‹ Mélanges littéraires et biographiques (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · Livre sa secrète richesse · texte numérisé non relu

Livre sa secrète richesse

Quand nous sommes tous deux^ pourquoi trembler si fort ?

Nous ne restons pas seuls, et votre peur a tort ;

Il est tout près de nous trois vieux amis d'enfance,

Dont rien ne peut lasser la vaste complaisance,

Qu'on laisse et qu'on reprend sans leur faire d'affront,

Qui sont nés avant nous et qui nous survivront.

A chacun d'eux, charmante et douce compagnie,

Une céleste Muse est constamment unie.

La première au grand jour étale sa beauté.

Candeur, libre énergie et calme majesté .

Couronnent son front pur. Accueillante et sereine, Elle promène au loin un long regard de reine. Sans efforts, sans apprêt, elle passe aisément De la gravité noble à l'aimable enjouement. La seconde à sa tête, avant Tâge pâlie, Porte un voile de grâce et de mélancolie. Et tendre sans faiblesse, austère sans rigueur, Exhale de ses chants la divine langueur. De sa voix quand s*éteint la douce résonance, Sur sa bouche entr'ouverte un sourire commence Et ne s'achève pas. Gomme Tétoile aux cieux Une larme paraît, tremblante dans ses yeux, S'épanchant d'une source ignorée et profonde. Qui se montre à Dieu seul et se dérobe au monde. A sa timide joie, éclose et morte en un moment, Elle impose silence et reprend vaguement, D*un regard qu'eût aimé Raphaël ou Corrège Cette route du Ciel qui par l'amour s'abrège. La troisième, plus forte, et sous plus d'un aspect Transformant sa puissance, impose le respect. Nymphe ou magicienne, ange, fée ou sibylle Elle fait jaillir 1 hymne et murmurer l'idylle. Elle élève un trophée au héros glorieux Dont le sort a tranché les jours aventureux*. Elle donne une voix à la douleur cajptive* Qui, dans l'ombre plongée, incessamment s'avive.

* Symphonie héroïque, Egmont.

« Fidelio.

Et, gémissante, implore, au fond de sa prison, Le grand jour lumineux, le limpide horizon. D'un accent souverain elle rend ses oracles, Et force l'harmonie à de nouveaux miracles. Haydn, Mozart, Beethoven ! Noms chers et respectés! Demandons-leur toujours, certains d'être écoutés. Un sourire, une larme, un rêve, une prière, L'heureuse illusion, l'oubli de la misère.

Trop souvent, ô printemps, de ses ingrats reproches

Mon chagrin obstiné salua tes approches.

Fuis, murmurai s-je, fuis ; car je ne te dois rien,

Et par d'autres que moi, sois compté pour un bien .

11 n'est plus pour mon âme, abattue, épuisée.

Ni soleil ni chaleur, ni sève ni rosée.

Tes dons sont ironie, offense et trahison ;

A tes plus doux parfums il se mêle un poison.

Pardonne enfin, pardonne à ma longue injustice ;

De grâce, attarde -toi ; suspends ton cours propice ;

A ton souffle s'enfuit, comme la nue au vent.

Le stérile souci, l'obscur et vain tourment.

Je m'étais cru, moi seul, exclu de tes promesses ;

Pour moi seul, cette fois, il semble que tu naisses.

Et qu'à mon cœur, tout plein des clartés d'un beau jour,

Remonte un flot croissant d'espérance et d'amour.

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