‹ Mélanges Julien HavetChapitre 160 sur 567 · DU XI0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XI0 SIÈCLE

(les fidèles défunts, mais qu’il enregistre la fêle de la Transfiguration L

En second, fieu (fol. 289-321), il convient de mentionner l’ordo, dont notre manuscrit donne une rédaction intéressante. En titre on fit : Incipit breviarium sive ordo officiorum per totam anni decursionem.

Le mot « breviarium » est ici le simple synonyme de « capitulare » ou d’ordo ; il ne faut pas lui donner le sens technique qu’il commençait cependant d’avoir à cette même époque dans la langue liturgique. Les premiers mots de cet ordo sont : « In primis, sabbato ante adventum Domini canantur ad vesperum antiphone de psalmista... » Le texte est celui d’un ordo à l’instar de nos ordines romains, mais d’une rédaction plus voisine de la concision des rubriques ; il est écrit à l’encre rouge, les incipit qu’il mentionne étant seuls à l’encre brune. O11 y trouve exposé l’ordre des offices, premièrement du temporal depuis le premier dimanche de l’Avent jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte (fol. 289-314), secondement du sanctoral propre et commun (fol. 314-321). Dans la description de l’office du premier dimanche de l’Avent (fol. 289 v°-291) on a inséré une description de la messe chantée : « Item ordo p. c. [pro choro? pro cantu?] in diebus dominicis. Convenientibus in choro

fratribus presbiter èbdomadarius indutus pluviali »

Pour chaque office (par exemple, l’office commun de la dédicace, fol. 320 v°) notre ordo indique par leur incipit les antiennes, les psaumes, le capitule, le répons, l’hymne aux premières vêpres ; l’introït de la messe ; l’invitatoire, l’hymne, les antiennes, les psaumes, les répons aux noc-

l.Cf. Revue de philologie, t. XVII 1 (1894), p. 44-50, où M. l’abbé Lejay a publié un calendrier tiré d’un ms. cassinésien de l’an 778-779, le ms. latin 7530 de la Bibliothèque Nationale, et donné la collation du calendrier de notre ms. de la Mazarine, en même temps que la collation de deux autres calendriers cassinésiens (Codd. cassinen. 230 ,de l’an 969, et 127, xie siècle). M. Lejay a omis de mentionner au 6 août la fête de la Transfiguration. Nous ne saurions trop nous associer au vœu de notre érudit confrère et souhaiter avec lui que quelqu’un nous donne bientôt un Corpus Kalendariorum ,

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tûmes ; les antiennes, l’hymne à laudes ; les antiennes, les psaumes , l’hymne aux secondes vêpres. Les leçons du sanctoral sont indiquées, mais avec quelque latitude : « Lectiones legantur de passione eorum », lisons-nous à l’office des apôtres saints Philippe et Jacques (fol. 31 1 v°). Les leçons du temporal sont au contraire très déterminées, au moins en ce qui concerne l’homiliaire : « Lectiones in prima et in secunda vigilia fient de Esaia propheta, vigilia tertia legatur omilia heati Gregorii pape Dominas cic redemptor », lisonsnous à l’office du premier dimanche de l’Avent (fol. 289). En résumé, nous avons ici sous le nom de bréviaire un ordo de l’office, un ordo très détaillé, très méthodique, un directoire du chœur à l’usage d’une communauté bénédictine.

Le psautier (fol. 34-139) donne les cent cinquante psaumes dans l’ordre où la Bible les range et sans y intercaler aucun texte étranger : il ne s’agit donc point ici du psautier disposé selon l’ordre de la psalmodie des heures dominicales et fériales, tel (pie nous le trouvons dans les bréviaires romains et franciscains du xnf siècle. Le texte des psaumes n’est pas le texte de la version dite gallicane, mais le texte de la version dite romaine h A la suite des cent cinquante psaumes on a placé les dix cantiques bibliques, puis le Gloria in excelsis , le Te deum , l’oraison dominicale, le symbole des apôtres et celui de Nicée, enfin le Quicunque vult et les litanies (romaines) des saints avec les oraisons qu’elles comportent. Le Te deum est intitulé : « Ymnus Sisebuti monachi 2 . » Le Quicunque vult : « Fides catholica édita

1. La planche ci-jointe, qui reproduit deux pages du ms. contenant le Psaume lxxii, donnera une idée de l’écriture et de l’ornementation du volume. M. Paul Meyer, directeur de l'École des Chartes, a mis très gracieusement à notre disposition le cuivre de cette planche qui fait partie de la série héliographique des Fac-similés de l’École des Chartes (n« 295).

2. Sur cette attribution du Te deum au moine Sisebut, voyez l’article de Dom G. Morin, Nouvelles recherches sur l’auteur du « Te deum », dans la Revue bénédictine, t. XI (1894), p. 55.

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P. BATIFFOL.

BRÉVIAIRE CASSINÉSIEN

sont point des capitules an sens actuel du mot, mais ce que nous appelons versets. Ils sont donnés en abrégé : citons le dernier donné pour compiles et le premier donné pour prime :

D 'ignare domine nocte ista. = Sine.

Ht ego ad te domine clamavi. = Et mane.

Entre les « capitula » de prime et ceux de complies, le scribe a inséré la formule de la coulpe :

CONFESSIO. Confiteor Deo et omnibus sanctis eius et tïbi Dater , me a culpa peccavi nimis in cogitatione , locutione, deleclatione , consensu et opéré : propterea precor te ut ores pro me. — MISERE ATUR tui omnipotens Deus et dimittat tïbi omnia peccata tua , lïberet te ab omni moto, conservet et confirmât in omni opéré bono et per ducat ad vitam e ter nam, amen. INDULGENT! AM et remissionem omnium peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens dominas, amen.

