, ita eleemosina e extinguit peccatum 2 », plurimisque credens f sacrae adhortationibus Scripturae o, trado ethumili mente concedo habendum et possidendum in perpetuo ff, cum consensu h domini mei, Rodullî ;, comitis 3, ex cujus beneficio habere videor, ecclesiae in honorem sanctae Dei genitricis et perpetuae Yirginis Mariae sanclique Pétri apostolorum principis et egregii confessons Christi Benedicti Floriacensis, corpore ibidem nobiliter quiescentis, necnon J sanctae congregationi monachorum ibidem Deo k fannilantium, cui reverendus abbas Hugo gratia Dei 1 praeesse m videtur, ecclesiam consecratam in honore 71 sanctae Yirginis Mariae genitricis Dei, super fluvium Lupae 4, in pago Vuas-

a. semper omis par A. — b. possibilitatem suam C. — c. Gaubertus AC, Gautbertus D, Gauzbertus E. — d. elemosinam AB. — e. elemosina AB. — /'. Le passage compris entre credens et corpore ibidem illisible dans A. — g. sacris ordinacionibus Scriptùre D. — g. perpetuum E. — h. condensu D. — ï. Rodulphi CB. — j. nec C. — k. Domino B. — l. Dei gratia C. — m. et praeesse BE. — n. honorem CD. — o. et genitricis A.

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