Voy. plus loin Appendice, n
A L’ABBAYE DE SAINT-DENIS
connaissons ce document que par une copie, il est assez difficile de déterminer à quelle époque il a été fait. Sans pouvoir arriver sur ce point aune complète certitude, je serais porté à induire, du fait que le faussaire opérait sur le diplôme authentique, qu’il travaillait à un moment où ce dernier n’avait pas encore été remplacé dans l’usage par l’instrument interpolé, et je serais tenté de croire que cette élucubration n’a été qu’un premier essai, fait également au temps de l’abbé Vivien, contemporain peut-être des sophistications qu’a subi la date du diplôme authentique, destiné à compléter ce dernier, et à expbquer comment l’abbaye en était venue à posséder en entier le domaine de Rueil. Rejetée comme maladroite et insuffisante, elle aurait fait place au faux précédent beaucoup plus habile, où l’on supprimait purement et simplement la clause de réserve. Cette conjecture expliquerait pourquoi cette prétendue précaire royale est demeurée dépourvue de souscriptions et de date. En la retrouvant au xme siècle, le compilateur d’un cartulaire de l abbaye aurait jugé bon de l'ajouter au dossier des pièces relatives à Rueil.
Conclusions.
1° Des deux documents portant donation à l’abbaye de Saint-Denis du domaine de Rueil, conservés aux Archives nationales sous la cote K 14, n° 9, l’un est un diplôme original de Charles-le-Chauve, authentique et primitivement scellé d’une bulle d’or; l’autre est un titre récrit et interpolé.
2° L’acte authentique de la donation de Rueil par Charlesle-Chauve doit être daté du 27 mars 875.
3° A une époque indéterminée, comprise entre 875 et 1140, et très probablement au début de l’abbatiat de Vivien (1008-1049), on refit l’acte de donation en y ajoutant line clause relative aux pêcheries et aux péages de la Seine, destinée à appuyer d’un titre des revendications de l’abbaye ou des résistances à des usurpations féodales, et en compensant cette addition par la suppression d’un certain nombre de dispositions devenues inutiles.
A. GIR Y
LA DONATION DK RUEIL
4° Au point de vue diplomatique, la comparaison de ces deux documents est un exemple curieux de la manière dont on a pu remanier des diplômes authentiques, en les récrivant pour y introduire des interpolations, qu’il ne serait pas impossible de déterminer, alors même que l’original aurait disparu.
5° Au point de vue historique, la possession par l’abbaye de Saint-Denis du cours de la Seine compris entre le Bas- Meudon et le Pecq, ainsi que des péages qui y furent établis, n'a eu d’autre fondement qu’un titre faux.
A L’ABBAYE DE SAINT-DENIS
APPENDICE
Dans les textes suivants, publiés d’après les originaux, les lignes sont séparées et numérotées; les parties en petites capitales représentent celles qui ont été écrites en Caroline allongée. L’emploi des caractères de corps différents a pour objet de distinguer les parties originales, le petit texte étant réservé à celles que le rédacteur a copiées sur un acte antérieur.
Dans l’indication des textes qui précède chaque pièce, A désigne toujours l’original, les autres lettres capitales désignant les autres textes manuscrits, et les lettres italiques, a, b, c, etc., désignant les textes imprimés.
875, 27 mars '. — Saint-Denis.
Charles-le-Chauve concède aux religieux de Saint-Denis, dont il est abbé, le domaine de Rueil1 2 avec ses dépendances, situé en Parisis et en Pincerais, à V exception des manses de Boblin et d' E rmenry , ci charge : 1° d'entretenir perpétuellement devant l'autel de la Trinité, derrière lequel il a choisi sa sépulture, sept lampes, pour l'empereur Louis, l'impératrice Judith, lui-même, Ermentrude sa première femme, Richilde son épouse actuelle, ses enfants vivants ou morts, Boson et Guy, ainsi que ses autres familiers dont la fidélité a fait ses proches ; les dites lampes, dans le cas où la persécution normande ne permettrait pas leur entretien à l’endroit désigné, devant brûler en face du corps de saint Denis partout où il serait transporté ; — 2° déplacer quinze lampes en trois groupes au réfectoire, où elles seront allumées quand il sera besoin ; — 3° de fournir aux moines , sur les revenus dudit domaine, un repas mensuel qui ne devra jamais se confondre
1. Sur la date de ce diplôme voy. plus haut, pp. 686, 688 et 692.