L ORIGINE
D’autre part, il se présente cette bonne fortune que le Psautier d’Utrecht peut être étudié même de loin, sans qu’il y ait véritablement besoin d’être en face du volume, et cela, pour employer une expression de M. Delisle. « avec une entière confiance 1 ».
En effet, en 1875, le manuscrit a été totalement reproduit en fac-similé par un procédé dérivant de la photographie. Comme il s’agit d’un volume orné de dessins au trait, genre d’illustrations susceptibles de venir sur un cliché aussi bien que le texte même, cette reproduction, due à la société paléographique de Londres, donne l’image parfaite de l’original 2. Il y a cependant cette petite différence que, dans le manuscrit, se trouve en tête une lettre ornée coloriée, que d’un autre côté, les titres sont en or ou en rouge et les initiales des versets en rouge, toutes particularités que la photographie ne peut rendre. Mais à cet égard nous pouvons précisément rencontrer le complément d'informations voulu dans une planche du grand ouvrage de Westwood sur les manuscrits anglo-saxons, laquelle est tirée en couleurs. Sur cette planche nous voyons comment la lettre initiale est peinte en or bordé de rouge avec un peu de bleu à l’entour des linéaments, et de quelle façon les mots tracés en or ou en rouge tranchent sur le noir du texte courant ’. Ainsi, on peut le dire, le Psautier d’Utrecht, jusque dans ses moindres particularités, est mis à la portée de l’examen de tous les travailleurs.
E.-M. Thompson, Rev. H. O. Coxe, Rev. S. S. Lewis, Sir M . Digby Wyatt, Professor Westwood, F. II. Dickinson, and Professer Swainson (avec préface du doyen de Westminster, A. Penrhyn Stanley).
1. « Le psautier de l’université d’Utrecht vient d’être, au Musée Britannique, l’objet, d’une publication peu coûteuse, dans laquelle on peut étudier avec une entière confiance l’un des plus curieux monuments de la calligraphie et du dessinau vme ou au ixe siècle. » (L. Delisle, Notice sur un manuscrit mérovingien contenant des fragments d’Eugyppius , appartenant à M. Jules Desnoyers, Paris,’ 1875, in-4°.)
2. Latin Psalter in the University Library of Ut recht..... photographed and produced in fac-similé bv the permanent autotype process of Spencer, Sawyer,.Bird and C5 (London, [1873,] in-4°).
3. Westwood, Miniatures and ornaments of Anglo-Saxon and Irish Manuscripts, Londres, 1868 (gr. in-f°), planche 29.
DU PSAUTIER D’UTRECHT
Dans ces conditions, il n’est pas nécessaire de s’arrêter à une description détaillée. Je rappellerai brièvement que le Psautier d’Utrecht est un volume de format analogue au petit in-folio, tendant plutôt au carré, mesurant 13 pouces anglais sur 10, soit 330 millimètres de haut sur 260 de large. 11 compte 108 feuillets, disposés par cahiers de 8. Il renferme la version du Psautier dit Psautier Gallican suivi des cantiques et des hymnes, du Te I)eum, du Gloria, du Pater noster, du Symbole des apôtres et de celui de saint Athanase ‘.
Le texte est disposé sur trois colonnes. Les titres et incipit sont en onciales. La forme de l’onciale est également adoptée pour la lettre initiale de chaque verset, qui est rejetée en saillie, sur la gauche de l’aplomb de la colonne. Tout le reste est écrit en capitales rustiques. De place en place, en 166 endroits, le texte est interrompu par de grands espaces réservés remplis par autant de compositions symboliques, généralement compliquées, avec beaucoup de petites figures, tracées librement à la plume en encre brune tournant souvent au bistre. Ces compositions forment une série très importante pour l’histoire de l’art, qui a été notamment étudiée avec un soin particulier par M. Springer 1 2 3. Elles reproduisent un cycle qui a joui, jusqu’au début du xiiT siècle au moins, d’une vogue particulière en Angleterre, car on le retrouve dans plusieurs manuscrits célèbres de ce pays, tels que le psautier du Musée britannique, Harley n° 603, le psautier d’Eadwin, à la bibliothèque de Trinity College à Cambridge, lequel a été exécuté très vraisemblablement à Canterbury, dans l’abbaye de Christ Church, aux environs de l’an 1120 enfin le superbe psautier triple de notre Bibliothèque nationale, ms. latin 8846.
1. A la fin du volume ont été reliés douze feuillets, provenant d'un manuscrit tout différent, et dont nous n'avons pas à nous occuper ici. (Voir Samuel Berger, Histoire de la Vulgate (Paris, 1883, in-8°), p. 38.)
2. Die Psalter-Illuslrationen ira früheren Mittelalter (mémoire publié par l’Académie royale de Saxe, à Leipzig; Abliandlungen, VIII (1881), gr. in-8°).
3. Samuel Berger, La Bible française au moyen âge (Paris, 1884, in-8°), p. 2.
P. DURRIEU
l’origine
Le Psautier d’Utrecht paraît s’être trouvé en Angleterre, de très ancienne date. On a pensé qu’il devait avoir été conservé à Canterbury et qu’il a pu y être pris comme modèle, au xiic siècle, lors de l’exécution du psautier d’Eadwin, dont nous parlions plus haut. Ce qui est certain, c’est qu’ii fut recueilli au xvne siècle, avant 1621, par Sir Robert Cotton, et incorporé par Cotton dans sa prodigieuse réunion de manuscrits sous la cote Claudius c. vu. Le psautier aurait dû régulièrement suivre le sort de toute la collection Cottonienne et par conséquent devrait être aujourd’hui au Musée britannique, à condition de ne pas avoir péri dans l’incendie de 1731. Mais, en 1674, le manuscrit était déjà sorti de la collection, sans qu’on n’ait jamais su comment. Il réapparut en Hollande, dans les mains d’un M. de Ridder. Celui-ci l’offrit, en 1718 à l’Université d’Utrecht et fixa ainsi désormais le sort du volume qui n'a plus quitté Utrecht.
Il serait trop long d’énumérer toutes les opinions qui se sont fait jour au sujet de l’âge véritable et de l’origine locale du Psautier d’Utrecht. M. Walter de Gray Birch, dans son ouvrage spécial, en a donné un tableau véritablement amusant h où la date proposée varie dans les limites de six cents ans, du ive au ixc siècle.
Une note écrite sur la garde du volume même, du temps où il était dans la bibliothèque de Cotton, veut le faire remonter jusqu’à l'empereur Valentinien. Certains auteurs pensent qu’il date de l’époque du pape Saint Grégoire le Grand (590-604), ou qu’il a dû être exécuté à Alexandrie, avant la prise de la ville par les Arabes en 638. Pour expliquer sa venue en Angleterre, on a forgé de toutes pièces un petit roman historique. Le volume aurait été apporté de l’autre côté de la Manche par la reine Bertha, fille de Caribert, mariée à Ethelbert, roi de Kent1 2. Il est tel érudit qui, dérouté par l’aspect du manuscrit, a hésité successivement entre le vie et le ixe siècle. Jadis c’était pour le vie siècle que se prononçait la majorité avec Haenel et le baron