LFS DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE STE-THÉRÈSE
Immédiatement 4 M. le Supérieur, M. Ferd.
Charbonneau, président de l’Académie St-Charles, au nom des élèves, lut l'adresse qui suit :
Monseigneur,
La génération actuelle des élèves de ce séminaire n’a pas eu, avant aujourd'hui, le bonheur de vous posséder au milieu d'elle, dans l'enceinte de ces murs ; cependant votre nom ne lui est pas inconnu. Qui n’a entendu parler de Mgr Bourget, de sa longue
et glorieuse administration ? Qui, dans ce diocèse, peut ignorer les grandes œuvres et les nomhreuses fondations qui ont été, depuis bientôt cinquante aus, entreprises et conduites à bonne fin sous le souffle de la foi, de la charité et du zèle pour la gloire de Dieu ? Qui n'a lu ces lettres admirables, suaves de piété, de douceur et d’onction que, en chaque circonstance solennelle, le bon jère adressait à ses enfants? Qui n’a entendu, dans sa famille, le récit de ses visites pastorales, véritables triomphes de l’amour et de l'enthousiasme, qui mettaient eu émoi une population toute entière? Nous sommes donc heureux en ce moment, Monseigneur, de nous presser autour de votre personne sacrée, de pouvoir recueillir les paroles paternelles qui tombent de vos lèvres, de contempler cette figure si douce, ce regard bienveilant, ce front auguste, rayonnaut d'une auréole de mérite, et d’une couronne de cheveux blancs. Ce jour comptera parmi nos plus beaux souvenirs de collège ; et plus tard, quand nous lirons dans les pages de l'histoire quelle large part vous avez prise dans le mouvement religieux de notre pays, nous serons fiers de pouvoir dire: ce noble vieillard, cet illustre prélat, nous l'avons vu aux jours de notre jeunesse, nous l'avons connu, il nous a parlé, il nous a bénis.
Jésus passait en faisant le bien. Votre passage dans cette maison, Monseigneur, portera pour nous des fruits de bénédiction. Outre la vénération profonde que produit en nos cœurs la grandeur épiscopale qui nous apparaît sous des dehors si dignes, si nobles et si bieuveillants, outre l'ensvignemert salutaire que le spectacle d'une vie si bien remplie nous donne sur le prix que nous devons faire du temps, votre démarche actuelle, Monseigneur, uous prèche la charité, le dévonement et le travail: /e travail, car, méprisant les défaillanc's de l'âge et les douleurs d'une cruelle maladie, an cœur même de l'hiver, vous n'avez pas craint d'entreprendre de nombreux et pénibles voyages ; le dévouement, ce n'est pas ponr vous que vous allez de paroisse eu paroisse tendre une main suppliante, vous vous sacritiez à une œuvre qui iutéresse le bienet la gloire de la religion ; La charité, en effet, il n'y a que l'amour qui puisse ainsi soutenir l'age et la faiblesse, cet amour qui est plus fort que la mort.— 0 coufrères, instruisons-nous à la lumière de tels exemples, et sachons profiter de ces leçons sublimes d’héroïsme et de sacritice.
Monseigneur, dans un instant nous tomberons à vos genoux ; la main levée au-dessus de nos tètes, vons appellerez sur nous les béuédictions d'en haut. Puissions-nous, par l'influence de votre prière, obtenir pour nous l'accroissement de ces vertus que vous avez tant aimées, et dont votre vie nous offre un si beau modèle : {a tendre piété qui adoucit les ameitumes de la vie et répand autour d'elle un parfum de bonheur et de contentement ; da charité ardente qui dilate le cœur et voudrait apporter un remède à tous les maux dont souffre la triste humanité ; {a con-
fiance en la providence divine, qui ne doute jamais du snecès lorsqu'il s'agit d'une œuvre entreprise pour la plus grande gloire de Dieu ; le zèle infatigable qui se sacrifie et s’immole pour le salut de ses frères ; le courage in lomptable qui ne compte jamais avec les obstacles et affronte sans sourciller toutes les tempêtes soulevées par les passions humaines.
Enfin, Mounseigueur, nous n'oublions pas que la Providence nous à conduits, comme par la main, dans une maison que vous avez érigée vous-même en petit séminaire diocésain pour en faire nue pépinière d'où sortiraient les lévites du Seigneur et les futurs ministres des autels. Puisse votre bénédiction dévolopper en bien des cœurs le germe de la vocation ecclésiastique, le dévouement du sacrifice religieux et l'héroisme apostolique du missionnaire ; puisse-t-elle en général enraciner chez nous tous ce profond esprit chrétien qui fait, dans les différents états de la société, le citoyen utile, le patriote sincère et le véritable enfant de l'Eglise !
Avec notre modique offrande, veuillez recevoir, Monseigneur, l'expression de nos hommages et de notre vénération, ainsi que l'assurance de notre dévonement tilial,
Monseigneur répondit à ces deux adresses dans les termes suivants, nous sommes heureux de pouvoir donner cette réponse textuellement, grâce aux soins de nos sténographes :
‘6 Monsieur le Supérieur, mes enfants, et vous tous ‘€ qui vous êtes consacrés à la conduite et à la direction du pelit Séminaire de Ste-Thérèse :
‘Je suis heureux d'entendre et de voir tout ce que j'entends et tout ce que je vois. En ce jour, je me reporte aux aunées anciennes, et c’est un bouheur pour moi de faire la comparaison du présent avec le ‘ passé, d'exprimer mon admiration sur la conduite ‘qu'a tenue la Providence envers cette maison, et de constater combien ce petit Séminaire a grandi et ‘ prospéré.
