‹ Mélanges Julien HavetChapitre 48 sur 567 · Mon. Gcrrn., Axel, antiquissimi, XI, i, p · texte numérisé non relu

Mon. Gcrrn., Axel, antiquissimi, XI, i, p

2. « Romanis fascibus livens » ; c’est par erreur que l’édition porte « lucens ».

3. Script, rentra Meroving . , II, p. 77, 1. 2, « invedus » est une addition de Frédégaire à Idace.

DES VIES DE SAINTS BURGONIJES

se réjouit d’avoir si habilement évité l’écueil 1 ; le lecteur miséricordieux comprendra sa joie. 11 loue fort l'éducation des moines au temps de son héros et déplore les erreurs de son temps. Les moines vont à cheval, l’abbé tient table à part, tout l’effort des religieux vise à obtenir les places d’honneur du clergé séculier. Qu’un jeune moine distingué arrive heureusement au « sacerdotium », il ne s’élève pas seulement au-dessus de ses contemporains d’âge, mais au-dessus des moines plus âgés et plus dignes, sans avoir rien appris, sans connaître scs premiers éléments; c’est à la férule, dit-il, qu’il faudrait châtier l’arrogance de la jeunesse. Cela n’est pas convenable, mais l’indignation morale du biographe n’est certes pas injustifiée. Combien les anciens étaient différents ! Lupicin déclina la prêtrise et Eugendus, dont le père était « in presbyterii dignitate sacerdos », avait tant de respect pour cette dignité, qu’il préféra rester libre du « sacerdotium » et gouverner les moines « absque sacerdotali eminentia » ; il ne permit même pas que les prêtres administrassent le sacrement, ne mettant pas, à son avis, assez de prudence dans .l’examen des hommes. A l'époque du biographe les points de vue s’étaient donc considérablement altérés : ce qui était autrefois redouté, était aujourd’hui désiré, et c’est ainsi que le contemporain semble se rejeter lui -même à une époque postérieure. A l’époque ancienne, le prêtre ne s’appelle « sacerdos » qu'avec l’addition des mots « secundi ordinis ». En l’appelant simplement « sacerdos », et la prêtrise « sacerdotium », le biographe se conforme à l'usage du ixc siècle. A cette époque, d’ailleurs, la plupart des moines avaient reçu la consécration comme prêtres ou comme diacres 2; et il nomme aussi un « diaconus ejusdem monasterii ».

C’est aussi à cette époque que se rapporte son éducation.

1. « Igitur quia oratiuncula haec nostra, instar gubernatoris trepiditante, institutionis pelagus contemplata, circumspiciens undique, portum silentii gaudet adtingere », etc.

2. Par exemple, en 838, il y avait à Saint-Denis trente-trois « sacerdotes » et dixsept diacres; et àSaint-Gall, sous l’abbé Salomon, quarante-denx prêtres et vingt-quatre diacres ; cf. Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, II, 608.

BRUNO KRUSCH.

LA FALSIFICATION

Il a un style affecté et, sans être tout à fait maître de la grammaire, il laisse voir dans sa langue des traces d’une éducation classique et il étale des expressions grecques. Il n'avait, au contraire, aucun sens du celtique; il dérive « Condatisco » de « condere », et quand il explique « Isarnodorus » comme un mot de la « lingua gallica », par « ferreum liostium », les anciens Gaulois auraient dû parler allemand pour arriver à la porte de fer (eisernes Thor)1. Le biographe comprenait donc l’allemand et aussi le français, car il écrivait « sermonem aut muttum » (mot) et « venire ad mansum » (venir à la maison) ; ce que n’aurait pu faire un contemporain d’Eugendus, car ces mots n’ont pénétré dans le latin qu’au ixe siècle, comme le montrent les exemples de I)u Gange. Les trois Vitae Romani , Lupicini, Eugendi, que Adon paraît avoir eues déjà à sa disposition, sont une pure falsification et doivent être rayées de la liste des documents historiques.

Nous quittons maintenant le Jura et nous allons dans l’antiquè Acaunum. Après l’invention, à la fin du ivc siècle, des ossements des « martyres Acaunenses » par l’évêque Théodore de Martigny, on y éleva une basilique en l’honneur des saints et, en 515, Sigismond y fonda le fameux monastère. A sa dédicace saint Avit prononça une homélie qui nous a été conservée 2 3 : elle est intitulée « in innovatione monasterii ». Il pourrait donc y avoir eu un monastère à Acaunum dès avant 515; sur cette possibilité repose la Vita Severini Acaunensis. Le saint est le patron de Château-Landon (Seine-et-Marne), « Castrum Nantonis », qui apparaît au xesiècle dans des manuscrits de 1a. Notitia provinciarum, et c’est pour les besoins du culte de ce lieu que la Vita a été écrite par les soins de l’archevêque de Sens Magnus, et, par conséquent, au début du ixc siècle :t. Le biographe commence aussitôt par la fin. L’abbé et «sacerdos» Séverin d’Acaunum

1. Cf. d’Arbois de Jubainville, Recherches sur V origine de la propriété foncière, p. 184.

Page 1