‹ Mélanges Julien HavetChapitre 232 sur 567 · PAR M. .1. DELAVILLE LE ROULX · texte numérisé non relu

PAR M. .1. DELAVILLE LE ROULX

Les premiers établissements des Hospitaliers en Occident, dont le développement fat rapide, nécessitèrent, dès le début du xne siècle, la création d’un fonctionnaire chargé de les administrer et d’être l’intermédiaire entre eux et le siège de l’Ordre, établi en Terre-Sainte. Ce fut à Saint-Gilles, en Provence, que ce dignitaire résida; le choix de ce point s’explique par le fait que Saint-Gilles était, au moyen âge, le port d’embarquement des croisés et des pèlerins, et que, dès le début du xue siècle, l’Hôpital y eut une maison. Dès 1113, en effet, l’existence de celle-ci est constatée \ et nous savons qu’elle prit, dans les années suivantes, une extension considérable. Il semble que, dès 1117,1e grand prieur de Saint-Gilles ait été en fonctions 1 2 ; en tous cas, à défaut de date certaine, on peut affirmer sans témérité que vers cette époque le grand prieuré était fondé. Nous en avons pour preuve les donations, de jour en jour plus fréquentes, que

1. Le pape Pascal II place sous l’autorité du grand maître les maisons de Saint-Gilles, etc. (Mansi, Concilia, XXI, 87).

2. Une liste des grands prieurs de Saint-Gilles, dressée au commencement de ce siècle (Arles, Arch. communales) cite, mais sans preuves, un prieur de Saint-Gilles, Bérard, en 1117. Au contraire, en 1143, l’existence d’un grand prieur, Aymon, est hors de doute (Pauli, Codice diplomatico del sacro militar ordine Gerosolimitano (Lucques, 1733-37, 2 vol. in-fol.), 1, 23).

J. DKLAVILLE LE ROULX.

FONDATION

l’enthousiasme des fidèles multiplia avec une rapidité vraiment surprenante en faveur de l’Ordre nouveau, et qui réclamaient la présence d’un représentant du grand maître. L’essor pris par l’Hôpital fut tel qu’avant la fin du xme siècle les possessions de l’Ordre qui relevaient du grand prieuré de Saint-Gilles s’étendaient sur toute la surface de la France actuelle, de la Belgique et d’une grande partie de la Péninsule Ibérique.

Devant l’importance de ces progrès, l’administration de biens aussi nombreux qu’éloignés les uns des autres ne pouvait être efficace si elle restait aux mains d’un seul homme ; il fallut réduire la circonscription du prieuré de Saint-Gilles. Deux démembrements intervinrent : le premier porta sur les biens de l’Ordre en Espagne, qui furent groupés sous l’autorité d’un nouveau dignitaire, du châtelain d’Àmposte; le second comprit, sous le nom de grand prieuré de France, l’ensemble des possessions situées dans les pays de langue d’oïl '. S’il est en général impossible de déterminer exactement l’époque de pareils remaniements, — et c’est ici le cas pour la châtellenie d’Amposte, dont la constitution se place entre 1150 et 1160, — nous croyons pouvoir, en ce qui concerne le grand prieuré de France, apporter sinon une certitude absolue, du moins une approximation suffisante pour équivaloir à une date précise ; tel est le but de la présente étude 1 2.

1. Si cette délimitation n’est, pas absolument rigoureuse, elle donne cependant une idée suffisamment exacte de ce démembrement. 11 convient de remarquer qu’ultérieurement, au xive siècle, le grand prieuré de France subit de nouvelles transformations ; il fut réduit aux provinces des bassins de la Seine, de l’Escaut et d’une partie de celui de la Meuse, et on forma à ses dépens le grand prieuré d’Aquitaine (bassin inférieur de la Loire, bassin de la Charente et Bretagne) et pour partie le grand prieuré de Champagne (Champagne, Bourgogne, Lorraine).

2. Le grand prieuré de Saint-Gilles éprouva encore un double remaniement par la création, au xme siècle, du grand prieuré d’Auvergne, formé du massif central des Cévennes et du Jura, et par celle du grand prieuré de Champagne dont la majeure partie fut prélevée sur les provinces qui lui étaient restées après la constitution du grand prieuré de France. Eniîn, en 1315, on lui enleva, pour former le grand prieuré de Toulouse, le Haut Languedoc, la Guyenne, la Gascogne, le Bigorre, la Biscaye et le comté de Foix.

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