Le lectionnaire n’est représenté (fol. 185-199) (pie par la collection des leçons brèves des petites heures et de laudes et vêpres.

Le eollectaire (fol. 199-223) donne les collectes ou oraisons pour l'office temporal et pour l’office sanctoral, soit propre, soit commun. C’est le eollectaire romain. Il est suivi (fol. 223-224 v°) de quelques oraisons appartenant au rituel monastique, comme Y « Oratio pro fratribus qui de coquine servitio exeunt ».

Enfin (fol. 270-272) , les commémoraisons communes : le manuscrit ne donne le texte que de leurs oraisons : 1° de la croix; 2° de la Vierge; 3° de saint Michel ; 4° de saint Jean-Baptiste; 5° des saints Pierre et Paul; 6° des apôtres; 7° de saint Martin ; 8° de saint Benoît; 9° de saint Maur ; 10° de sainte Scolastique; 11° de la Trinité.

Au total : psaumes, hymnes, versets, bénédictions, leçons brèves, collectes, commémoraisons : nous avons là les éléments de l’office du chœur. Il n’y manque que les antiennes, les leçons et les répons.

DU XIe SIÈCLE

En revanche, notre manuscrit nous fournit un essai de véritable bréviaire.

Je ne parle pas de la série (fol. 265-269 v°) portant en titre « Dominica 'prima post octavam Epyphanie usque in Septuagesimam », et donnant le texte des douze leçons (épîtres paulines), plus la leçon évangélique et la collecte, chaque leçon suivie de son répons, propres au premier dimanche après l’Épiphanie, et secondement les trois leçons (mêmes épîtres), chacune avec son répons, propres à chacune des fêtes de la seconde semaine après l’Épiphanie. — Cette série de courtes leçons (dix lignes environ chacune) n’est qu’un insignifiant fragment de Liber nocturnalis.

Voici, au contraire (fol. 272-288 v°), un vrai bréviaire de l’office sanctoral commun : cinq offices, — 1°« in nataheiis apostolorum, » — 2° « in nat.plur. martyrum», — 3° « in nat. unius martyris», — 4° « in nat. confessons atque pontificis », avec une courte variante en appendice pour ceux « qui non fuerunt sacerdotes », — 5° « in nat. virginum ». Ces cinq offices sont représentés par les seuls premiers mots des antiennes et psaumes à vêpres, aux nocturnes, à laudes, les premiers mots des répons aux nocturnes, et enfin le texte in extenso des leçons, qui, à la réserve de la leçon évangélique que comporte l’otfice bénédictin, sont toutes ici empruntées à saint Jérôme, et chacune d’une dizaine de lignes environ.

Voici le bréviaire de plusieurs autres offices : — d’abord (fol. 225 v°-228 v°) de l’office « in dedicacione ecclesie », avec ses antiennes, psaumes, verset, capitule, hymne de vêpres , invitatoire, hymne, antiennes, psaumes des nocturnes, antiennes de laudes, toutes ces pièces mentionnées par leurs premiers mots; au contraire, les leçons (saint Jean Chrysostome) données in extenso, chacune avec son répons in extenso de même ; — puis (fol. 251-253 vü) l’office des morts, « Incipiunt vigüiae », avec ses pièces autres que les leçons et les répons, indiquées par leurs premiers mots seulement, les leçons et presque tous les répons au

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contraire donnés in extenso ; — enfin (fol. 228 v°-232 v°), l’office propre de la Trinité, « Item officium de Trinitate », reproduit semblablement '.

Le manuscrit que nous venons d’analyser est du xie siècle, nous l’avons dit en commençant. Mais on peut préciser davantage. 11 est postérieur au pontificat de Léon IX et de Victor III, dont il mentionne les anniversaires, par conséquent postérieur à 1087. Le copiste, de plus, a transcrit sur les feuillets (1-8 v°) du premier cahier, c’est-à-dire immédiatement avant le calendrier (fol. 9 ss.), une exposition sur les six âges du monde (Inc. : Prima est huius mundi etas ab Adam usque ad Noe...), qui comprend, pour le sixième âge, un catalogue des empereurs romains y compris ceux de Constantinople, — le dernier prince mentionné est Alexis Comnène (1081-1117), — un catalogue des papes, — le dernier pontife mentionné est Pascal II (1099-1118), — un catalogne des abbés du Mont-Cassin, — le dernier mentionné est Oderisius (1087-1105). Le copiste marque la durée du gouvernement soit des papes, soit des abbés, sauf du pape Pascal et de l’abbé Oderisius : preuve que ce pape et cet abbé vivaient tous deux au moment où notre manuscrit a a été copié. Enfin, ce même copiste a dressé (fol. 7-8 v°) une table de millésimes, de l’an 1000 à l’an 1 139 ; en regard de plusieurs de ces millésimes, il a noté quelques événements contemporains, éclipse, élection de pape, dédicace d’église 1 2, siège de villes, transformant ainsi sa table en

1. Invitatoire : « Deum verum unum in trinitate et trinitatem in unitate venite adoremus. » Leçons, les huit premières « Expositio sancti Ambrosii episcopi de trinitate », les quatre autres « Sermo sancti Gregorii Nazanzeni episcopi ». Les antiennes de laudes : « Beata et benedicta et gloriosa trinitas pater et filius et spiritus sanctus, tibi laus, tibi gloria, tibi graciarum actio. — O beata, benedicta, gloriosa unitas, pater, filius, spiritus sanctus, miserere, miserere, miserere nobis. » — Etc. Cet office est différent de celui que l’on attribue à Étienne de Liège. Cf. notre Histoire du bréviaire romain (2e édit.), p. 205, note 1.

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