I.|(-> l.ATIX NTLCAIRi: l-T LANT-l'l-S R(y\lA\'HS
Ane. tV. on'llant, de oliflnril pour olifaiil (l'insertion de 17 n'est pas expliquée) ; loi iv.
Fr. prov. pluvier parait être pour pliiviel (csp. pluvial) = phivialem ( de même it. pivieré) ; la forme de la dissimilation est due à la conservation du sens de pluv- et à l'influence du surtixe icr ; on en a une autre dans pluvian (voir Littré).
Ane franc, pofirc pour porfire ; loi xvi. C)n trouve aussi porfic ei pofic {Prise de Cordres, v. 659, 765); cette dernière torme semble indiquer qu'il ne s'agit que d'un changement de suffixe.
Prei~e, nom d'une commune de l'Aube, pour Preïre = lat. Precaria. On pourrait y voir un simple cas du changement sporadique de r intervocale en :^, mais ce changement ne paraît pas connu à l'est : il va plutôt dissimilation ; toutefois je ne trouve pas de cas analogues.
Fr. ijuincaille pour cliuqiiaitle ; ce serait une application de la loi XVII ; mais il y a quelque doute.
Fr. rouettc de retorta, à côté de reorte, riorte (voir Kôrting); je ne vois pas sous quelle loi tombe ce mot.
Fr. pop. sanger pour changer. M. Grammont ferait rentrer ce cas dans la loi viii (« explosive appuyée ou non dissimile explosive intervocale » ), considérant le ch àe changer comme « après voyelle » ; mais j'ai peine à le suivre dans sa théorie sur les initiales ; je crois plutôt que si l'on n'a pas dit changer, c'est qu'il n')' a pas de verbes ainsi terminés (par suite on n'a pas dit non plus change, etc.).
Ane. fr. traite pour traître. Ce cas, qui est remarquable parce qu'il présente la chute du phonème dissimile (il ne pouvait se transformer en un phonème voisin) et qu'il éloigne ce nominatif de tous les autres nominatifs analogues, terminés en -re, ne rentre positivement dans aucune des lois, à moins qu'on ne lui applique la loi ix (« combinée appuyée dissimile combinée non appuyée ») en regardant la dissimilation comme accompUc « après consonne », ce que j'accepterais d'ailleurs volontiers. Dans traïtel pour iraïtrel on trouverait naturellement une application de la loi 11.
propose d'introduire, et d'après laquelle « combinée dissimile intervocalique ».
LA DISSIMILATION CONSONANTiaUt: I47
Ane. fr. traste pour trastre, de transtrum (voir Godefroy) ; loi ii. On trouve aussi tastre, tatrc (où Godefroy n'a pas reconnu le même mot), qui parait dû à l'influence conservatrice du suffixe.
Esp. port, brial, du v. fr. et prov. blialt ; loi viii.
Ane. lomb. ciitel ' à rapprocher d'autres dissimilations de cidle.Uiiin, comme le cnnleUiini de VApp. Proln et le cortcUo italien.
Lat. vulg. calandrus (ou plus souvent calandra) de charadrius, d'où le fr. calandre et autres formes romanes (voir Kôrting, n° 1487) ; loi viii, si on suppose que char adr lus était d'abord devenu charandrius (ou déjà en grec -/apâvop-.oç).
It. lanfa de nanfa, forme nasalisée de iiafa, mot arabe ; loi xvii.
It. malinconia, esp. inaknconia, de mclancholia : c'est ici l'inverse du V. fr. iih'rancolie ; faut- il admettre une influence analogique pour ces tormes ? Elles ne rentrent dans aucune des lois de M. Grammont, non plus que Tadj. port. ni':laucorio(oi\ peutêtre il y a une influence de cor).
It. mandragola pour niandragora, sans doute simple substitution du suffixe si usité -ola atone. Le roum. Diafrâgunà est plus vraisemblablement dissimilé et rentre dans la loi viii.
Prov. inanescalc, it. iiianiscalco. Dans ce mot comme dans le tr. uiancglier il faut noter la dissimilation d'r par /, ce dont il n'y a pas d'autres exemples, non plus que de la dissimilation d'r en «\ On trouve en italien maliscalco, et l'on pourrait croire que inaniscalco est sorti de cette forme assimilée ; mais on ne trouve ni mah'scalc en provençal, ni nialcglier en français. Peut-être ces deux mots, dont l'un est étranger et l'autre emprunté au latin, ont-ils subi l'influence de nianus par une vague étymologie populaire.
Enfin je citerai encore les formes usitées en bas-latin et, par suite, dans la littérature vulgaire du moyen âge, de deux noms
1. Voir Salvioni, Lclciiieiilo voloare iic^li sUilu/i Liliiii di BrisSit^o, etc., (Bellinzona, 1897), p. 22.
2. Au moins en français, car on vient de voir le rt)uniain iiiatnlo;iiiid < inaiidrai[ora. En français même, une /• peut se dissiniiler en 11 au lieu d7 quand il y a déjà une / dans le mot, comme c'est le cas dans cclciiicr, citéplus haut (p. 1 4.2), jvoini'iiole •< piviiierole, Gantenaliac <C Ganteiidlicrc <^ Giutl- Icnalicrc, cités dans le livre de M. Thomas.
