‹ Mélanges Julien HavetChapitre 482 sur 567 · Walter de Gray Birch, op. cit., p · texte numérisé non relu

Walter de Gray Birch, op. cit., p

DU PSAUTIER n'UTRECHT

Van Westreenen. Depuis lors, les maîtres en ces matières en ont rabattu de ces prétentions à une trop haute antiquité. M. L. Delisle, M. Bond, M. Thompson, M. Springer sont d’accord pour ramener l’âge du psautier d’Utrecht seulement au viiT siècle, ou plus probablement même au ixe.

Quant à la contrée où le manuscrit a pu être exécuté, après avoir songé, comme nous venons de le dire, à l’Orient et à Alexandrie, on s’est généralement, en fin de compte, arrêté à l’idée de l’Angleterre même. Westwood a rangé le Psautier d’Utrecht parmi les manuscrits anglo-saxons et c’est cette qualification que l'on voit le plus souvent admise aujourd'hui, jusque dans les ouvrages les plus récents et les mieux faits. Empressons-nous d’ajouter toutefois que sur ce point encore, avec leur haute expérience, M. Delisle et M. Thompson ne se sont pas laissés entraîner et qu’ils ont été plutôt frappés, ainsi qu’on le verra plus bas, de certaines analogies avec des manuscrits venant de la France carolingienne.

En somme, on en est resté toujours aux hypothèses et rien de définitif jusqu’ici n'est venu résoudre la question du Psautier d’Utrecht. N’est-il pas possible de trouver une solution?

Si l’on rejette, comme le veut la saine critique, tout ce qui n’est, soit que pures légendes, soit que suppositions plus ou moins ingénieuses, on se trouve en réalité dénué de tout élément extérieur pouvant servir de première indication. Ni mention de possesseurs primitifs sur le volume, ni souvenirs conservés par des auteurs anciens, ni inscriptions, comme il arrive parfois, dans de vieux catalogues; rien n’est là pour nous guider. C’est seulement dans l’examen scientifique du manuscrit même que l’on peut espérer trouver un fil conducteur.

D’abord, que penser, et de l’opinion qui rattachait encore le Psautier d’Utrecht à l’époque antique, et de celle, aujourd’hui courante, qui en fait un manuscrit anglo-saxon ?

Sur le premier point, il n’est plus nécessaire de discuter beaucoup, après que des juges comme M. Delisle et M. Thompson ont estimé que le volume ne pouvait pas

P. DURRIEU. — L’ORIGINE

être antérieur au vme siècle au plus tôt. Le texte, il est vrai, est écrit uniquement en onciales et en capitales, ce qui passe pour être un caractère de manuscrits très anciens. Mais cette particularité se trouve également dans des volumes qui n’ont été certainement exécutés qu’au ixe siècle, sous les Carolingiens. Elle ne prouve rien par elle-même. On a relevé, d’autre part, dans les dessins, des détails où l’on croit voir percer encore l’esprit de l’antiquité classique, ou du moins gréco-byzantine. Ces détails seraient plus sensibles encore qu’ils ne fourniraient pas un argument. Ne sait-on pas, en effet, que, toujours sous les Carolingiens, on a plusieurs fois copié des illustrations de volumes antiques en sachant en conserver le sentiment avec une fidélité relativement très grande? Qu’il suffise de rappeler les fameux trois manuscrits de Térence du Y atican, de la Bibliothèque nationale et de l’Ambrosienne .

Quant à la théorie qui range le psautier d’Utrecht parmi les manuscrits anglo-saxons, la faveur dont elle a joui et dont elle jouit encore me paraît, je l’avoue, bien peu compréhensible.

