‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 28 sur 122 · LS LS · texte numérisé non relu

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c’est un bœuf, mais un bœuf dont les mugissements seront entendus par toute l'Eglise.»

‘ Mes enfants, revenons à notre légende. Longtemps Albert fit l’admiration de son siècle; le peuple en foule se pressait autour de sa chaire, et ses sermons produisaient toujours les résultats les plus salutaires. Un jour, dans sa vieillesse, comme il prêchait à Cologne, voyant l’immense auditoire qui était venu l'entendre, il ne put se défendre d’un sentiment de vaine complaisance. Arrivé en chaire, la mémoire lui fait complètement défaut, il ne peut trouver une seule idée, une seule parole. Alors, avec humilité, il raconte à ses auditeurs la pensée de vanité à laquelle il venait de succomber, et l'apparition qu’il avait eue autrefois dans sa jeunesse. La sainte Vierge lui avait dit: ‘Je vous donne la science, mais du moment que vous la ferez servir à votre amourpropre, je vous la retirerez.” Albert rentra dans l'obscurité du cloître, il passa les quelques mois qui Jui restaient à vivre, dans l'exercice de la prière et dans Îles pratiques de la mortification, préparant ainsi sa mort prochaine, qui fut précieuse devant le Seigneur.

‘ Apprenez de là, mes enfants, à ne pas vous enorgueillir de vos talents ; apprenez à mettre vos études

<< sous la protection de Marie. Il pourrait se faire que

vous aussi seriez tentés de vous décourager; mais rappelez-vous Albert le Grand qui, par sa prière, obtint de Marie une science éminente. Croyez que par la prière, par l'application, par la pratique des vertus, et surtout de celles qui conviennent à votre âge, croyez, dis-je, que vous arriverez à votre fin. Ce séminaire sera pour vous l’école du bienheureux Thomas et du bienheureux Albert. Thomas sera votre condisciple, Albert, votre professeur.

‘€ Mais j'ai été trop long. Vous attendiez de moi, comme vous l’avez dit dans votre adresse, quelques paroles, les voici dans toute la sincérité de mon âme. Gravez-les dans votre cœur pour que toujours vous soyez de saints enfants, de saints écoliers, des jeunes

‘‘ gens de bénédiction ; pour que vous puissiez mar- ‘ cher à grands pas dans la pratique de toutes les ver- ‘ tus et aussi dans les sentiers de la science. En effet, ‘ilne suflit pas d’être saint; il faut être savant. ‘ Sainte Thérèse, patronne de cette paroisse, recom- ‘‘ mande instamment la science et désire absolument ‘ que les ministres des autels soient savants. Par con- ‘ séquent, il ne faut pas se contenter d’être bon, dévot, ‘“ pieux; mais il faut aussi entrer dans les vues de l’E- ‘ glise en travaillant à s’avancer dans la science comme ‘* dans la vertu.”

Monseigneur s’apprêtait à partir, lorsque M. Télesphore Lord, élève de philosophie, s’avança au pied du trône et lui lut l’ode que voici :

D'un long épiscopat déposant le fardeau,

A son nouveau pasteur il léguait ce troupeau, Objet de toute sa tendresse ;

Et de nous, dans son cœur, gardant le souvenir,

Glorieux du passé, sans craindre l'avenir, Calme, il reposait sa vieillesse.

Bien souvent, recueilli sous les chênes ombreux,

On le voyait debout près des flots écumeux Evoquant sa longue carrière ;

Et l'aile de la brise à travers les rameaux

Nous apportait plaintif, avec le bruit des eaux, Le murmure d’une prière.

Tel que l’astre du jour, paisible, radieux, Colore en s’inclinant et la terre et les cieux D'un reflet de pourpre et d’aurore, Plus calme et plus serein que la fin d’un beau jour, Sur ses enfants chéris, du fond de son séjour, Il versait sa lumière encore.

Fleuve qui fais mugir ton cours blanchi d'écume,

‘ Sault” bruyant à travers les brouillards de la brume ; Domiuant le bruit de tes flots,

Naguères, une voix a vibré sur ta rive,

Et portant dans les cœurs une allégresse vive, A réveillé partout d’indicibles échos.

Au son de cette voix si tendrement connue

Uu uoble enthousiasme enivre l'âme émue Et fait vibrer le cœur ;

Chacun désire entendre et contempler encore

Cet illustre prélat que tout un peuple honore,

L'idéal iei-bas d’un père et d'un pasteur.

