Cf. Jaffé, Monumenta Gregoriana, pp. 400 et
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G (VI, 83). — La série des canons du concile de Poitiers de 1078 L
En somme, cette énumération comprend une série de documents importants datant tous du pontificat de Grégoire VII. Il est donc évident que notre collection ne peut être antérieure aux derniers temps de ce pontificat. Cette conclusion est confirmée par le fait que l’auteur de notre collection a connu le recueil d’Anselme de Lucques qui a paru aux derniers temps du pontificat de Grégoire VII, peut-être même après la mort du pontife.
Toutefois, notre collection ne peut être de beaucoup postérieure à la mort de Grégoire VII. En effet, elle ne comprend aucun décret d’Urbain II, aucun canon des conciles célèbres tenus sous son pontificat. L’auteur, qui s’est appliqué à insérer dans son œuvre quelques-unes des décrétales importantes de Léon IX 1 2, de Nicolas II 3 et d’Alexandre II 4, n’aurait pas négligé de tels documents s’il les avait connus.
Pour toutes ces raisons, je ne crois pas téméraire d’exprimer l’opinion que notre collection a dù être rédigée entre 1085 et 1090.
Pour établir cette date, je n’ai point tenu compte d’un document trop important pour qu’il puisse être passé sous silence. Le chapitre 267 du livre Ie'' de la collection se présente comme une encyclique de Grégoire VIL adressée à tous les fidèles, pour leur communiquer trente-deux décisions, rédigées sous une forme brève, (pii sont données comme les canons d’un concile romain. Cette encyclique, qui ne se trouve pas dans le Registre de Grégoire VIL a été publiée
1. Labbe et Cossart, t. X. p. 367; Hefele, Histoire des conciles (traduction française), t. VI, p. 570.
2. Le chapitre 197 du livre Ier contient la décrétale célèbre de S. Léon IX (attribuée dans les deux manuscrits de Rome et de Paris à Léon VII) sur la restriction des dons faits aux monastères par les moines qui y entraient (JalTé- Wattenbaoh, n° 4269).
3. Le chapitre 52 du livre Ier et le chapitre 23 du livre VI contiennent des décrets de Nicolas II tirés du concile Romain de 1059.
4. On trouve au livre Ier, à deux numéros d’intervalle (223 et 225) les deux décrétales d’Alexandre II sur la computation de la parenté, l’une adressée aux Napolitains, l’autre à tous les Italiens (Jaffé- Wattenbach, nos 4500 et 4506).
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par M. de Giesebrecht d’après une copie du xvne siècle contenue dans le manuscrit de la Vallicelliane C. 24; l’éditeur reconnaissait, d’ailleurs, la gravité des objections que soulève l’authenticité de ce document Ces objections ne paraissent point avoir préoccupé M. de Pflugk-Harttung, qui, vingt ans environ après M. de Giesebrecht, a publié le même texte en le donnant comme inédit, sans émettre de doute sur son authenticité; M. de Pflugk-Harttung croit pouvoir en placer l’origine vers 1074 ou 1075, c’est-à-dire dans les premières années du pontificat de Grégoire YII 2. De graves raisons m’amènent à penser, au contraire, que la prétendue encyclique est tout simplement un document composé dans le centre ou le sud-ouest de la France, que son auteur a mis sous le nom de Grégoire YII, afin d’assurer plus de crédit aux décisions réformatrices qui y étaient contenues 3. C’est
1. Giesebrecht, Die Gesetzgebung der rœmischen Kirclie zur Zeit Gregors VII, pp. 188 et ss. (dans Münchner Historisches Jahrbuch , 1866).
2. Pflugk-Harttung, Acta Pontiflcum Romanorum inedita, t. II, p. 125, n» 161.
3. Il serait fort extraordinaire qu’un concile aussi important eût été oublié dans les collections romaines ou italiennes, et que son texte ne se retrouvât que dans une collection fort peu connue et à coup sûr étrangère à l’Italie. On s’expliquerait mal, si le prétendu concile était authentique, le silence d’Anselme de Lucques et de Deusdedit à son endroit. De plus, le langage employé dans plusieurs canons est étranger à l’Italie, tandis qu’on y trouve des expressions employées dans la France centrale ou en Aquitaine. Ainsi notamment l’expression feudum presbyterale (I et III) est employée par le concile de Bourges enl031 . On trouve, dans un acte relatif à Saint-Sulpice de Bourges, l’expression fevum presbyterale, jointe à sepultura et baptisterium, comme dans le c. I de notre texte ; des expressions fort analogues à feudum presbyterale sont employées en Poitou, en Saintonge et en Aquitaine (cf. Du Cange, v° feudum presbyterale). — Le c. XIV, concerne la paix de Dieu. Il est ainsi rédigé : « Pax Dei ab omnibus teneatur, et quicumque in pace prædam fecerint vel aliter infregerint receptum unde præda facta vel ad quod conducta fuerit, excommunicentur donec emendetur, et factores, et emptores. » M. Hubert! ( Gottesfrieden und Landfrieden, t. I, p. 394) reconnaît que la paix de Dieu ne préoccupe que médiocrement les papes du xic siècle ; c’est, en effet, l’Eglise de France qui surtout s’en occupe. Aussi, au lieu de considérer ce fragment comme authentique, j’estime plus sage de lui attribuer, ainsi qu’à tout le prétendu concile, une autre origine et de penser que ce document provient du centre ou du sud-ouest de la France. Le nouvel éditeur des Regesta de Jaffé, M. Lœwenfeld, ne se croit pas en mesure de se prononcer sur l’authenticité du prétendu concile (no 5260).
