L. DUCHESNE
PASSION DE S. DENIS
Sans doute on constate, depuis le vif siècle, l'existence de légendes troyennes destinées à faire, dans l’iiistoire des • Francs, le pendant de la légende d’Énée dans celle des Romains. Mais que ces légendes cherchent à exclure ou à voiler l’origine germanique des Francs, c’est ce qui est inadmissible. Les écrivains mérovingiens qui les acceptent — Grégoire de Tours n’est pas du nombre — décrivent leurs migrations à travers l’Europe centrale, leur long établissement en Germanie, entre le Rhin et le Danube, emploient môme le terme de Germanie pour désigner leur séjour antérieur, et cela, soit qu’ils copient des textes anciens, soit qu’ils parlent pour leur propre compte. On peut renvoyer, pour ceci, A l’édition de Frédégaire et autres auteurs mérovingiens du vif et du viiic siècles, que M. Krusch a lui-même publiée dans les Monumenta Germanise. Les Romains sont des Italiens, les Francs des Germains; les uns et les autres remontent aux Troyens : telle est l’idée-mère de ces légendes; elles ne trahissent pas la moindre appréhension du côté de l’origine germanique des Francs. Si le terme Germani se rencontre rarement sous la plume des auteurs mérovingiens, c’est (pie c’était dès lors un terme savant, sorti de l'usage commun. Son apparition dans la Passion de saint Denis concorde fort bien avec le raffinement, la préciosité de son auteur. Les « classiques » carolingiens sont coutumiers du fait; on les voit souvent remettre en honneur les termes géographiques usités par César et Tite- Live, mais oubliés depuis longtemps par le commun du monde et même des clercs.
Revenons à l’Anglais de M. Krusch. Je le soupçonne, comme J. Havet, d'être de Toulouse, à moins qu’il ne soit de Narbonne. Cet Anglais, en effet, témoigne pour les saints méridionaux d’un intérêt bien extraordinaire. M. Krusch ne s‘e le dissimule pas. Mais, dit-il, il a pu lire la Passion de saint Saturnin tout aussi bien que Grégoire de Tours; or, Grégoire était-il Toulousain? Je pourrais répondre que Toulouse est plus près de Tours que d’York ou de Cantorbéry et que Grégoire avait des raisons spéciales pour s’enquérir des fondateurs de nos églises. Mais il n’v a pas que