‘ J'ai vu naître ce petit Séminaire, j'étais encore jeune évêque ; et je suis bien aise de dire que les fondateurs et moi avous vécu, avons avancé dans la vie, avons vieilli ensemble, Ensemble nous nous sommes concertés pour trouver les moyens les plus propres à faire arriver cette institution à une solide et véritable prospérité. Il était tout naturel qu'à la vue
de ces petits commencements, nous dissions alors ces paroles de l’Ecriture : ‘‘ nolite timere, pusillus grex, ne craignez pas, petit troupeau," et cela, tout en lui donnant notre bénédiction, tout en souhaitant de voir le succès couronner l’entreprise. Nous voyons aujourd’hui cette bénédiction réalisée, ces vœux accomplis ; ce collège est rempli d’une jeunesse nombreuse, et à la tête de l'établissement se trouvent des directeurs zélés et dévoués.
‘ Si je considère le passé, si je regarde le présent, si je prévois le futur, tout dans mon âme me porte à concevoir de grandes espérances pour l’aveiir réservé au séminaire de Ste-Thérèse. Qu'il soit béni, le Seigneur, qui a bien voulu se servir de moi, faible instrument, pour seconder ses desseins, et fonder une œuvre qui promet tant pour la religion et la patrie !
‘ Je voyais dans cette institution nouvelle des hommes vaillants, dévoués, qui m'offraient leurs services, dans un temps où le clergé était peu nombreux ; je les voyais à l'œuvre pour donner des pasteurs à l'Eglise de Jésus-Christ. J'aurais été bien maladroit, si je n'avais pas accepté de bon cœur leurs services, si je n'avais pas béni leurs travaux, si je ne les avais pas soutenus et encouragés, si je n'avais pas affronté avec eux les dangers et les périls qu’ils ont rencontrés sous leurs pas. En entrant dans l’intérieur de mon âme, j'ai plus d’un reproche à m'adresser, je comprends que je n’ai pas fait tout ce que j'aurais pu faire, tout ce que j'aurais dù faire pour l’avancement de cette maison. En sorte que ce n’est pas à moi qu'est due la gloire de cet établissement ; elle appartient à Dieu, à l’auguste Vierge Marie, au patron de ce séminaire, saint Charles, et au dévouement de ceux qui se sont consacrés à élever une jeunesse ardente, la préparant à entrer dans la milice du Seigneur.
‘ Je porte bien haut mes espérances pour l'avenir de ce collège. Dieu l'ayant déjà béni avec tant d’amour, voudra bien continuer à le protéger ; je n’en
‘ doute pas, fidèle à sa mission, il doit avoir un succès ‘“ toujours croissant. Nous traversons des temps orageux ; nous avons besoin d'hommes dévoués aux intérêts de la religion, d’une jeunesse vaillante, bien élevée, courageuse et disposée à correspondre aux ‘ intentions de la volonté divine. L’Epouse de Jésus- Christ est en grande souffrance ; nous aussi, dans ce pays, nous devons nous attendre à avoir notre part des amertumes qui abreuvent le chef suprême de l’Eglise et l’Eglise tout entière. Mais le divin Fondateur ne manquera pas de venir à son secours ; et, pour un, ce collège produira des hommes qui seront toujours prêts à lutter et à combattre les grands ‘* combats.
‘ Je le répète, cet établissement qui s’est développé si prodigieusement, à bien considérer les choses, n’est pas mon œuvre, mais l'œuvre de Dieu, qui connaît les besoins de son Eglise dans les temps à venir. Certes, si j'ai fait quelque chose, c’est parce que je m’y suis senti porté, sans savoir ni pourquoi nicomment. A présent que je vois les faits accomplis, je comprends que Dieu avait des vues particulières et qu'il s’est servi de moi comme d’un instrument faible et inutile, afin de faire reconnaitre plus visiblement l’action de son doigt divin. Aujourd’hui, nous devons bénir la divine Providence qui, pour accomplir de si grands desseins, se ‘ sert de moyens si impropres. En effet, comme Dieu ‘est tout-puissant, il a voulu triompher, malgré la ‘# faiblesse et l’indignité, afin que tout dans cette œuvre ‘ pût tourner à sa plus grande gloire.
‘* Maintenant, j'ai un mot à dire à ces bons enfants Fe qui ont bien voulu contribuer à la grande œuvre de ‘ l'évêché. Je les remercie de tout mon cœur, comme : ‘# je remercie les messieurs du Séminaire, de la con- ‘“ tribution qu’ils viennent de déposer entre mes mains. ‘* Je connais les écoliers; je sais qu’ils n’ont pas de "‘* grands moyens à leur disposition. Ils ont un grand ‘ cœur, ils ont de la bonne volonté; ils donneraient ‘* beaucoup, mais leurs bourses sont moins grandes
que leur cœur. Je vois votre bon vouloir peint sur vos figures, je le vois dans votre offrande ; je la reçois en vous bénissant et en priant Dieu de vous la rendre au centuple.
‘ Pendant que nous sommes assemblés et qu’il est question d’un service important à rendre au diocèse, permettez-moi d'ajouter une réflexion. A l’heure qu’il est, pour secourir l’évêché, qui se trouve dans une position bien pénible, vous ne pouvez apporter beaucoup par vos modestes offrandes, quoiqu'elles soient cependant bien acceptables. Mais la pensée qui me pénètre en considérant tout ce qui s’est fait à Ste-Thérèse, en vous voyant à l’œuvre, mes bons enfants, c’est que le diocèse peut attendre de cet établissement, un secours bien puissant, secours qui vaut mieux que l’oret l'argent. Ce séminaire doit être une mine inépuisable qu’il faut exploiter à l'honneur de
‘* Dieu et à l’avantage de la religion. La bonne vo-
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