‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 48 sur 151 · Hepar, hepatis, bepatîim, ecatum, fecatum, fégato · texte numérisé non relu

Hepar, hepatis, bepatîim, ecatum, fecatum, fégato

5. « Hepar, hepatis, hepatum, fecatiim, ficatum, higado. L'e, en hepatiim, a été changé en / à cause de la prononciation de l'eta en iota. »

6. « Hepar, hepatis, hepate, J^epae, hepa, heca, fega, fea, foye. »

7. Hepar, qui avait passé du grec au latin dans la langue médicale (Marcellus Empiricus), a subsisté en italien {épate, épato sont naturellement des mots savants) dans le vieux mot epa, « panse », comme l'a reconnu Ménage (cf. Diez, Kôrting) : \'r finale à la syllabe atone est tombée normalement ; le genre féminin est dû à la terminaison. Il est probable que le mot a passé de la langue des médecins dans celle du peuple, qui n'en comprenait pas la signification précise. — Le roum. hipota, fém., qui existe à côté de ficatii, se rattache directement au plur. grec ri-i-oL (cf. en franc, pop. les foies), qui survit en grec moderne avec le sens général d' « entrailles ».

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il veut que cette part soit seulement accessoire et secondaire. D'après lui. si je l'entends bien, il aurait existé en latin, sans d'ailleurs qu'aucun texte ancien nous l'ait conservé, un motfïtïcum, d'origine inconnue, qui se continuerait régulièrement dans plusieurs dérivés romans, mais qui dans d'autres aurait été soumis à des altérations dues à l'influence de fïcàtum '. Cette hypothèse audacieuse n'a pas, que je sache, trouvé beaucoup de partisans^ : je ne m'attacherai pas à la combattre directement, me bornant à signaler, dans l'essai qui va suivre, les phénomènes qui lui ont donné naissance, et qui peuvent certainement recevoir une explication différente.

Examinons d'abord les faits, en les classant dans l'ordre qui semble le plus propre à les éclairer.

Le mot fîcâtum, qui avait en latin vulgaire le sens de jecur (je reviendrai plus tard sur ce point), s'est conservé tel quel 5, sauf l'évolution phonétique normale, en roumain : ficàt ; en frioulan : fijàd-, en ladin : figà,fià. fijàd, Jîâ,Jié-^; en vénitien : figà, figao ; en sicilien ifaâtu; en sarde : g^Wur. figgâtu ^, cam-

I. Voy. Archiv fi'ir latein. Lexicographie, II, 288, 424; VI, 388.

2.. L'explication des mots romans par ficatum se retrouve dans tous les travaux philologiques publiés depuis 1885, date où M. Grôber a émis son hypothèse. M. Kôrting l'a réfutée expressément au no 3288 de son Lateinisch- Romanisches Wôrterhuch : il montre qu'un mot latin fitïcum n'a aucune vraisemblance et aucune base indo-européenne, et ajoute que si cet hypothétique fitïcum avait été influencé par fîcus, il aurait pu devenir fïcàtum mais jamais fïcàtum, « une terminaison en -à tu m paraissant inconnue au latin ». M. Behrens seul (JJeher recipr. Meialhese, p. 99) rapporte l'opinion de M. Grôber sans observation et paraît ainsi l'approuver.

3 . La liste la plus complète des formes romanes a été donnée par M. Behrens, /. c. ; voy. aussi Meyer-Lùbke, I, § 605.

4. Voy. Stûrzinger, Zeitschr. fur rom. Phil., t. XX, p. 120. C'est par erreur que Diez (Altrom. Gloss., p. 100) dit que fio a l'accent sur la première.

5. C'est du moins la formj que Spano indique pour le dialecte septentrional dans la partie sarde -italienne de son Vocaholario ; dans la partie italienne-sarde il donne comme septentrional fietu ; cette forme doit n'être qu'un affaiblissement phonétique de la première, avec accent conservé sur Ve =. a.

pid. //^^w '. Toutes ces formes n'ont besoin d'aucune explication^.

Mais à côté d'elles il en existe d'autres, qui nous montrent soit le recul de l'accent sur la première syllabe, soit le changement de ri de la première syllabe en e, soit la combinaison de ces deux phénomènes. Naturellement, quand l'accent a été reporté sur la première syllabe, 1'^, devenu atone, a été sujet à s'affaiblir.

I. Fîcàtum. C'est la forme de l'esp. higado^^ et du portugais y/^^t^o*.

Fîcàtum est devenu fi ci tu m, par la tendance de l'a atone des proparoxytons à s'affaiblir ^ et par une assimilation naturelle aux participes en -itum, fréquents en lat. vulg. à côté de -âtum, surtout après des thèmes terminés parc, g (vocïtum,

1. M. Grôber (Arch. f. lat. Lex., II, 228) donne Jicdu, et ajoute que le c pour g montre que c'est une w Buchform ». Mais je ne trouve partout que Jîgdii (ainsi Meyer-Lûbke, Stûrzinger, etc. ; M. Kôrting emprunte ficdu à Grôber), J'ajouterai qu'il est bien difficile d'admettre une « Buchform » pour un mot qui précisément n'appartient pas au latin classique et ne se trouve que dans des auteurs qu'on ne lisait guère au moyen âge, surtout en Sardaigne. — D'après M. Meyer-Lùbke (§ 605), le sarde mérid. figdu viendrait du sicilien ficdtu : je n'en vois pas la raison.

2. M. Grôber (Arch.f. /. Lex, IV, 388) écarte le mot roumain, « car foie se dit à côté hipota =: r-.oLo )>, le mot frioulan, « car il y a des mots d'emprunt qui montrent j pour c et -d- pour -t-», et « par suitef!) » le mot vénitien. Je répète ici qu'un emprunt savant est inadmissible pour ce mot, en roumain encore plus qu'en sarde. Restent d'ailleurs les nombreuses formes ladines, qui, avec le roumain, le frioulan, le vénitien, le sicilien et le sarde, attestent la persistance de fîcàtum en roman.

3. Telle est certainement l'accentuation en espagnol comme en portugais. C'est par une erreur singulière que Ménage assure que les Espagnols prononcent higddo et non pas higado.

4. M. Grôber (Arch., Il, 288) voit dans Vhispan. figado la preuve d'une très ancienne « Umbildung » du prétendu fitïcum d'après fîcus. Cette « Umbildung » serait bien bizarre.

5. Voy. Meyer-Lûbke, Z^i/^c/;;-. /. rom. Pbil., t. VIII, p. 207. Tous les proparoxytons avec à pénultième sont, en dehors de quelques composés et de deux ou trois mots (alacer, alapa, an a te m, cala m us) ou formes (Caesarem, etc.), des mots étrangers.

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rogïtum, etc.)'. Ficïtum est ensuite devenu fîcïdum, pai assimilation aux adj, en -ïdum% et enfin, par une métathèse apparente qui est en réalité une transformation analogique et dont on a plusieurs exemples assurés '. fidicum. Les phases fîcitum et ficïdum n'ont pas laissé de représentants vivants dans les langues romanes, mais fidicum se retrouve dans le lombard fidegh, fidech'^, piém. fi dich ^, et dans le sarde logud. fidigu ^ .

Ces formes ont aussi existé en France, bien qu'elles n'y aient pas prévalu. On peut rapporter à la phase ficïdum \t figido des Gloses II de Reichenau et des Gloses de Cassel ' ; et c'est certainement fidicum que représentent les formes de l'ancien ÏTâuçais firie^, fie (en picard-artésien) 9, et fige, dont on n'a

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