Archives de Chantilly, série K
4. Voy. Delaville Le Roulx, La France en Orient , au xivc siècle, t. II (1886), p. 83; — Jarry, Louis d’Orléans (1889), p. 94.
5. Régnault donna pour ce paiement une quittance ainsi conçue : « Saichent tuit que je, Régnault, seigneur de Pacy, chevalier, chambellan de monseigneur le duc d’Orléans, confesse avoir eu et receu de Jehan Poulain, trésorier de mondit seigneur le duc, la some de cent livres tournois, lesquieulx mondit seigneur m’a donnez pour une foiz, pour moy aidier a supporter les despens qu’i me convient faire présentement en ce présent voyaige de Ilonguerie, ou je propose et entens aler avecques et de la compagnie de monseigneur de Coucy, si corne, par mandement de mondit seigneur le duc, sur ce fait, donné le xvj. jour de ce présent mois d’avril, puet apparoir; de laquelle somme de c. francs je me tien pour content et bien paié, et en quitte ledit trésorier et tous autres. Donné soubz mon scel et saing manuel, le xxc jour d’avril l’an mil CCC IIII" et xvj. Pacy. » Biblioth. nat., Pièces originales, vol. 2178, dossier Pacy, nu 39.
É. PICOT. — AVEU EN VERS
Paris lui prêta cinq cents francs, qu’il eut par la suite beaucoup de peine à rembourser. Afin de payer ce créancier ou ses héritiers, Régnault contracta un nouvel emprunt auprès d’Eustache Morel, c’est-à-dire auprès du poète Eustache Deschamps, bailli de Senlis. Eustache mourut avant que le sieur du Plessis Pomponne se fut acquitté envers lui ; en 1415, Régnault n’avait encore versé qu’une partie de sa dette.
Nous tirons ces derniers détails d’un acte fort singulier signé par Régnault de Pacy, le 1er septembre 1415. Nous voulons parler d’un aveu rendu par lui à Pierre d’Orgemont, seigneur de Montjay. Notre chevalier a eu l’idée, au moins étrange, d’écrire en vers le dénombrement de ses biens. On voit, dès le début, qu’il se proposait, en donnant à une pièce juridique une forme aussi insolite, d’exciter la bonne humeur de la dame de Montjay. Il attendait peutêtre d’elle quelque assistance pour sortir des embarras d’argent dans lesquels il se débattait.
L’aveu, qui nous a été signalé par M. Gustave Maçon, fait partie des riches archives du château de Chantilly. S. A. R. Mgr. le duc d’Aumale a bien voulu nous autoriser à le reproduire. S’il ne permet pas d’assigner à Régnault de Pacy un rang élevé parmi les poètes de son temps, il n’est pourtant pas sans intérêt pour lhistoire de la poésie. La mention d’Enstache Deschamps le recommande surtout à notre attention.
La plupart des biographes placent la mort de Deschamps vers 1422; mais il est difficile de citer une preuve à l’appui de cette date. Notre savant ami, M. Gaston Raynaud, qui continue avec tant de zèle l’édition entreprise par M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire, nous dit ne rien savoir du poète après 1405. Les deux derniers actes qui lui soient connus sont deux pièces des archives de Senlis en date du 19 mai et du 14 juin de cette année. A première vue, il semblerait que Régnault de Pacy (v. 227) parle de Deschamps connue d’un personnage encore vivant; mais un
1. GuillaumeRle Sens, nommé premier président en 1388, mourut en 1399.
RENDU A PIERRE ü’ORGEMONT
examen plus minutieux de notre aveu nous apprend que Morel, autrement dit Deschamps, avait consenti le prêt des cinq cents francs; qu’il avait même reçu de son débiteur cinquante écus ; mais que la créance était passée entre les mains du fils après la mort du père. A vrai dire, le fils de Deschamps ne s’appelait pas Eustache ; si Régnault de Pacy lui conserve le nom de bailli de Senlis, c’est qu’il pense à celui au profit de qui l’obligation avait été souscrite. L’aveu prouve donc qu’Eustache était mort avant le 1er septembre 1415.
Quant à Régnault, il vivait encore le 6 octobre 1415 1 ; mais il mourut peu de temps après. Son fils, Louis de Pacy, dont il parle, en 1415, comme d’un enfant mineur (v. 224), lui avait déjà succédé en 1417. Il fut alors surpris dans son château de Nanteuil par l’armée bourguignonne qui lui fit payer cher son attachement au duc d’Orléans. Obligé d’embrasser le parti des Bourguignons, Louis tomba en 1420 entre les mains de son ancien maître qui le retint prisonnier pendant cinq ans. Après diverses tergiversations, après avoir assisté au sacre du roi d’Angleterre à Paris (1431), il rentra sous l’obéissance de Charles VII, et mourut, dit-on, sans alliance en 1454 2.
La veuve de Régnault, Jelianne de Paillard, s’était remariée à Guit, valet tranchant du duc d’Orléans.
Nous n’avons pas à donner d’autres détails sur les seigneurs de Pacy. Nous publions l’aveu de 1415, moins comme un document historique que comme un monument littéraire des plus curieux.
AVEU RENDU PAR REGNAULT DE PACY (1er septembre 1415.)
a Je, Régnault nommé de Pacy,
Chevallier, adveue cecy
1. Demay, Inventaire de la collection Clairambault, t. II, n° 6931.
2. Carlier, Hist, du duché de Valois, II, 488; — Fautrat, loc. cit., pp. 75-71.