Tous les manuscrits véritablement irlandais ou anglosaxons, de la grande époque, ces merveilleux volumes auxquels on donne les noms de Booli of Kells, Book of Lindisfarne , Évangiles de saint Chad, de Mac-Regol, ou encore les Évangiles de Stockholm, ceux de Saint-Pétersbourg (jadis à Saint-Germain-des-Prés) se distinguent, sans parler de particularités paléographiques bien connues, par une extrême originalité d’aspect qui frappe vivement à première vue. Or, il n’y a rien de cette saveur spéciale, pas même au plus mince degré, dans le Psautier d’Utrecht, manuscrit d’apparence toute classique dans la régularité correcte de son écriture.

On a allégué aussi la seule lettre initiale ornée du volume, un grand B qui ouvre le premier psaume « Beatus vir ». La forme de ce B, rappelant un peu dans sa silhouette un point d’interrogation renversé i, est anglo-saxonne, a-t-on dit. D’accord pour l'origine très lointaine. Mais les grandes lettrines anglo-saxonnes ont passé sur le continent, tout le

I)U PSAUTIER D’UTRECHT

monde le sait; elles ont été adoptées par la calligraphie franque à l’époque carolingienne. Seulement, dans cette adoption, il y a eu des degrés plus ou moins accentués d’appropriation. Tout en conservant le principe, certaines de nos écoles franques de calligraphie au ix° siècle en ont modifié le détail. Elles se sont éloignées de la fantaisie charmante du modèle pour adopter des formes plus symétriques, plus assagies en quelque sorte, où, par exemple, les caractères se terminent par des crosses et des volutes disposées régulièrement, cerclées de listels d’une épaisseur bien égale, et tracées avec une application presque mécanique.

Or la lettrine initiale du Psautier d'Utrecht, dont on trouvera plus loin une reproduction, montre-t-elle la libre originalité de la calligraphie anglo-saxonne? Nullement; on ne peut y reconnaître qu’une de ces imitations modifiées dans le sens que j’indiquais, c’est-à-dire une lettre ornée carolingienne. Cette constatation, d’ailleurs, n'est pas nouvelle; les éminents savants du Musée britannique, M. Bond et M. Thompson, l’ont faite avant moi. « Cette lettre, a dit notamment M. Thompson, appartient à la catégorie qui se trouve dans les manuscrits carolingiens du ixe siècle, bien que plutôt plus simple de forme h »

Reste le style du dessin dans les illustrations. Ce style est très caractéristique. Le trait y est vivement jeté comme dans une esquisse. Il semble que la plume y ait été maniée à petits coups pressés, en descendant obliquement, presque toujours dans le sens naturel à la main, c’est-à-dire de droite à gauche. Il en résulte que les draperies prennent une apparence étriquée et comme mouillée, et surtout qu’elles semblent en quelque sorte emportées par un violentcourant d’air qui se dirigerait de haut en bas, en diagonale. Ce même mouvement fouetté se fait sentir aussi dans toutes les autres parties du dessin, sur le corps même des personnages, sur les arbres et jusque sur les traits figurant les plans du terrain.

1. « [The let-ter] belongs to the class which is found in Carlovingian manuscripts of the ninth century, Ihough rather simpler in form. »

P. DURRIEU. — L’ORIGINE

On retrouve un système de dessin qui parait à peu près du même genre dans des manuscrits qui ont été certainement exécutés en Angleterre, et parmi lesquels on veut ranger même un vrai pastiche du Psautier d'Utrecht, le ms. Harley 603 du Musée britannique '. Les partisans de la théorie de l’origine anglaise pour le manuscrit d’Utrecht n’ont pas manqué de triompher du fait comme d’un puissant argument. On doit faire remarquer que les manuscrits en question appartiennent à une période déjà sensiblement moins ancienne que la date même la plus récente à laquelle on ait songé pour le Psautier d’Utrecht, à la fin du xe siècle tout au plus, et plus sûrement au xie siècle 1 2. Dans les purs manuscrits anglo-saxons, j’entends ceux de la haute et belle époque, le caractère du dessin est tout différent, montrant au lieu de cette vivacité d’esquisse et de ce caractère étriqué et fouetté, un travail au contraire très posé, très patient, exécuté avec une régularité de main en quelque sorte calligraphique.

