PAR M. L’ABBÉ PIERRE BATIFFOL
La description si détaillée et si exacte que M. Aug. Molinier a donnée du manuscrit n° 364 (759) de la Bibliothèque Mazarine l, nous dispense de le décrire ici à nouveau. Nous voudrions uniquement appeler l’attention sur ce volume qui est une rareté et une rareté importante pour l’histoire de la bibliographie de l’office canonique à cette époque obscure de son histoire, le xT siècle. Négligeant donc les pièces adventices qui encombrent les premiers feuillets et les derniers de notre manuscrit, négligeant les curieuses peintures de style byzantino-lombard qui l'ornent, négligeant même l’ordre où le copiste a rangé les pièces liturgiques qu’il a groupées dans le corps de ce beau volume, nous étudierons une à une, dans l’ordre le plus logique, et pour elles-mêmes, ces seules pièces liturgiques 2.
Le calendrier (fol. 9-14) est le calendrier sanctoral romain.
1. A. Molinier, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, t. I, p. 132-133.
2. Qu’il nous soit permit de rapprocher de la présente note celle que nous avons publiée avec M. Desloge sur « un bréviaire romain de la bibliothèque de Lyon », dans le Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1893. p. J47-152.
P. BATIFFOL. — BRÉVIAIRE CASSINÉSIEN
Il omet cependant un certain nombre de fêtes romaines, en particulier les anniversaires de la dédicace des basiliques do Saint-Pierre, de Saint-Paul et du Latran. Par contre, les papes y sont nombreux, plus nombreux que dans maints calendriers strictement romains 1 ; parmi ceux dont la mention est à cet égard à signaler, citons saints Évariste, Xystus, Télesphore, Victor, Soter, Sixte II, Lucius, Caius, Eutychien, Eusèbe, Miltiade, et, postérieurs à la paix constantinienne^ Jules, Innocent, Simplice, Martin, Grégoire II, Léon IX (f 1054) et enfin, celui-là surtout à signaler, Victor III (f 1087). La mention de Victor III est ainsi libellée :
[16 sept.] Victor papa qui et Desiderius abbas.
La fête de saint Benoît est dotée d’une octave; en outre, au 25 octobre, est marquée la fête de la translation de saint Benoît. Ceci est un premier indice que ce calendrier romain est approprié à l’usage bénédictin. Les fêtes de dédicace qu’il porte et qui, dans tout livre liturgique, sont si précieuses à noter parce quelles indiquent la localité ou le diocèse auquel le livre doit servir, sont les suivantes :
[3 janv.j Dedicatio ecclesie sancti Bartholomei
[30 janv.] Dedicatio ecclesie sancti Andree.
[10 sept.] Dedicatio turrium paradysi.
[P1' oct.] Dedicatio ecclesie sancti Benedicti.
[17 nov.] Dedicatio ecclesie sancti Martini.
L’église Saint-Benoît est la basilique du Mont-Cassin; Saint-André et Saint-Martin, nous le verrons plus loin, sont aussi des sanctuaires de l’abbaye ; Saint-Barthélemy 2 ; les tours du paradis sont les deux chapelles (Saint-Michel et Saint-Pierre) de l’atrium de la basilique 3. Notons, en terminant, que notre calendrier ignore la commémoraison
1. L. Guérard, Un fragment de calendrier romain du moyen âge (Mélanges de l’école de Rome, t. XIII), tirage à part, 1893, p. 20-27.
2. Léo Ostien., Chron. mon. casinen. (éd. Wattenbach), III, 34. — Cf. dom Tosti, Storia délia badia di Montecassino (Rome, 1888), t. I, p- 194-208.