Ah ! que de souvenirs en notre âme attendrie Evoque le passé. ... Sublime rêverie !

Ces travaux glorieux, Ce tendre dévoueinent, ces nombreux sacrifices, Ces temples radieux, ces vastes édifices Aux accents de sa voix passent devant nos veux...

Vous souvient-il des jours où l’esprit de l’abime, Par l’abus des liqueurs de feu,

Semblait se déchainer pour fomenter le crime Et souffler le trouble en tout lieu ?

Fidèle protecteur de la morale austère,

On le vit se lever menaçant, irrité,

Mais toujours allier à la douceur d'un père Une invincible fermeté.

Vous souvient-il des jours où, pasteur magnanime, Pour guider les pas égarés D'uue faible brebis, par un zèle sublime Il fondait des séjours sacrés ?

Et vous dont le destin a fait la vie amère, Enfants abandonnés au bord de vos berceaux, Bénissez à jamais ce pontife, ce père Qui donne un asile à vos maux!

Vous souvient-il des jours où de fausses doctrines, Spectres aux trompeuses clartés,

Semaieut avec l'erreur un germe de ruines Sur nos bords surpris, agités ?

Alors tel qu’un pilote en face d’un orage,

Perçant de l'avenir les sombres horizous,

Il voit, frappe l'erreur, dissipe le nuage, Et la paix verse ses rayons.

Enfin vons le voyez, en son noble courage, De l'hiver bravaut le courroux, Affronter les labeurs d’un pénible voyage Qui le ramène parmi nous... ...

O vents, noirs aquilons, retenez votre haleine,

Hiver, suspends ton cours et tes froids inconstants ; Soleil, devant ses pas fais reverdir la plaine Et renaitre le doux printemps.

* + * Collège, doux séjour, riante solitude, Foyer où se nourrit, dans la paix de l'étude, L'amour de la patrie et l'amour de l'autel ; Bien des aus sont passés sur ta vaste toiture, Et toujours dans les flots d'une lumière pure Je te vois resplendir comme un phare immortel.

Que d'hommes sont venus se former sous ton ombre ! Regarde au loin briller ta famille sans nombre ; Pendant qu'un des aînés, au sommet de l'honneur, Reflète sur son front l'éclat dn diadème,

D'autres vont annoncer la vérité suprème

Aux peuples endormis dans la nuit de l'erreur.

C'est toi qui sus guider les pas de mon jeune âge ; Sept fois J'ai vu l'été te couronner d'ombrage,

La feuille revêtir ton bois mystérieux.

Que de fois du lieu saint écoutant le murmure J'entendis bourdonner à travers la ramure

Des concerts enchantés qui rappellent les cieux.

Et puis, je méditais en uue paix profonde ; Et comparant ce calme aux orages du monde, Je rendais gràce au ciel pour un si grand bonheur. Aujourd’hui, m'unissant à mes amis d'enfance, J'apporte le tribut de ma reconnaissance

A tes pieds, ‘* second fondateur.”

Tu reviens dans ces murs, illustre octogénaire,

Tu viens revuir, bénir encor ce séminaire

Qu'autrefois tu comblas de bienfaits, de faveurs.

Vois! comme avec transport notre heureuse jeunesse

A longs flots vient t'otfrir les vœux de sa tendresse : A toi, l'hommage de nos cœurs!

Adieu ! noble vieillard ! puisse la solitude

Te donner ici-bas ce calme qui prélude

A l'infini bonheur acquis par tes bienfaits.

O temps, suspeuds ton vol; et respectant sa vie, Que l’astre des longs jours sur sa tête blanchie Verse longtemps encor sa lumière et sa paix.

Monseigneur voulut bien reconnaitre l'attention du jeune poète par ces gracieuses paroles : ‘ Merci pour ‘6 la poésie, plutôt pour la mélodie que vous venez de ‘ nous faire entendre. La poésie est toujours agréable, ‘ elle aime tant à enjoliver les faits ; je suis sensible à ‘ tout ce que vous venez de dire. Certes, j'étais bien éloigné de croire qu’un jour je serais l’objet d’un ‘ chant lyrique, tant je m’eu sens indigne. Vous avez ‘ peut-être exagéré, mais enfin, telle qu’elle est, j’accepte votre poésie, parce que vous l'offrez de bonne ‘€ foi. Que Dieu soit loué !”’—Monseigneur sortil aux sons joyeux de la fanfare, laissant tout le monde sous le charme de ses paroles si pleines de bienveillance, d’humilité et d’onction.

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