‹ Mélanges Julien HavetChapitre 292 sur 567 · ET LE PAYS I)E BUCH · texte numérisé non relu

ET LE PAYS I)E BUCH

est constante en langue gasconne) \ Il y avait donc là des fines ou une borne entre deux cités ou deux régions importantes ; or, nous ne trouvons dans ces parages que deux districts romains qui aient pu se toucher : celui de Bordeaux et celui des Boïens. La cité des Boïens Unissait donc à l’endroit précis où, jusqu’en 1789, finissait le pays de Buch, et nous avons une raison de plus pour les identifier complètement l’une avec l’autre.

Si le territoire des Boïens a survécu comme « pays », il a disparu comme cité. On peut supposer plusieurs motifs à cette disparition.

C’était la plus petite des cités de la Gaule propre. C'en était aussi la plus misérable. Ni son chef-lieu, ni ses differents loci n’ont livré la moindre sculpture, ni une seule inscription. Des urnes anonymes, des poteries communes, voilà ce qui est resté des Boïens h Le pays était couvert de bois de pins :i ; sans doute il offrait peu de cultures. Il avait un chef-lieu, il n’avait pas de centre urbain. La population devait y être disséminée. C’était en droit une cité; en fait, il avait toute l’apparence d’un canton rural.

Vers l’an 300, les chefs-lieux des cités gauloises furent fortifiés ; nous ne trouvons pas la moindre trace de remparts chez les Boïens.

Vers la même époque chaque cité reçut son évêque; aucun évêque boïen n’apparaît dans les actes des Conciles.

Cette cité n’était cité que de nom. Il lui manquait les organes essentiels qui pouvaient la faire vivre : une population urbaine, une ville fortifiée, un évêque permanent. Elle disparut. — Inversement, des chefs-lieux àepagi ou « pays »,

1. Voyez, en dernier lieu, sur ce sujet, Lanusse, De l’influence du dialecte gascon sur la langue française, 1893, p. 89.

2. Cf. Jouannet, Sépultures popidaires de la Gironde, dans les Actes de l’Académie de 1831; Hameau, Aperçus historiques sur la Teste de Buch, même recueil, 1841.

3. Piceos Boios, dit Paulin de Noie ( Carmina , X, 239), en faisant peut-être allusion aux pins qui entouraient le village .

comme Toulon, qui, par leur agglomération, leur évêque, leurs remparts, avaient tous les éléments d’une vie municipale, furent transformés en cités.

On ne saurait trop dire à quelle époque la cité des Boïens fut supprimée. Plusieurs manuscrits de la Notitia Galliarum rappellent qu’elle n’existe plus ', et le plus ancien parmi eux est du ixe siècle 1 2. C’est entre 400 et 900 qu’il faut placer sa disparition ; et, selon toute vraisemblance, plus près de la première que de la dernière de ces deux dates. On a tous les motifs de croire qu’elle n’existait plus dès le début du vie siècle. 11 est frappant qu’au concile d’Agde, en 506, il ne manque qu’un seul représentant des cités de Novempopulanie, et c’est celui des Boïens 3 4.

Les Boïens furent absorbés par la cité voisine de Bordeaux \ Ils dépendirent de son archevêque, sans doute aussi de son comte.

Mais il est rare qu’un organisme religieux ou politique

1. Quod est Boius in Burdegalense ou id est Burdegal., ajoutent à peu près 10 0/0 des manuscrits à la mention civitas Boatium; éd. Mommsen, p. 606.

2. C’est le ms. de Paris lat. 2123. Ce n’est pas le plus ancien des manuscrits de la Nntitia Galliarum, mais c’est certainement un des plus importants, un de ceux, dit M. Mommsen, p. 575, quorum in crisi rationem habendam esse nobis persuasimus .

3. C’est l’historien Marea qui, avec sa sagesse ordinaire, me parait avoir indiqué les meilleures raisons de la disparition de la cité des Boïens ( Histoire de Béarn, 1640, p. 30). Il place le fait au ve siècle, sous le règne d’Euric (p. 31), et il a fort probablement raison : « Il reste un sujet d’estonnement de voir que l’Evesque de la cité des Boïates n’assista point en personne ni par députés, au synode d’Agde tenu sous Alaric l’an 506 où l’on remarque pourtant tous les autres Evesques de la Novempopulanie ou les procureurs des absens. Ce qui uonne lieu de soubçonner, si le roi Evarix qui ravagea ces peuples n’aurait point ruiné celui des Boïens. » — On sait qu’Euric empêcha de pourvoir, au milieu du ve siècle, aux diocèses vacants de Novempopulanie et de Seconde Aquitaine (Sidoine Apollinaire, Epistolae, VU, 6) : il est possible que, lors de la reconstitution de l’épiscopat, sous Alaric, on ait rattaché définitivement le diocèse des Boïens à celui de Bordeaux.

4. Remarquez que la civitas Boatium ne dépendait pas de l’archevêché de Bordeaux, mais de celui d’Eauze. Il y a eu, sur ce point, transposition de paye d’un archidiocèse à un autre.

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