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pourquoi je ne l’ai point introduit dans la liste établie cidessus des documents authentiques, contemporains du pontificat de Grégoire VII, que contient notre collection.
Il n’est pas inutile de faire remarquer que le texte du manuscrit de la Vallicelliane, le seul qu’aient connu MM. de Giesebrecht et de Pflugk-Harttung, est tout simplement une copie faite au xvne siècle sur le manuscrit 6093 du V atican, c’est-à-dire sur le manuscrit de notre collection. C’est ce que démontre irréfutablement la mention contenue dans le manuscrit de la Vallicelliane et reproduite par M. de Pflugk- Harttung : « Ex libro veteri, Cal (Vat.?), lib. I, cap. 267. » Ce liber vêtus ne peut être que le manuscrit Vatic. 6093, où notre texte forme le 267e chapitre du Ier livre. Ainsi notre collection est la seule source ancienne du prétendu concile de Grégoire VII.
9° Le pays d’origine de notre collection ne saurait être déterminé avec beaucoup de précision. Cependant les considérations suivantes ne sont pas sans jeter quelque lumière sur la solution de cette question : — A. La collection ne paraît pas italienne d’origine, car, s’il en était autrement, suivant l’usage italien de la fin du xie siècle, elle s’ouvrirait par la démonstration des droits du Saint-Siège. — B. L’un des manuscrits où elle est conservée, celui du Vatican, provient certainement du nord de l’Espagne, ainsi qu’il a été établi plus haut; quant au manuscrit de Paris, sans qu’on puisse en déterminer l’origine, il contient un texte fort analogue à celui du Vatican et peut vraisemblablement être attribué à l’Espagne ou à l’Aquitaine1. — C. Au nombre des fragments caractéristiques de cette collection figurent un miracle de saint Hilaire de Poitiers, les canons du concile de Poitiers de 1078, une formule concernant l’élection des évêques
1. On y rencontre parfois des formes qui décèlent l’influence espagnole : <> babtisma, obtamus ». Peut-être ont-elles échappé à un copiste qui transcrivait un manuscrit espagnol. D’ailleurs le manuscrit de Paris provient de la collection de l’archevêque de Reims, Le Tellier, et est du nombre des manuscrits de Ch. de Montchal, archevêque de Toulouse, que ce prélat avait acquis (Cf. L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 304). Il y avait sans doute là un fonds de manuscrit méridionaux auxquels le nôtre pourrait bien appartenir .
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connue par un manuscrit de Fleury-sur-Loire, et aussi l’encyclique apocryphe de Grégoire VII, qui peut être, avec beaucoup de vraisemblance, attribuée au sud-ouest de la France.
Ces diverses considérations m’amènent à considérer notre collection comme composée dans le sud-ouest de la France, ou au nord de l’Espagne. La découverte de nouveaux manuscrits permettra sans doute de donner une solution définitive à cette question.
10° L'auteur (on l’a déjà fait remarquer) ne se distinguait nullement par la rigueur de sa méthode : le désordre qui règne dans les parties de la collection qui lui sont propres en est la preuve. Ce désordre est tel qu’à plusieurs reprises il lui arrive de citer deux fois les mêmes fragments à des places différentes L sans d’ailleurs être contraint à ces répétitions par les nécessités d’un plan méthodique qu’il a peutêtre conçu, mais qu’il n’a pas tardé à abandonner. Il n’est pas plus scrupuleux quand il s’agit d’indiquer les sources où il puise ; souvent Yinscriptio qui précède le texte est réduite au minimum. En somme, c’est surtout au point de vue de la diffusion et de la transmission des textes que le Liber Tarraconensis méritera d’être étudié; en lui-même il ne possède qu’une maigre valeur scientifique.
La collection étant ainsi connue dans ses traits généraux, il reste à démontrer qu’elle est bien le Liber Tarraconensis d’Antoine Augustin.
Deux observations mettent le critique sur la voie qui conduit à cette conclusion. La première résulte des renseignements qui nous ont été transmis par Antoine Augustin le jeune, d’après lesquels la collection de Tarragone 11e contenait pas de documents postérieurs à Grégoire VII : on sait qu’il en est ainsi de notre collection. La seconde se déduit
1. Exemple : Les chap. 98 à 103 du livre VI répètent les chap. 39 à 43 du livre IV ; c’est-à-dire les chap. 265 et suivants de la collection en soixantequatorze titres.
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