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A. Keller, Romvart, p

J. COURAYE DU PARC.

RECHERCHES

Èlie de Saint-Gilles, poème probablement antérieur, offre encore un témoignage de la célébrité de Basin :

Galopins ot une herbe des puis de Garnimas Que Basin ot tolu quant Garin encanta,

Quant li fain de la loge si fort les engresa ;

Signor, che fu la nuit que Karles i ala b

En résumé, l’auteur de Jehan de Lanson ne connaissait peut-être Basin connue nous, que par d’autres poèmes et les allusions que je viens de citer suffisent pour expliquer le choix de son héros 2.

Qu’on admette ou non l’influence plus ou moins directe de la chanson perdue sur le Basin de Jehan de Lanson, ce personnage présente quelques particularités dont il faut bien chercher l’explication ailleurs : il est toujours appelé « duc de Gênes » et est mis au rang des douze pairs ; rien de tout cela pour le Basin du Couronnement de Charlemagne .

1. Èlie de Saint-Gilles, éd. G. Raynaud, p. 65-66. — On a vu dans Jehan de Lanson un autre souvenir de Basin dans la mention d’une hostilité antérieure entre Charlemagne et Basin ; le fait me semble douteux. Notre poème n’y fait que cette seule allusion assurément peu caractéristique en parlant du larron Servain : Entre lui et Basin furent per compaignon, | A cel tems que Basins guerroia roi Charlon (B. N., fr. 2495, fol. 18 v°). D’ailleurs, la présence de cette hostilité dans l’ancien poème est également douteuse et n’est mentionnée que par ce court passage du chroniqueur Philippe Mousket : Et Basins li flst maint anui \ Qui l’emmena embler od lui (v. 8442-3). Tous les autres ouvrages qui ont conservé le souvenir de Basin sont muets sur cette particularité ; j’avoue que ce trait dans Philippe Mousket ne me semble pas assez caractéristique pour être forcé avec M. G. Paris d'admettre plusieurs rédactions de la chanson de Basin. Il y aurait encore une trace de l’hostilité de Charles et de Basin dans la version néerlandaise Karl et Elegast; il y est seulement dit que l’empereur a dépossédé de ses biens et banni Elegast qui remplace ici Basin, pour un léger grief; rien ne fait croire qu’Elegast se soit vengé en usant de représailles à l’égard de son injuste suzerain : au contraire, il refuse généreusement de toucher au trésor de l’empereur (Hist. poét., p. 316). Enfin, dans Jehan de Lanson, ce souvenir d’une lutte passée contre l’empereur s’expliquera facilement quand nous aurons constaté le modèle que copie notre Basin et dont l’hostilité contre Charlemagne était légendaire.

2. La réputation de Basin a été assez bien établie pour être durable, et on trouve son nom encore mentionné dans des ouvrages postérieurs à Jehan de Lanson; le roman d 'Eustache le Moine le connaissait encore, comme nous le verrons. Basin personnifie la perversité du siècle dans le roman de Fauvel : Fauvel le desrée \ Qui si souvent est conrèe \ Bu conseil Maugis et Basin, | Mène tout par antefrasin (B. N., fr. 2139, fol. 11 r° et v°).

SUR LA CHANSON DE JEHAN DE LANSON

Basin de Gènes, au contraire, est un personnage bien connu et très souvent mis en scène par les trouvères; de plus, jamais on ne lui attribue la qualité de voleur et de nécromant.

Ce Basin , duc de Gênes , est 'généralement considéré comme le père d’Auberi le Bourgoing ; on peut lire, dans l’analyse de V Histoire littéraire ’, le rôle important de ce personnage dans la première partie du poème de ce nom ; son nom est encore fréquemment cité dans les Lorrains 1 2 que connaissait certainement l’auteur de notre poème 3 4 5.

Enfin, dans Fierabras \ on trouve encore un rôle important attribué à Basin, duc de Gênes, et, de plus, il est mis au nombre des douze pairs comme dans notre poème ; nous verrons que Fierabras a souvent inspiré notre trouvère, et je n’hésite pas à admettre que ce soit ce dernier poème qui lui ait suggéré l’idée de mettre son héros au nombre des pairs. Donc notre poète, comme tous les trouvères de son temps, connaissait très bien le personnage de Basin de Gênes ; de plus, l’identité de nom a amené ici une confusion entre deux personnages à l’origine entièrement différents ; le larron Basin est devenu pair et duc de Gênes sans avoir renoncé à ses pratiques ordinaires de voleur et de magicien. Cette confusion montre une fois de plus que notre auteur n’avait qu’une notion bien vague du Basin du Couronnement de Charlemagne s.

Si l’auteur de Jehan de Lanson doit à des souvenirs plus ou moins directs du poème perdu de Basin le nom, la profession de voleur et la qualité de nécromant de son personnage favori, s’il a cru, en le faisant duc de Gênes et le

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