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VOLET DE TRIPTYQUE EN IVOIRE

Travail byzantin. Xe siècle. — (Musée du Louvre)

DU MUSÉE DU LOUVRE

Sur la face antérieure de ce volet est sculpté en très fort relief, un saint debout, de trois quarts à droite. Sa tête est garnie de cheveux courts et légèrement frisés ; ondée aussi est la longue barbe qui retombe jusque sur sa poitrine. Quant au nimbe circulaire qui indiquerait suffisamment, en l’absence de tout autre indice, le caractère sacré du personnage, il est bordé d’un rang de perles sculptées qu’à l’origine rehaussait sans doute une couleur d’un ton vif. Le costume n’a rien de particulier et ne diffère pas de celui que nous rencontrons dans la plupart des monuments byzantins : longue tunique tombant jusqu’aux chevilles, à manches étroites et munies d’un orfroi gemmé aux poignets ; sur l’épaule droite une rouelle de broderie inscrivant une étoile. Le manteau, long et agrafé sur l’épaule droite, est également brodé : sur la poitrine s’étale une large segment; un autre apparaît , à gauche, dans le dos. Le geste, un geste d’adoration exécuté de la main gauche étendue et qui s’adresse probablement à une image de la Yierge portant l’Enfant ou à une image du Christ qui occupait le panneau central, est connu : il n’y a donc rien à en dire ; connu aussi par une foule de monuments byzantins est l’attribut que le personnage tient dans sa main droite : une courte croix dont les branches sont terminées par de petites pommes; on ne doit pas plus s’y arrêter qu’aux chausses étroites qui emprisonnent les pieds du saint, chaussure dont les exemples abondent sur les monuments du même genre. Dans le champ, à gauche de la tête du personnage, une inscription disposée verticalement nous donne le nom du saint que l’artiste a voulu représenter : (a) (6 fiywç) BEOAOPOC.

Passons maintenant au revers. Remarquons d'abord que, ainsi que cela a lieu dans un certain nombre de monuments soignés, l’artiste a tenu à dissimuler par un ornement le raccord des deux volets quand ils étaient fermés : ici il a exécuté un tore de lauriers, très simple mais très élégant, fort analogue à celui que l’on remarque sur le triptyque Harbaville. Quantàla décoration elle-même du revers, elle semble avoir été à la fois une œuvre de sculpture et une œuvre de peinture. Au-dessus et au dehors de la rosace centrale, exé-

entée en relief, on remarque encore sur l’ivoire, des traces jaunâtres, de forme circulaire, très visibles dans la reproduction que nous donnons et qui semblent provenir d’une décoration peinte ayant fortement imprégné la matière employée pour la sculpture. Quant à la rosace, elle se compose d’un cercle renfermant cinq autres cercles, disposés symétriquement en croix, le tout déterminé par les révolutions d’un galon replié plusieurs fois sur lui-même ; enfin chacune des parties de la croix ainsi obtenue renferme une étoile crucifère. Si l’on ajoute que ce volet de tryptique mesure en hauteur 0ra 162 et 0m 063, en largeur, on aura la description complète du monument, sculpté dans un morceau d’ivoire, très sain, légèrement jaunâtre, et qui a acquis avec le temps un poli très remarquable.

Nous ne savons rien de certain au sujet de la provenance de cet ivoire ; on dit qu’il vient du Puy, mais ces affirmations sont impossibles à vérifier; néanmoins, on peut conjecturer qu’il a été dès longtemps transporté en France, peut-être à l’époque de la IVe croisade. Ajoutons qu’il ne paraît avoir accompagné aucun des fragments de triptyques que nous connaissons : aucun de ceux que nous avons pu mesurer n’ont ces dimensions et il ne faut peut-être pas désespérer de voir un jour reparaître les deux pièces qui viendraient si heureusement compléter notre feuillet.

Le personnage ici représenté ne peut nous indiquer ni une provenance ni une date certaines : de tous les saints vénérés en Orient, saint Théodore Tyron, ou saint Théodore le Stratélate, sont le plus fréquemment représentés ; et leur type iconographique a varié beaucoup. La plupart du temps, comme sur le Triptyque Harbavüle , saint Théodore Tyron est revêtu d’un acoutrement guerrier, mais il n’est pas sans exemple de rencontrer son image vêtue d’un costume civil : c’est ici le cas, et dans un diptyque byzantin en argent, conservé au Baptistère de Florence, que Gori a publié, il est ainsi représenté1. On peut donc hésiter sur la véritable qualification qu’il conviendrait d’ap-

1. Gori, Thésaurus veterum diptychorum, t. III, p. 355, pl. V.

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pliquer au personnage représenté sur notre fragment de triptyque.