Un critique d’art à l’œil exercé dirait aussi, après examen, qu’entre les dessins du Psautier d’Utrecht et ceux des manuscrits anglais du xie siècle la ressemblance est plutôt apparente que réelle, et qu’au fond, dans le principe et dans le sentiment, il y a de sérieuses divergences. Mais, sans même entrer dans ces détails, il est évident que l’argument à tirer des susdits manuscrits anglais n’aurait de valeur qu’ autant qu’il serait prouvé qu’on n’a jamais dessiné d’une façon approchante, dans d’autres pays et à d’autres époques. Cet argument tomberait si nous retrouvions ailleurs encore des images empreintes d’un style analogue. C’est, précisément ce qui a lieu. A cet égard, nous avons l’avantage de pouvoir invoquer la haute autorité de M. Delisle. M. Delisle,

1. J’indique ici l’opinion courante à propos du ms. Harley 603; mais il pourrait bien se faire que ce volume ait été exécuté sur le continent.

2. Ainsi, comme manuscrits a dates certaines qui contiennent des illustrations de ce style, on peut citer, au Musée britannique, le registre de l’abbaye de New Minster, écrit entre 1020 et 1030 (Stowe ms. 960), ou, dans le fond Cotton, le ms. Caligula A xv, Tableaux et traités de comput, datant d’un peu avant 1058. (Voir le Recueil de la Palæographical Society , série II, pl. 16, 17 [53-54] et série I, pl. 145 [41].)

DU PSAUTIER d’üTRECHT

en effet, a eu l’occasion de mentionner des peintures d'un manuscrit « dont, dit-il, le style rappelle assez bien celui des illustrations du fameux Psautier d’Utrecht » 1 . Or, le volume qui lui suggère à juste titre cette comparaison est étranger à l’Angleterre. C’est un manuscrit d’origine purement franque, le Sacramentaire de Drogon, évêque de Metz.

Ainsi nous pouvons, sans scrupule, faire table rase des deux opinions qui jusqu’ici avaient rallié le plus grand nombre de suffrages.

Qu’y a-t-il à tirer du manuscrit lui-même? Nous y trouvons trois éléments à utiliser : la paléographie, le style de décoration de l’unique initiale ornée, enfin les illustrations.

Paléographie. Le texte courant étant écrit en capitales rustiques ne nous offre pas de ressource. Ce genre d’écriture se retrouve identique à des siècles d’intervalle. Ce que l’on peut dire, c’est que si certains paléographes ont voulu rapprocher à cet égard le Psautier d’Utrecht de volumes très anciens, comme le Virgile du Vatican, il n’est pas moins vrai, d’autre part, qu’il ressemble aussi à des manuscrits de l’époque carolingienne; notamment, pour prendre un exemple, qu’il est rigoureusement pareil, en ce qui concerne le type des capitales rustiques, aux Évangiles d’Épernay dont nous allons parler un peu plus loin.

Restent les parties en onciales, titres, incipit et initiales des versets. L’onciale est également une écriture peu variable. Cependant, il s’y trouve une lettre qui peut présenter parfois des petits détails, bien minces assurément, mais suffisants néanmoins pour laisser percer des différences de main. Cette lettre, c’est l’A, où le trait principal sur la droite peut être plus ou moins penché, plus ou moins gros; où surtout la panse rattachée à ce trait principal peut être tracée de manières assez sensiblement divergentes. Dans le Psautier d’Utrecht, les A nous montrent, d’une façon con-

1. Mémoire sur d’anciens Sacramentaires (extrait des Mémoires de l’Aca demie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXII, 1™ partie), p. 102

