‹ Mélanges Julien HavetChapitre 238 sur 567 · ATTRIBUÉES A PHILIPPE DE HARVENGT · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉES A PHILIPPE DE HARVENGT

du second abbé de Bonne-Espérance. Nous ne voudrions pas dénier à Philippe tout droit à la paternité de quelques pièces, mais rien ne nous permet de les reconnaître d’une manière certaine. » On le voit, il laisse indécise la question, et Philippe continue à être compté au nombre des poètes. Tout récemment encore, E. Diimmler a écrit qu’un manuscrit 1 du monastère de Hautmont, actuellement conservé à la Bibliothèque royale de Berlin (Cod. lat. thëol. , in-8°, 94), contient un grand nombre de poésies d’Hildebert du Mans et de l’abbé Philippe de Harvengt, dont plusieurs inédites et d’autres plus complètes que dans les textes connus jusqu’ici. Il remarque en même temps que j’ai entrepris la description du manuscrit, et c’est cette occasion qui m’a conduit à m’occuper de plus près de la question. Il est important de noter, pour écarter les suppositions erronées, que nulle part dans le manuscrit ne se rencontre le nom de l’abbé Philippe, et que le seul fondement à l’attribution qui lui est faite d’une partie du recueil est la présence de certains morceaux qui se trouvent aussi dans l’édition de l'abbé N. Chamart. Nous nous voyons donc ramenés seulement à cette collection. Mais il est notoire qu’elle contient des poésies d’Hildebert, et l’on ne trouve nulle part l’indication que dans le manuscrit un ou plusieurs poèmes fussent attribués à l’abbé Philippe. Si nous examinons maintenant les preuves internes, nous devons nous représenter que Philippe, mort, le 11 avril 1183, dans un âge avancé, était un personnage fort pieux, à tendances ascétiques et mystiques. Sans doute lui aussi a fait des vers sur les bancs de l’école, il est possible qu’il s’y en soit rencontré d’un peu légers, comme on le rapporte de saint Bernard, mais il est difficile qu’il en ait laissé subsister la mémoire. L’énigme sur virga ne saurait être de lui:

Vir fiet, si tu finem de nomine pellis ;

A mutetur in O, vix est in mille puellis.

1. Sigeberts vun Gembloux Passio sanctae Luciae virginis und Passio sanclorum Tliebaeorum (Berlin, 1893, in-8° ; extrait des Abhandlungen der kgl. Preussischen Akademie der Wissenscfraftcn), p. 22.

W. WATTENBACH. — POÉSIES

Et tout aussi peu celle sur Amor et Roma :

Corda puellarum lascivis urgeo morbis ;

Verte rétro nomen, totus mihi serviet orbis.'

Bref aucune raison interne ne parle en faveur de la paternité de Philippe, et comme d’ailleurs, ni dans ses œuvres ni quelque autre part, on ne signale de poésies de lui, nous avons bien le droit de le retrancher du nombre des poètes.

Pour ne me point borner à ce maigre résultat négatif, je rapporterai une des pièces inédites du manuscrit d’Hautmont. Malheureusement ces poètes du xiic siècle se sont toujours éloignés du goût antique, quelque zèle qu'ils aient mis à l’étude de l’ancienne littérature, quelque pleins qu’ils soient toujours de réminiscences, mettant en scène à tout propos les divinités du paganisme et ils sont tout à fait étrangers au cercle des idées chrétiennes, sauf quand ils traitent de sujets ecclésiastiques. Ils gâtent aussi leur style par l’emploi de la rime, par des fantaisies de métrique et de langage, par des antithèses multipliées et sans goût. Ces défauts sont ceux du poète, dont je donne ici une production 1 :

AD INVIDOS

Indicio natum facit inclita fama beatum :

De quo fama tacet-, vilis ut algaa jacet.

Vita viro fort! laus est contraria morti;

Carnea massa périt, fama superstes erit.

5 Omni te studio captabant, fama, poetae,

Cum nil jocundum, nil aliquid sine te,

Pluraque sécréta legit sibi quisque poeta :

Sic viguit studium, floruit ingenium,

10 Et se fama sibi contulit omnis ibi.

Hoc studio laudis, ne sit mea fama subaudis c,

Fontis Castalii consilium petii.

Inveni Musas per montis gramina fusas,

a. Cf. Virgilii Ecl. VII, 42 : projecta vilior alga. — b. manque, sans qu’il y ait indication de lacune. — c. Subaudis, terme inconnu écrit nettement et convenant bien pour la rime.

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