L. DUCIIESNE
PASSION DE S. DENIS
sa date, je veux examiner ici les raisons que M. Ivrusch met en ligne contre les conclusions de J. Havet.
Qu’un Gallo-Romain n’ait pu, avant la réforme des études sous Charlemagne, écrire dans le style correct et fleuri de la Passio Dionisii, il le reconnaît volontiers. Mais, après tout, qui prouve que l'auteur anonyme soit un Gallo- Romain? C’est peut-être un Germain de race, plus précisément un Anglo-Saxon, car des Germains de Germanie il n’est pas encore question pour les œuvres de plume. Bède, Boniface et plusieurs autres Anglais écrivaient fort correctement, même avec une certaine recherche, bien avant les règlements de Charlemagne, bien avant l’année 7(57. Un Anglais sera passé par Paris vers le milieu du vme siècle, l’abbé de Saint-Denis, Fulrad, ou quelque autre, l’aura prié d’écrire l’histoire du patron; il se sera mis à l’œuvre et ainsi
Cet Anglais opportun fait beaucoup d’honneur à l'ingéniosité de M. Ivrusch 1 qui, du reste, le recommande par une autre considération. Il y a, dans la Passion de saint Denis, une expression qui ne saurait être sortie d’une plume gallo-romaine et qui décèle un auteur de race germanique. Le passionnaire, anticipant un peu sur les relations réelles, dit que Paris était, au temps de son apôtre, un lieu de rassemblement pour les Germains : conventu Germanorum et nobïlitate pollebat; mais la prédication de saint Denis vint à bout de leur fierté : subdebat se Germanise cervicositas. Il s’agit évidemment des Francs, qui, pour le biographe, étaient à Paris, au ier siècle de l’ère chrétienne, ce qu’ils y furent depuis le vi°. Ce langage, nous dit-on, fournit un indice. Les écrivains mérovingiens, qui sont tous des Gallo-Romains, cherchent toujours à dépouiller les Francs de leur caractère germanique et à en faire des Troyens. Un écrivain de race gallo-romaine n’a pas pu les traiter de Germains.
Ceci, me semble-t-il, est une assertion très hasardée.
1. On pourra le l’approcher de la Cilinia complexe imaginée par M Kruscli avec toute une querelle entre les moines de Saint-Remi et de Sainte-Geneviève (Bibl. de l’École des Chartes, t. L1V, p. 222).