Reste à déterminer l’époque à laquelle V agiothyride dont faisait partie ce volet a pu être sculpté. Si l’on considère la technique, l’ampleur du style et sa simplicité, les heureuses proportions des extrémités dont le développement anormal ou la facture lâchée sont toujours l’indication ou d’un art qui en est à ses débuts ou qui a atteint la décrépitude, certes, ce n’est qu’à une époque très brillante de l’art byzantin qu’on peut faire remonter cette sculpture. Dès lors la comparaison s’impose et avec le bel ivoire conservé au Cabinet des Médailles, le Christ couronnant Romain et Eudoxie (entre les années 1068 et 1071) et surtout avec le Triptyque Harbaville que l’on s’accorde généralement aujourd’hui à considérer comme une œuvre du x° ou du xi° siècle. A dire vrai, encore maintenant, ces dates que nous attribuons aux ivoires byzantins, sauf en un très petit nombre de cas, ne peuvent être considérées que comme hypothétiques : les monuments à dates certaines sont trop peu nombreux pour permettre d’asseoir sûrement une opinion ; au surplus , faudrait-il encore savoir , ce que nous ignorons presque toujours, de quelle partie de l’empire grec proviennent les monuments que nous étudions; a priori , il est tout à fait permis de supposer que l’art byzantin ne s’est pas développé et transformé partout de la même façon ; il est tel ivoire que nous considérons comme sorti d’un atelier de Byzance qui peut parfaitement avoir été sculpté en Asie-Mineure, ailleurs peut-être. Je sais bien que Ch. de Linas, qui avait fait des ivoires byzantins une étude particulière, avait essayé de retrouver dans les monuments d’une même époque certaines règles de proportions, un canon qui, s’il était absolument vérifié par de nombreux exemples, permettrait de présenter des attributions avec une assez grande certitude 1 ; cet archéologue a prétendu que dans l’art byzantin, au vme siècle, les proportions du corps humain dépassaient notable-

1. Ch. de Linas, Anciens ivoires sculptés: Le triptyque de la Collection Ilarbaville à Arras, p. 23.

ment la normale classique et atteignaient jusqu’à neuf têtes, tandis qu’au ixe siècle, on trouvait des proportions moindres, sept et huit têtes, proches par conséquent de la normale; enfin, d’après lui, au xc siècle, les proportions variaient entre six têtes et demie et sept têtes. J’avoue que malgré tout le respect que je professe pour les opinions émises par Ch. de Linas, je trouve ces règles un peu absolues; ayant cherché à contrôler sur les monuments eux-mêmes les proportions fixées par lui, je suis parvenu à des résultats très contradictoires : sur un même bas-relief le canon n’est parfois pas exactement le même pour tous les personnages, par exemple sur l’ivoire du Cabinet des Médailles, cité tout à l’heure. Je dois reconnaître, du reste, que le nouvel ivoire du Louvre, que les proportions du fragment que je publie ici (sept têtes) donneraient raison à Ch. de Linas et qu’en appliquant les règles posées par lui rien ne s’opposerait à ce qu’on l’attribuât au xe siècle. Mais j’aime mieux, pourmapart, m’appuyer sur les ressemblances de style et de décoration qui en font un très proche parent du triptyque Harb avilie. C’est en résumé au xe ou au xie siècle — on ne saurait être trop large en pareille matière, — que je proposerai d’attribuer le volet de triptyque nouvellement entré au Louvre.

Les tryptiques byzantins sont peu nombreux et presque tous publiés suffisamment bien pour qu’on les puisse étudier; il m’a donc semblé intéressant d’en dresser ici une liste provisoire qui peut-être rendra service aux archéologues et peut-être aussi — mais je n’ose trop l’espérer — suggérera l’idée à ceux d’entre eux qui se sont voués aux études byzantines de poursuivre cet embryon de catalogue. Un assez grand nombre de plaques d’ivoire peuvent provenir de triptyques ; je n’ai cru cependant devoir admettre ici que celles qui incontestablement ont fait partie d’hagiothyrides, ainsi que l’indiquent généralement et la forme et les traces de charnières. J’ai classé ces pièces autant que possible par époque en ayant soin d’indiquer les collections dont elles font ou ont fait partie, ainsi que les principaux ouvrages dans lesquels elles ont été publiées.

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