ET LE PAYS DE BUCH
Elle était traversée par la grande route qui menait de Bordeaux en Espagne ; une station de cette route s'appelait Boii : c’était probablement la capitale administrative 11 n’y avait entre le nom de la cité et celui de son chef-lieu qu’une différence de suffixe.
Le chef-lieu de la cité lui imposera plus tard son nom, comme cela est arrivé dans presque toutes les civitates et dans un bon nombre de pagi de la Gaule Romaine 1 2. Boias ou Boas tombera en désuétude. On dira uniquement, au moins dès le ixe siècle 3, Boias; ce qui amènera le Bogium du moyen âge.
Nous pouvons ainsi suivre de très près les destinées du nom de la cité depuis ses origines jusqu’à nos jours. On a dit d’abord Vocates ou Bocates; les Romains ont préféré Boates et Borates , et disaient encore Boii. Boii est devenu dominant, et la basse latinité en tirera Bogium, Bogeium, Bochium 4. De là viendra Buch, comme le gascon « puch » est venu de pogium.
Il est vraisemblable que le lieu dit des Boii occupait l’emplacement de La Teste de Buch, la Testa Bogii du moyen âge 5. La Teste était avant la Révolution 6 et est demeurée jusqu’à nos jours la localité la plus importante du pays de Buch. Son nom même, « tête » ou « capitale de Buch », est sans doute le souvenir de l’époque romaine, du temps où elle était caput Boiorum. Il serait même possible qu’on l’ait
1. Itinéraire d’Antonin, p. 218, édit. Parthey et Pinder. Paulin de Noie (Carmina, X, v. 239) oppose Boii à Burdigala : c’est donc qu’il fait de Boii une ville ou tout au moins un village. — Nous laissons de côté la question des distances marquées sur Y Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger.
2. Le travail a été fait pour les cités. Il reste à faire pour les pagi.
3. Sans doute dès le moment où la civitas disparut. Boius, pour désigner la cité (disparue) ou le pagus (existant), apparaît pour la première fois, à ma connaissance, dans le ms. de Paris lat. 2123, qui est du ixe siècle. — Nous aurions préféré que M. Mommsen mît dans son texte (p. 606) la leçon Boius au lieu de la leçon Boris qui est évidemment fautive, quoique donnée par le plus grand nombre des manuscrits : ce sont d’ailleurs les plus mauvais.
4. D’après les lièves et les comptes de l’Archevêché de Bordeaux. Voir, d’ailleurs, les tables des Archives historiques de la Gironde, t. XX et XXII.
5. Cf. Archives historiques de la Gironde, t. XXII, p. 136, etc.
6 Cela ressort bien des textes nombreux publiés dans les Archives historiques de la Gironde.
parfois, dans le moyen âge, appelée « Buch » absolument l.
Ensuite voilà deux faits à retenir comme certains : d’abord la persistance du nom des Boïens et de celui de leur capitale, la transformation de ces noms en Buch et Teste de Buch. — On est donc entraîné à conclure que les localités qui formaient, dans l’ancienne Gascogne, le pays de Buch, avaient constitué, dans l’ancienne Gaule, la cité des Boïens 2.
La plus ancienne liste que nous possédions de ces localités est du xme siècle. Du reste, l’étendue réelle du pays de Buch n’a point varié entre 1200 et 1789. En dressant la carte de ce pays vers 1250, nous aurons donc, fort vraisemblablement , celle de la cité boïenne sous l’Empire romain, peut-être aussi celle de la peuplade des Vocales au temps de Jules César. — La cité des Boïens aurait eu pour limites : l’étang de Cazaux au sud, l’étang de Lacanau 3 au nord, et La Croix d’Hins sur la route de Bordeaux 4.
Cela n’est qu’une hypothèse : mais les conclusions où elle nous amène nous permettent précisément d’en vérifier l’exactitude. Le lieu dit La Croix d’Hins était autrefois la frontière orientale du pays de Buch ; la présence d’une croix indiquait d’ailleurs qu’il y avait là, au moyen âge, une limite importante. Mais le mot Hins implique la même chose pour l’époque gallo-romaine. Hins n’est que l’adaptation en gascon du mot latin fines (la substitution de h à f
1. D’après les Archives historiques (document de 1311), t. XVI, p. 65. Le Bogium des comptes de l’Archevêché est Le Porge.
2. Nous n’excluons pas la possibilité de, rattacher à cette cité, comme pagus dépendant, le pays de Born ; le pays de Born a été, en effet, comme celui de Buch, réuni de très bonne heure au diocèse de Bordeaux.
3. L’intrusion de Lacanau dans l’archiprêtré de Buch est de date relativement récente.
4. Voici quelles étaient les paroisses formant primitivement l’archiprêtré de Buch : au nord de la Leyre : Saumos, Le Porge, Le Temple, Lège, Andernos, Lanton, Audenge, Biganos, Mios, La Mothe, Salles; au sud : Gujan, La Teste, le Teich, Cazaux. On peut l’établir à l’aide des comptes de l’Archevêché (Archives départementales, série G, surtout n° 236; voir Inventaire sommaire, 1892, p. 102; Drouyn, Archives historiques de la Gironde, t. XXI et XXII ; cf. l’excellente préface mise en tête de l’Inventaire sommaire par M. l’abbé Allain, p. xxii-xxm). Pour les détails, des paroisses voir Baurein, Variétés bordelaises, édit. Méran, 1876, t. III, p. 281 et suiv.