‹ Mélanges Julien HavetChapitre 289 sur 567 · PAR M. CAMILLE JULLIAN · texte numérisé non relu

PAR M. CAMILLE JULLIAN

Parmi les sciences historiques, il n’en est pas qui soit moins exclusive que la géographie comparée. Elle a recours à toutes les études ; elle a besoin de toutes les époques. Mais il n’en est peut-être pas qui aboutisse à des constructions plus séduisantes, à des conclusions plus certaines. Il n’en est aucune, à coup sûr, qui nous montre plus nettement dans le présent la survivance du passé.

La cité des Boïens est la plus petite qu’ait possédée la Gaule romaine. C’est celle qui a disparu la première, qui a joué le rôle le plus misérable, qui a laissé le moins de traces. Pourtant, il n’est pas très difficile d’en refaire la géographie historique, et de retrouver sur notre sol, aujourd’hui même, les vestiges de ses frontières et la continuité de son existence.

Deux textes nous font connaître l’existence de la cité des Boïens à l’époque romaine. La Notice des Gaules, vers l’an 400, la mentionne parmi les cités de la province de Novempopulanie sous le titre de civitas Boatium L Une épitaphe conservée dans le Musée de Bordeaux et qui n’est

1. Édit. Mommsen, p. 606 ( Chronica minora, 1,1892). Voir les variantes nombreuses, mais dont aucune n’a quelque importance.

point postérieure à l'an 300, donne au défunt la qualité de civis Boias *. — On peut donc admettre que la civitas Boatium ou Boiatium a existé pendant toute la durée de l’Empire romain, depuis Auguste jusqu’à Honorius.

Les territoires des cités gallo-romaines sont ceux de peuplades antérieures à l’Empire et auxquelles il a laissé leur nom et sans doute aussi leurs limites. On peut l’affirmer en particulier des Boïens. — César, en racontant la campagne dirigée contre les Aquitains du sud de la Garonne, parle deux fois du peuple des Vocates 1 2. Ce nom ressemble trop à celui des Bontés pour qu’il ne soit pas le même. D’ailleurs, b et v sont des lettres qui alternent constamment dans les noms de lieux gallo-romains 3, et la disparition ou l’aspiration du c entre deux voyelles n’a rien qui puisse surprendre dans la phonétique de la langue latine 4 5. Aussi bien, au moyen âge , la gutturale réapparaîtra au milieu du mot : de Boit on fera Bogium, comme on avait inversement fait Boiates de Vocates.

L’existence d’une peuplade indépendante des Boïens ressort également d'un texte de Pline l’Ancien 3. Cet auteur nous donne une liste des peuples aquitains, liste qui rappelle moins l’organisation de la province romaine que le souvenir de la Gaule indépendante. Nous y retrouvons les Boïens. Il est vrai que leur nom est soudé en un seul mot avec celui de leurs voisins les Bazadais, Basabocates ; mais il est aisé de les séparer et de lire, Basâtes, Bocates. Cette fois le à a remplacé le v de César.

En plus de son existence et de son nom, voici tout ce que nous savons de la cité des Boïens.

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