P. DURRIEU

l’origine

stante, la panse formée par deux fins petits traits droits \ qui s’attachent à la barre principale à peu de distance l’un au-dessous de l’autre, et se réunissent à angle aigu, le trait d’en haut se prolongeant un peu pour arriver jusqu’à la ligne sur laquelle repose l’écriture, mais sans la dépasser. Cette disposition donne à l’intérieur de la panse la forme d’un triangle, ayant sa base sur la barre principale et se terminant par une pointe effilée. C’est ce que nous appellerons, pour simplifier les termes, l’A triangulaire. En dehors de l’A, on doit s’arrêter à l’I. Dans cette lettre, lè trait épais qui la constitue est arrêté dans son ensemble sur la ligne de l’écriture, mais le bord extérieur de gauche est prolongé de quelques millimètres au-dessous de la ligne par un petit trait très fin, une petite tilde, qui descend verticalement, sans dévier en général, ou du moins peu s’en faut, d’un côté ni de l’autre. Des petites tildes du même genre, toujours dans une direction verticale, se voient aussi sous la branche inférieure, dépassant la ligne, des F, des P et des Q. Ainsi, l’onciale du Psautier d’Utrecht aurait pour caractéristique, en quelque sorte pour formule, l'emploi constant et simultané à la fois des A triangulaires et des petites tildes verticales sous les I, les F, les P, les Q.

Je reconnais que ces observations rentrent presque dans le domaine de l’infiniment petit. Cependant, après une étude très longue et minutieuse des manuscrits antérieurs au xe siècle, que j’ai pu examiner sur les originaux ou d’après les reproductions photographiques 1 2, je crois être

1. Quelquefois F un ou l’autre de ces traits, plutôt le supérieur, n’est pas rigoureusement droit, mais il parait bien que ce n’est là qu’une déviation accidentelle du coup de plume mal assuré.

2. Je me réserve d’exposer, dans un mémoire particulier, tous les détails de mon enquête. Qu'il me suffise de dire ici qu'elle a porté sur tous les manuscrits anciens qui sont à la portée d’un travailleur habitant Paris, ou dont il existe des fac-similés, notamment dans les collections spéciales, telles que les planches du Cabinet des manuscrits de M. Delisle, les deux séries de la Palaeographical Society, la Paléographie des classiques latins de M. Châtelain, les Exempta codicum latinorum litteris majusculis scriptorum de Zangemeister et Wattenbach, le Catalogue of ancient manuscripts in the British Muséum , le Recueil de Fac-Similés à l’usage de l’École des Chartes, Y Album paléographique publié par la Société de l’École des Chartes, etc. On me permettra

DU PSAUTIER D UTRECHT

à meme d’avancer que cette formule paléographique qui apparaît dans l’onciale du Psautier d’Utrecht constitue une particularité relativement très rare ’, et spéciale à deux groupes de manuscrits nettement déterminés.

Ces deux groupes datent de l’époque carolingienne et se rattachent à deux contrées, voisines entre elles, de l’empire franc, les diocèses de Reims et de Metz.

Le groupe des manuscrits de Reims où apparaît dans l’écriture onciale notre formule de l’emploi systématique et simultané de l’A triangulaire et des petites tildes verticales, comprend d’abord trois manuscrits bien connus, et dont les rapports entre eux ont été depuis longtemps constatés : I’Evangéliaire d’Ebbon, conservé à la bibliothèque d’Épernay, et deux volumes de la Bibliothèque nationale, les Évangiles dits de Blois et de Fontainebleau (ms. latin 265) et les Évangiles dits de Loysel (ms. latin 17968).

Sur l’origine rémoise du manuscrit d’Épernay 2 nous avons

cependant d'ajouter encore que l’expérience m’a donné de constater combien on pouvait s’appuyer avec confiance sur les caractéristiques que j’établis, d’après la paléographie et le style des lettrines ornées, pour la détermination des manuscrits du groupe de Reims. Il m'est arrivé, à première vue, sur le simple aspect matériel, et sans aucune autre indication préalable, de conclure que tel manuscrit devait être de l’école rémoise du ixe siècle, et de trouver ensuite la confirmation de ce pronostic dans une lecture attentive du texte du volume. Tel est le cas pour un dictionnaire des notes tironiennes (ms. latin 8779) exposé à la Bibliothèque nationale dans une des armoires de la galerie mazarin'e (n° 174 de l’exposition).