148 I.ATIX VUI.dAlKK ET LANGUES ROMANES
propres, D.ilhia pour Dalila et Philonwiia pour Philoiiiêla. Ces formes renionteiu très Iluiï. D ililn av-,m sans doute l'accent sur r/ quanJ il s'est dis:.imilé, et offre un exemple d'une loi qui me paraît probable et d'après laquelle une intervocale tonique (j'entends commençant la svllabe tonique) dissimilerait une intervocale atone. Quant à Philonicna, il est plus difficile à expliquer, puisque ce serait plutôt la seconde / que la première qui pourrait être considérée comme tonique. Il y a peut-être eu contusion avec le nom de temme Philonicna (pour Philiiinena --■ •I>i/,o;j;j.i'vrJ, très connu à cause de la vierge et martyre de ce nom '.
« Notre mémoire, dit M. Grammonr, n'a pas la prétention d'exclure les monographies sur la dissimilation dans telle langue ou tel dialecte ; au contraire nous espérons qu'il les suscitera... Il V aura lieu de déterminer pour chaque langue quelles sont les lois de la dissimilation qui y sont représentées ; quels sont les couples de phonèmes cui représentent telle loi ; quels sont les différents produits de chaque couple de phonèmes. On devra distinguer une loi phonétique pour chaque produit différent d'un même couple dans la même loi, et chercher à déterminer, toutes les fois que ce sera possible, à quelle époque cette loi phonétique est entrée en vigueur et à quelle époque elle a cessé d'agir. » Voilà un programnie très intéressant tracé aux explorateurs des diverses langues ; nous souhaitons qu'il soit rempli pour le plus grand nombre possible d'entre elles. Si les monographies en question ne confirment pas toutes les vues de
I. J'ajoute sur l'épreuve de ce tirage à part quelques exemples de dissimilation que j'ai rencontrés depuis l'impression de l'article. Nciivirciiil dans le Pas-de-Calais est appelé dans des documents anciens Xova Villela. Mauguio, dans l'Hérault, remonte à une forme latine Mercoriimi, dissimilée dès le x<: siècle en Mcl^oriiuii, puis devenue Meloucil, d'où Mam^i/io, par changement de suffixe. Dans le ladin des Grisons, on dit /w.vi/i'/-, « moineau», de fhisserdriiis (c(. Passi'Iicn-.'i, ci-dessus, p. 142), splcr à coté de sprcr, correspondant à l'ail, spsrlvr, fr. espervier. Dans le même pays, on trouve les lieux-dits Ghvaira<igravaria, Oniicird<nliihiria, Kiiriiu'rti<Ciii uhnaria (Cf. Du Cange, s. V. ormaria). J'emprunte ces exemples au livre de M. A. Kùbler, Die suffixhaltljeii roiihiiiiiibcu FliiruAiu:ii Griiuhmidein, I (F.rlangen, 1894), p. 121, 122, 127, 129.
LA DISSIMILATIOX COXSOXANTICIUE 1 49
M. Grammont, on peut être sûr qu'elles justifieront son principe général, et il aura toujours le mérite de les avoir provoquées et d'en avoir tracé le plan.
[Joiiniiil des Savanti, 1898, février (p. 81-97J.J
PosT-ScRiPTUM. M. Gramraont avant lu l'article ci-dessus, a bien voulu m\idresser quelques observations, dont les unes portent sur des points de théorie et appelleraient une discussion que je ne puis leur consacrer ici, et dont les autres s'appliquent aux exemples que j'ai ajoutés aux siens et que j'ai essavé de faire rentrer dans ses lois. Je n'ai pas toujours eu la main heureuse dans ma répartition, et M. Grammont assigne plusieurs de ces mots à d'autres lois que celles auxquelles je les avais crus soumis. Il me paraît utile d'indiquer ici les attributions qu'il préfère : ativoirre, loi i ; babcl, loi i ; bougerastre, loi xiii ; cinigieii « n'appartient pas à la loi xvi et contredit la loi xiv ; il n'est pas expliqué » ; diiiiesrre, loi xii ; garingal, loi xiv ; manegJicr, loi xiv; inarjohiiuc, loi xvi ; nomble, loi xiii ; qnincaillc, loi XVI ; pofire « ne rentre pas sous la loi xvi et paraît demander une explication particulière à cause de pofic » ; sanger, loi XVII ; lûrifa, loi xiv. Assurément M. Grammont, qui est l'auteur même des lois, a beaucoup plus qualité que moi pour en faire la juste application ; mais le nombre d'erreurs où je suis tombé malgré toute mon attention prouve qu'il n'est pas facile de se reconnaître dans cette législation. Je crois que bien des philologues encourraient, en cette matière, de sévères condamnations si on leur appliquait à la rigueur le principe: //('///() ccnsclnr ignora ir /tgeiii.
[Xolc additionnelle au tirage à part de l'article précédent.)