‹ Mélanges Julien HavetChapitre 369 sur 567 · Archæological Journal, vol. XIX, p · texte numérisé non relu

Archæological Journal, vol. XIX, p

face aux Journals of ail the Parliamenls during the reign of Elizabeth, dit qu’il a vu à la Tour deux copies du Modus, dont l'une en français; mais depuis on n’y a plus retrouvé ni Tune ni l’autre. Peut-être d’Ewes a-t-il simplement voulu dire que le Modus lui fut communiqué à la Tour et sans doute, dit M. Hardy, par Dugdale qui avait travaillé chez sir Christ. Hatton, ancêtre de lord Winchilsea, possesseur actuel du rouleau de parchemin.

Enfin, notre traité a été traduit plusieurs fois en anglais : ainsi, par John Hooker, alias Vowel, qui fut député d’Exeter en 1571 et chambellan de cette ville 1 ; par W. Hakewell 2 3, par Hardy, en regard du Modus latin, etc.

Ce texte a soulevé de longues polémiques, surtout au xviie siècle, à l’époque du grand conflit parlementaire d’où est sorti le régime politique qui a fait la grandeur de l’Angleterre au siècle suivant. On le comprend aisément, si l’on se rappelle que le traité a la prétention de décrire la tenue du Parlement « depuis le temps d’Edouard le Confesseur ». C’est, en effet, ce qu’on lit dans le paragraphe initial du Modus '6, et l’on ne s’étonnera pas que l’illustre Edward Coke en ait tiré argument dans son Commentaire sur Littleton (section 164) et plus explicitement encore au début de la quatrième partie de ses Institutes 4 *. Acceptant naïvement l’affirmation du compilateur inconnu à qui l’on doit le Modus, il soutient que celui-ci fut effectivement lu devant le Conquérant et approuvé par lui ; bien plus, il trouve des arguments à l’appui de cette opinion : car, dit-il, la charte

1. The order and usage of the keeping of a Parliament in England (1572). Reproduit par Holinshed au tome I de ses Chroniques (édit, de 1658, p. 121).

2. Modus tenendi Parliamentum ; or the old manner of holding parliarnents in England. Londres, 1659.

3. « Hic describitur modus quomodo parliamentum regis Anglie et Anglicorum suorum tenebatur tempore regis Edwardi, filii regis Ëthelredi ; qui quidem modus recitatus fuit per discretiores regni coram Willelmo, duce Normannie et Conquestore et rege Anglie, ipso Conquestore hoc precipiente, et per ipsum approbatus et suis temporibus ac etiam temporibus successorum suorum regum Anglie usitatus. » (Stubbs, p. 502.)

4. Le commentaire « On tenures » forme la première partie des Institutes,

parue en 1628 ; la quatrième parut seulement en 1644, onze ans après la mort

de Coke.

TENENDI PARLIAMENTUM IN ANGLIA

du couronnement de Henri Ie*' fait au moins deux allusions formelles au Modus 1, ce qui, d’ailleurs, est inexact de tout point. Il veut en trouver encore une autre dans la Grande Charte de 1225, chapitre 2, où il fait remarquer l’expression « antiquum relevium » ; cet antique relief, dit-il, est précisément celui qui se trouve indiqué dans le Modus. Enfin, Coke affirme avoir vu de ce traité un exemplaire « écrit au temps de Henri II, qui contient la manière, la forme et l’usage de Gilbert de Scrogel, maréchal d’Angleterre 2, et qui indique comment il s’acquittait alors de son office ». Ici Coke a sans doute confondu un traité sur l’office du sénéchal ou du maréchal (on en possède plusieurs, en effet) et le nôtre, qui parle seulement en passant du rôle qui revient à cet officier dans la tenue du Parlement.

Coke n’était pas seul de son avis. Au moment où il écrivait ses Instilutes, un clerc du Parlement, Henry Elsinge, composait, lui aussi, sa « Manière de tenir les parlements en Angleterre » ; il y invoque à plusieurs reprises le témoignage de l’ancien Modus que le sien ne fait d’ailleurs que reproduire en le rajeunissant 3. Milton, qui le cite, le croit antérieur aux statuts d’Édouard III 4. On l’analyse minutieusement dans une « Consultation juridique » rédigée par « d’éminents érudits » en 1658 5; l’année suivante, W Hakewell, de Lincoln’s Inn, le traduit sans le dire et sans prendre d’ailleurs la peine d'en discuter la date ni l’authenticité.

Cependant William Prynne commença bientôt l’attaque

1. Art. 12 : « Lagam Eduuardi vobis reddo.... » Coke ne met pas en doute que cette « laga Eduuardi » ne soit identique au Modus. Voy. Bémont, Chartes des libertés angl., p. 6.

2. Ce Gilbert de Scrogel n’est autre que Gilbert de Striguil, mentionné plus loin, et qui vivait au temps de Richard II, non de Henri II.

3. The mariner of holding Parliaments, pub. pour la première fois en 1660, et plusieurs fois réimprimé depuis. — On possède au British Muséum, Harl. 1342, le manuscrit autographe d’Elsynge, commencé en décembre 1624.

4. Dans 1’ « Eikonoklastes » et dans la « Defensio pro populo anglicano ». Voy. l’édit, complète de ses œuvres en 1698, tome II, p. 461 et 634.

5. The several opinions of sundry learned antiquaries , touching the

antiquity, poioer, order, State , manner, of the high court of Par liament

in England.

dans son Bricf register of Parliamentarg ivrits 1 . Dans la section 8, il se proposait de donner « une claire réfutation des nombreuses faussetés, tromperies, erreurs, contenues dans le prétendu ancien traité intitulé Modus tenendi parliamentum , ainsi que des affirmations de Sir Edw. Coke relativement à sa grande antiquité et autorité ». Le fougueux champion de la Prérogative royale ne pouvait, en effet, laisser passer, sans le critiquer, un texte qui paraît si affirmatif en faveur des droits anciens du Parlement; mais il se laissa, lui aussi, égarer par sa passion : dans l’excès de sa polémique, il l’attribue au plus tôt au règne de Henri VI, sinon même à celui de Henri VIII.

John Selden a été beaucoup plus raisonnable 2 : dans ses Titles o f honour (1672), il examine en détail 3 l’opinion d’après laquelle une baronnie consistait autrefois en treize flefs et un tiers de chevalier. « Cette opinion, dit-il, a trouvé créance auprès de beaucoup de gens instruits, mais sans autre fondement que la fantaisie erronée (mistaking fancy) de celui qui écrivit le traité De modo tenendi parliam. » À ses yeux, l’affirmation que ce traité a été lu devant le Conquérant et approuvé par lui est une « imposture », car la mention des « justiciae de banco », du « Capitalis justiciarius », des barons de l’Échiquier, du sénéchal, du connétable, du maréchal, prouve qu’il est d'une époque très postérieure à la conquête. « Pour ma part, dit-il, je ne puis le croire antérieur à Édouard III; j’en ai vu plusieurs exemplaires manuscrits, mais aucun qui soit de date plus haute. » — Lord Coke avait dit que Henri II avait fait transcrire le Modus pour l’Irlande sur un rôle de parchemin qui fut retrouvé en 1505 entre les mains de sir Chr. Preston, chevalier. Selden déclare avoir eu ce texte entre les mains, mais c’était seulement un Inspeximus sous le grand

1. Londres, 1659. Compar. ses Brief animadversions on tlie four th part

of the Institutes of the laivs of England, 1669.

2. Pliilipot, dans son Villare Cantianum (1664), p. 80, avait déjà dit que le Modus n’est pas plus ancien que le règne d’Édouard III.

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