1. En effet, sur l’ensemble de tous les fac-similés donnés par les grands recueils classiques cités dans la note précédente, on ne rencontre en tout et pour tout que deux exemples de cette formule paléographique de l’onciale, empruntés d’ailleurs à deux des mss. que nous citerons plus loin, le Sacramentaire de Drogon (Delisle, Cabinet clés manuscrits, pl. xxix) et les Évangiles d’Ebbon ( Fac-similés à l’usage de l’École des Chartes, n° 139).

2. Sur ce ms. voir : une notice de M. Paulin Paris, dans les Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, 4e série, t. VI. 1878, p. 97 ; Édouard Aubert, Manuscrit de l’abbaye de Hautvillers dit Evangéliaire d’Ébon (Paris, 1880, extrait des Mémoires de la Société dés antiquaires de France, avec planches); comte de Bastard, Peintures et ornements des manuscrits, pl. 119 à 122 de la nomenclature établie par M. Delisle ; Die Trierer Acla- Hanclschrift (Leipzig, 1889, in-fol.), p. 93 (texte de M. Janitschek) et pl. xxxv et xxxvi ; Samuel Berger, Histoire de la Vulgate, p. 278.

Les passages en onciales les plus caractéristiques pour la similitude paléographique avec le Psautier d’Utrecht se trouvent, dans le ms. d’Épernay, aux fol. 16, 131, 132, 133 et 164.

P. DURRIEU

l’origine

des renseignements certains, grâce à une pièce de vers inscrite sur le volume même. Ces vers nous apprennent que ce livre des Évangiles en lettres d’or a été exécuté sous la direction de l’abbé du monastère d’Hautvillers au diocèse de Reims, sur l’ordre, et par conséquent du temps, de l’archevêque de Reims Ebbon, c’est-à-dire entre 816 et 845 b Quant aux Évangiles dits de Blois et de Loysel, rien, à la vérité, n’indique leur première provenance. Mais de frappantes ressemblances matérielles ont porté tous les spécialistes à les rattacher à la même catégorie que le manuscrit fait sur l’ordre d’Ebbon 1 2 3 4.

Ce commencement de groupe, déjà établi par nos prédécesseurs, doit être complété par l’adjonction d’autres manuscrits très précieux aussi, mais restés, par un oubli assez singulier, presque inconnus aux paléographes et surtout totalement ignorés des historiens de l’art b Il s’agit des beaux volumes qui viennent du successeur d’Ebbon comme archevêque de Reims, l’illustre Hincmar, et qui sont conservés aujourd’hui à la bibliothèque de Reims. Dans cette série rentrent une grande bible en deux tomes in-folio et un livre d’évangiles écrit en lettre d’argent et d’or sur parchemin pourpre, ces trois volumes donnés par Hincmar à la cathédrale de Reims, et un autre livre d’évangiles à peintures qui est aussi un cadeau d’Hincmar, mais celui-ci fait en faveur du monastère de Saint-Thierry près Reims b

1. Il est même plus que probable que cette date doit être réduite aux limites de 816 à 835, par suite de la destitution d’Ebbon au concile de Thionville.

2. Voir notamment : l'ouvrage du comte de Bastard, pl. 124-127 et 128-130 ; Die Triarer Ada-Handschrift, p. 94; Samuel Berger, Histoire delà Vulgate, p. 279.

3. Je ne trouve à citer ici, comme auteur s’étant occupé d’une manière scientifique de ce groupe de volumes, que M. Samuel Berger, Ilist. de la Vulgate, p. 281 et 412; encore n’a-t-il guère parlé que de la grande Bible d’Hincmar.

