C. COUDERC
MANUSCRITS
appartenu d’abord à cette église. On y trouve, en marge de la partie qui contient les Annales, les deux notes suivantes, qui paraissent le prouver. Elles ont été écrites, par une main du xne siècle, au fol. 55 v°, en face des mots « usque kalendas junii » (année 939), et au fol. 56 v°, en face de la date 940 : « Bernuinus [925-939], Virdunensis episcopus, obiit. — Berengarius [940-959], Virdunensis episcopus, consecratur ab Artaldo, Remensi archiepiscopo. » De plus, les quatre premiers feuillets du volume ont été formés à l’aide d’un acte gratté de Thierry, qui fut évêque de Verdun de 1047 à 1088. On peut encore en lire les premières lignes, aux fol. 1 et 4 v° : « In nomine sancte et individue Trinitatis, Theodericus, gratia Dei, ecclesie Virdunensis episcopus... » Le manuscrit ne tarda pas à passer à Saint-Bénigne de Dijon, car on y voit, au fol. 104 v°, la note suivante qui paraît de la fin du xne siècle : « Liber Sancti Benigni Divionensis. » Il fut acquis, à la fin du xvT siècle, par Pierre Pithou qui s’en servit pour son édition. Il fut légué par François Pithou, en 1617, au collège de l’Oratoire de Troyes, d’où il passa dans la bibliothèque de la ville, en 1790. Prunelle le mit dans un lot de manuscrits destiné à la Bibliothèque nationale, mais ce lot fut détourné de sa destination et porté à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier. Nous avons, dans notre classement, désigné ce manuscrit par la lettre A.
Classement. — Pertz ne s’est pas préoccupé de classer les quatre manuscrits dont il s’est servi. Il a pris comme base de son édition le manuscrit de Montpellier et relevé les variantes fournies par les trois autres. Mais il se trouve que ce manuscrit de Montpellier doit toujours être considéré comme le meilleur.
Les sept manuscrits de Flodoard que nous venons d’indiquer nous paraissent, en effet, devoir être divisés en deux familles. La première est représentée par le ms. H 151 de Montpellier et la seconde par les six autres.
Cette division repose sur les constatations suivantes : 1° Les manuscrits de la seconde famille contiennent des
DES ANNALES DE FLODOARD
additions relatives à l’année 877 et aux années 976-978. Ces additions ne sont pas dans le manuscrit de la première famille. En revanche, celui-ci contient une addition relative à une lettre écrite à un duc d’Aquitaine, qui ne figure pas dans les autres. — 2° Les manuscrits de la seconde famille placent après les mots : « Berengarius a suis interimitur », dans la partie de la chronique qui est consacrée à l’année 924, les deux passages suivants : « Nordmanni cum Francis pacem ineunt... pacis eis concessae. — Hungari qui Gothiam... esse consumpti. » Ces deux passages sont à une autre place dans le manuscrit de la première famille. — 3° Même observation pour le passage suivant de l’année 962 : « Die Nativitatis... illuminatus. » 11 est placé, à la fin de l’année, dans les manuscrits de la seconde famille, et au milieu, dans le manuscrit de Montpellier. — 4° Le passage suivant de l’année 937 : « Quidam ut hic presbyter refert... intemerata permansit, » manque dans tous les manuscrits de la seconde famille. — 5° Il en est de même de la phrase : « Ibique me Hugo... evocat » de l’année 941. — 6° En revanche, la mention : « Hue usque cronica Frodoardi, presbiteri, » à la fin de l’année 966, ne se trouve pas dans le manuscrit de la première famille.
Ces constatations nous paraissent justifier pleinement la division que nous avons faite. Le ms. H 151 de Montpellier doit donc être placé en première ligne. C’est lui qui donne le meilleur texte, le texte le plus voisin de l’original. Les autres manuscrits, avec leurs lacunes, leurs changements et leurs additions, ne peuvent dériver de l’original. Ils ont eu comme point de départ une copie déjà mauvaise.
Nous avons à examiner maintenant dans quelle relation sont entre eux les manuscrits de la seconde famille. Il convient d’abord de séparer le ms. 80 d’Albi et le ms. 14663 de la Bibliothèque nationale, puisqu’ils ne sont que des copies, le premier du ms. 5354 et le second du ms. 9768. Restent donc les quatre manuscrits suivants : Latin 9768, latin 5354, Christine 633 et Avranches 130. Les trois premiers sont du xe ou du xic siècle et le dernier du xme.
Nous allons montrer que ces quatre manuscrits forment