‹ Mélanges littéraires de Benjamin SulteChapitre 6 sur 7 · MYSTIFICATION · texte numérisé non relu

MYSTIFICATION

Deux Canadiens qui déjeunaient ensemble, dans un restaurant de Paris, s’entretenaient naturellement en français, mais pour causer une surprise aux habitués du restaurant qui pouvaient les entendre, ils entremêlaient la conversation de bouts de phrases dits dans une autre langue, comme on fait lorsque l’on veut éviter d’être compris de l’entourage. Ainsi, Philippe disait :

— Pourquoi ne s’est-il pas expliqué avec nous?

Alfred répondait:

— Cacouna restigouche. C’est là son motif.

Philippe reprenait:

— Kikendache cataracoui yamaska.

Les deux amis avaient l’air de se comprendre, ce qui excitait la curiosité des personnes qui les entendaient. Comment ne pas écouter de pareilles choses!

— J’eusse préféré lui donner carte blanche.

— Oka ! Caughnawaga shawinigan !

— Puisqu’il en est ainsi, tu as bien fait.

— Buctouche malpecque! C’est ce que je pensais.

— Ne parlons pas sauvage. Il y a des gens qui nous observent.

Et la conversation tomba. Mais qui ouvraient des yeux et des oreilles, — c’était le groupe des habitués du restaurant.

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