4. Voici une rapide description de ces manuscrits d’Hincmar de la bibliothèque de Reims :

Bible d’Hincmar (nos 1 et 2) — deux volumes grand in-f°, 420 mm. sur 340, 2 col. de 46 à 47 lignes; t. I, 248 fol., dont les f°s 1-7 du xic siècle; t. Il (des Psaumes à l’Apocalypse), 200 ff. En tête de presque tous les livres de la Bible, une grande initiale ornée, dans le goût des initiales du ms. d’Ebbon,

DU PSAUTIER D UTRECHT

Il est peu de manuscrits dont l’origine soit aussi certaine. Leur don par Hincmar est attesté par des inscriptions en capitales rustiques, datant de l’époque même, répétées au bas de plusieurs pages sur la- Bible de la cathédrale et sur les Évangiles de Saint-Thierry : « Hincmarus archiepiscopus dédit Sanctæ Mariæ Remensi *. — Hincmarus abbas 2 dédit Sancto Theoderico 3. »

Le fait que ces volumes ont été exécutés dans le diocèse de Reims sous Hincmar nous est aussi confirmé d’autre part par Flodoard. L’annaliste rémois s’étend sur les importants travaux de calligraphie entrepris aux frais de l’arche-

c’est-à-dire de pur style rémois, mais d'une exécution beaucoup moins somptueuse, simplement tracée à l’encre, avec les milieux des massifs coloriés de bleu, rouge et jaune; au tome II, f° 113-114, quatre pages de canons sous des portiques à frontons de style corinthien, d’une facture analogue à ceux des Évangiles de Saint- Thierry.

Évangiles écrits en or et argent sur parchemin pourpre (n0 145 = 136 de Haenel) — 340 mm. sur 270, 210 feuillets. Le texte en minuscule d’argent, avec des initiales en capitales romaines, les titres en or, les principaux en capitales rustiques, les secondaires en onciales. Le manuscrit est malheureusement mutilé. Il est certain qu’il comportait autrefois des folios décorés dont la trace se voit encore en tête de chacun des Évangiles. Il ne reste plus aujourd'hui qu’un des frontispices, au fol. 153, contenant l’incipit de l’Évangile de saint Jean, qui est disposé au centre d’un cadre rectangulaire orné de feuillages d’or et d’argent, avec un grand I initial de beau style rémois. Sur la reliure, réduite à des ais de bois recouverts de fragments de peau, se voient des dépressions qui semblent rappeler la présence des gemmes signalées par Flodoard comme décorant autrefois l’extérieur du volume.

Évangiles de Saint-Thierry (n0i 26 et 30;. — 300 mm. sur 220, 173 feuillets, les folios 1-7 du xine siècle. Le texte en cursive, les titres en capitales rustiques, les incipit en onciales. Fol. 146 à 20, superbes canons, sous des portiques corinthiens avec frontons sur lesquels sont placés des figures d’hommes ou d’animaux. Ces canons ressemblent absolument, en plus grand et plus beau, à ceux des Évangiles de Loysel, dont on trouvera des reproductions dans l’ouvrage de M. de Bastard (pl. 126 et 127). Le volume était jadis illustré de quatre miniatures représentant les évangélistes. Il ne reste plus que le saint Mathieu (fol. 214). Cette figure rappelle tout à fait, par le caractère et la facture, les images des Évangiles de Loysel et des Évangiles dits de Blois (De Bastard, pl. 125, 128 et 129). En tète de chaque évangile est une grande initiale, toujours du même style rémois, mais simplement tracée à l’encre.

1. Bible cl’ Hincmar, tome I, fol. 276 et 28, 1526 et 153, 1866 et 187, 21 26 et 213; tome II, fol. 176-18, 36'’ -37.

2. En même temps qu’archevèque de Reims, Hincmar était aussi abbé de Saint-Thierry.

Page 1