DU GRAND PRIEURE DE FRANCE
La solution du problème résulte du rapprochement de deux documents, dont nous donnons le texte plus bas. Dans le premier, daté de 1178, le grand prieur de Saint-Gilles intervient pour concéder à un tiers des terres situées dans le ressort de ce qui sera plus tard le grand prieuré de France ; dans le second, au contraire, postérieur d’un an au premier (1179), figure un personnage du nom d’Anselme, avec la qualification de priwms prior in Francia. Ces deux textes, en s’éclairant mutuellement, nous autorisent à affirmer que le grand prieuré de France fut fondé entre 1178 et 1179 ; le court intervalle de temps qui les sépare permet de donner à cette fondation une date d'une précision presque absolue.
Les historiens avaient, jusqu’à ce jour, placé en tête de la liste des grands prieurs de France les noms de Jean le Turc (1130) et de Geoffroy Breton (1173). Nous ignorons sur quels fondements reposaient leurs affirmations, mais les pièces que nous publions ici les réduisent à néant b Anselme est, sans qu’aucun doute soit possible, le premier grand prieur, et remplit cette charge jusqu’en 1187 1 2. En 1188, Arnoul de Spina le remplace 3, et, l’année suivante, Garnier de 'Naplouse cumule les fonctions de grand prieur d’Angleterre et de France ; il a deux lieutenants qui le suppléent dans l’administration de ce dernier prieuré 4. Mais bientôt après il est élevé à la dignité de grand maître de l’Ordre (avant octobre 1190) 5, et le nouveau titulaire du prieuré de France est Auger (1191 et années suivantes) 6.
1. Marinier, Les commander les du grand prieuré de France (Paris, 1872, in-8°), p. xxxiv,
2. 1185, Paris, Arch. nat., M. 14, n° 28 (chirogr. orig. scellé) ; 1186, Paris, Arch. nat., L. 731, chap. de Laon (chirogr. orig.); 1187, Paris, Arch. nat., S. 2351, n° 28 (orig. scellé).
3. Paris, Arch. nat., S. 5144 A, n° 8 (copie, xve s.). D’après cette pièce, Anselme se serait appelé « frater A. de Corbolio ».
4. Paris, Arch. nat., S. 5115 B, no 48 (chirogr. orig.). Mannier ( Comm . du gr.-pr. de Fr., p. xxxiv) place bien ce personnage à cette date ; c’est le seul point exact de sa chronologie des premiers grands prieurs.
5. Delaville Le Roulx, Les Archives, la Bibliothèque et le Trésor de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte (Paris, 1883, in-8°), p. 210.
6. Paris, Arch. nat., S. 2154 A, n° 1 (orig. scellé). Mannier ( loc . cit.., p. xxxiv), place à tort en 1191 un prieur du nom d’Ancel.
J. DELAVILLE LE ROULX.
FONDATION
On voit, par ces quelques lignes, que, si la date de constitution du prieuré était inconnue, la chronologie des premiers prieurs n’était pas moins obscure et méritait les rectifications que nous avons pu y apporter. Il est souvent difficile de percer les ténèbres dont sont enveloppés les débuts d'une institution nouvelle, et c’est pour nous une bonne fortune d’avoir été en mesure, pour le grand prieuré de France, de jeter quelque clarté sur ce point spécial.
1178. — Odin, prieur de l' Hôpital de Saint-Gilles , en exécution du chapitre de l'Ordre tenu à Cerisiers 1 2, concède, sous diverses conditions, à G odin et à ses héritiers toute la terre appartenant à la dotatation des églises de Saint-Symphorien -, de Spiennes 3 4 et de Vellereille \ et d'autres biens.
Mous, Arch. de l’État, command. du Piéton, n° 115 de l’inventaire imprimé (orig. scellé). — Analyse : L. Devillers, Invent, analyt. des commanderi.es Belges (Mons, 1876, in-4°), 25.
In Domine sancte trinitatis. Ego Odinus, Dei gracia, do mu s Hospitalis S. Egidii dictas prior, notum facio tam futuris quant presentibus quod, assensu fratrum nostrorum qui interfuerunt capitulo de Ceresiers, oninern terrain, que pertinet ad dotes ecclesiarum nostrarum, videlicet de S. Symphoriano, de Spienis et de Vellerella, domino Godino suisque heredibus in perpetuum concessimus tenendam. tali tamen condicione interposita quod in eadeni terra terragium et decimam debemus accipere, sicut quod, numeratis octo manipulis, duos postea, unum pro terragio et alterum pro décima, accipiemus. Teragium vero dominas G[odinus] suique heredes vecturis suis infra procinctum parochiarum predictarum, quocumque fratres nostri voluerint, conducent, fratres vero nostri suis propriis vecturis decimam nostram. Predictam etiam terrain dominus G[odinus] vel suus heres suo legitimo heredi dare, vendere, invadiare absque omni calumnia poterit; sed si in posteruin