‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 47 sur 151 · ORIGINES DE LA FAUCONNERIE 53 I · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA FAUCONNERIE 53 I

époque, le mot burgus [']. La plus ancienne mention de cette chasse se trouve dans Firmicus Maternus (vers 300), qui donne aussi pour la première fois le mot falco. Ce mot a jusqu'à présent opposé la plus sérieuse objection à l'opinion soutenue par M. Baist ; car comment croire, si les Germains ont inventé la chasse au faucon, qu'ils aient pris le nom de son principal instrument (FûlJi) aux Romains ? Mais M. Baist s'en tire en refusant à falco toute parenté avec faix, et en le rattachant à /^Z/é'^/, le V. norv. falki, anc. h. ail. falaho, étant « celui qui tombe, qui se laisse tomber », ce qui répond parfaitement à la façon dont le faucon se comporte avec sa proie. Je doute que les germanistes acceptent un pareil procédé de dérivation, dont il faudrait citer d'autres exemples, et il est très invraisemblable que le mot falco (que je trouve aussi dans la version latine du Pentateuque de Lyon, publié par M. Robert) ne soit pas identique au falco donné par divers grammairiens et glossateurs comme signifiant « qui a les pouces ou les doigts de pied recourbés »; M. Baist allègue que le faucon a plutôt les ongles moins recourbés que l'autour, mais cela est de peu d'importance : un nom général ou vague a pu plus tard se spécialiser. Il me paraît donc toujours probable que les Germains ont pris des Romains de l'empire la chasse à l'oiseau, qu'ils ont d'ailleurs bientôt cultivée avec une véritable passion, très naturelle dans leur genre de vie, ce qui explique que d'autres termes de fauconnerie leur appartiennent. De ce que espervier, par exemple, est allemand, il n'en faut rien conclure pour falco, qui apparaît bien plus anciennement. L'étymologie du mot italien logoro, fr. leurre, ail. luoder, me paraît encore fort incertaine ; mais le leurre pourrait bien être un perfectionnement postérieur. M. Baist établit d'ailleurs que gerfaut est non pas hierofalco ni gyrofalco, mais le norois geirfalk; que s/neriglio, esnierillon n'ont rien à faire avec tnerle (quant à les tirer de l'ail, schinerle, nom d'un petit poisson, il faut y regarder à deux fois), et que le nom du sacre vient de l'arabe. Il considère l'ail. Habicht comme ne provenant pas du celtique heboc, et il peut bien avoir raison (quoi-

\^ I . Sur la fauconnerie dans l'Inde, voy. Benfey, Kalilag iind Dimnag, p. ex.]

532 NOTES ETYMOLOGiaUES

qu'il reste à résoudre à ce propos des questions difficiles). Mais il ne dit rien du nom roman qui répond à celui-là. Pour moi, je ne puis me convaincre qu autour et ses congénères viennent uniquement d'acceptor (influencé par auceptor), et je penche à croire qu'Astur ou ses dérivés Asturco, Asturius sont pour quelque chose dans le mot (cf. Rotn. VIII, 609-10 f* cf. Mél. Caix, p. 42 ; Arch. f. I. Lex. I, 234]). N'a-t-on pas là la révélation de l'origine de l'autourserie ^ Je ne crois guère non plus à laniarius comme étymologie de lauier : le fr. serait Jaguieij laniare n'est pas roman, et le latin ne forme pas de dérivés de ce g^enre.

[Remania, XII (1883), pp. 99-100.]

FATRAS. Voir ci-dessus l'article Accoutrer ; jatras, pp. 456-457.

Il n'est douteux aujourd'hui pour personne que les différents mots qui ont remplacé dans les parlers romans le latin jecur ne remontent à fie a tu m. Nul ne soutient plus l'opinion émise par le P. Labbe^ et volontiers admise au xvii^ siècle, d'après laquelle le nom du foie viendrait de focus, « d'autant qu'il est le foyer de l'animal, pour cuire les viandes qui sont dans l'estomach, comme dans un pot à cuire » \ Depuis que l'équation

1. Pour qu'au iii^ siècle une espèce d'oiseaux de proie s'appelât a stur (dans le même passage de Firmicus Maternus où est nommé le falco), il fallait qu'on les fît venir d'Asturie, donc qu'ils fussent domestiqués et utilisés.

2. Cité par Ménage, à l'art. Foye de son Dictionnaire étymologique.

3. Cette étymologie répondait en effet à l'opinion qui régnait alors sur les

ficatum = foie, indiquée d'abord par Joseph Scaliger ', a été établie par Saumaise ^, et confirmée par Tanara, Érytlirée, Ferrari et Martini ^ à l'aide de l'it. fégato et de l'esp. bîgado, Ménage seul, — qui rapporte cependant toutes ces autorités, — a eu la singulière idée de les contredire pour se rallier à l'opinion de Guyet, « qui dérive l'Italien fégato, l'Espagnol higado, et le François foye de hepar » ; il appuie ce rapprochement à sa manière par trois séries de formes intermédiaires entre hepar et, respectivement, fégato-^. higado' et foye ^. Il est inutile de les discuter aujourd'hui, non plus que le rapprochement en luimême '.

Mais la destinée de ficatum en roman présente des difficultés et des obscurités qui ont embarrassé les philologues ; elles ont même paru si grandes à M. Grôber que, tout en reconnaissant la part prise par ficatum à l'évolution des mots romans,

fonctions du foie. Elle est encore dans le Dict. étyiuol. de Roquefort (1829), qui dit : « it. fegato, fait de focus, foyer », et ajoute : « en ail. fegen, purifier ».

1. Prima Scaligerana, éd. 1669, p. 114. Le grand philologue cite ficatutu, foye, dans une série de mots destinés à prouver que « mutam semper Galli

tollunt inter duas vocales », observation juste, mais pour laquelle il allègue de bizarres exemples.

2. Cité par Ménage. Saumaise fait sur l'origine de cette dénomination et son rapport avec le grec cjj/.wto'v une observation judicieuse (voy. ci-dessous, n. 74 [p. 547, n. i]).

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