LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS ET LE DIRECTEUR
LOUIS (devenant piteux).
M. le Directeur, je m'en allais à votre chambre. Notre homme est arrivé. Excusez si je me suis habillé avant de vous voir; c'était pour m'épargner la peine et la fatigue de plusieurs voyages de l’infirmerie à votre chambre et de votre chambre à l’infirmerie. Vous m'avez dit ce matin que vous n’aviez pas d'objection à me laisser partir, si le docteur le jugeait à propos ; le docteur m'a laissé comprendre qu’il allait vous parler dans ce sens, et quand il est parti, il a pris la peine de venir me dire à la porte de l'infirmerie que tout était arrangé.
LE DIRECTEUR
C'est bien, déshabillez-vous. Vous allez immédiatement vous rendre à l'étude. Cet après-midi vous irez en classe, puis vous continuerez à suivre la communauté.
LOUIS
Monsieur...
Nous connaissons quelle est votre maladie. Vous avez agi avec nous d’une manière bien indigne. Plus tard, nous règlerons cette affaire et nous verrons comment en agir avec vous. (J/ sort).
DIALOGUE IX
LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS
LOUIS (se promenant).
Nacrébatan, en voilà une affaire !..... en classe cet après-midi... Demain en classe... Toujours en classe... Adieu, jour de l'an... Adieu, beaux jours de miel... Hélas ! si près de réussir... C’est indi-
gne de se faire arrêter au moment de partir.
| AUGUSTE
Triste dénouement, mon pauvre Louis, dénouement bien triste.
LOUIS
Oui; triste, triste à pleurer avec des larmes de sang... se faire arrêter au moment de partir. AUGUSTE.
C'est le bon Dieu qui l’a permis, il finit toujours par punir la fourberie et le mensonge ; jamais les mauvais moyens ne conduisent à une bonne fin.
Va-t-en au balai avec tes sermous.
AUGUSTE
As-tu été heureux ? pas du tout ; seulement tu t'es rempli la tête de belles chimères. Et maintenant te voilà malheureux, en réalité, et d'autant plus que tu as bâti de plus beaux châteaux en Espagne.
LOUIS
Les vrais amis sont rares ; aussitôt que vous êtes tombé dans le malheur, c’est à qui vous donnera le coup de pied de l’âne.
AUGUSTE
Je ne veux pas insulter à ta décontiture, mon cher Louis ; seulement, je voudrais que la lecon te profitt.
LOUIS
Se faire arrêter au moment de partir !
AUGUSTE
Te voici devenu la risée de tes confrères ; ils vont te demander : ‘Comment es-tu, Louis ? le voyage a bien été, beaucoup de plaisir ? tout le monde se porte bien
à Ste-Geneviève ? ”......
LOUIS
C’est indigne de se faire arrêter au moment de partir. AUGUSTE.
Tu vas te trouver en arrière dans tes classes ; tu ne comprendras plus rien ; quelle misère ! Se faire arrêter au moment de partir ! ….
AUGUSTE
Puis, il n’y a pas de doute, une bonne punition t'attend.
LOUIS
La punition, s’il n’y a que cela, je m’en moque.
AUGUSTE
Et ta pauvre mère, quel chagrin ne lui causes-tu pas ? comme elle va pleurer en apprenant que tu es un fourbe, que tu perds ton temps, que tu ne tiens pas compte de leurs soins, que tu agis en ingrat Qu’astu à dire à cela ?
LOUIS
Je dis... ce que j'ai à dire ? j'ai à dire .…. je dis ..…... que c’est indigne de se faire arrêter au moment
de partir.
FRANÇOIS (en secouant Louis).
Es-tu fou, Louis, avec ton ‘‘se faire arrêter au moment de partir.” Ecoute donc Auguste, qui te dit de si bonnes choses.
LOUIS
Je l'écoute aussi.
FRANÇOIS
Ça ne parait guère.
Il dit que je vais être la risée de mes confrères, que je me trouverai en arrière dans ma classe, que je fais de la peine à mes parents, que je vais être puni.
FRANÇOIS
Eh bien !
LOUIS
Ce n'est que trop vrai. Encore une fois, la punition ne me fait rien, je ne l’ai pas volée. Mais, ce qui me fait le plus de peine, c’est de perdre la confiance du Directeur qui a toujours été si bon pour moi. Maintenant, il va toujours se tenir sur ses gardes, il ne me
croira plus, il va toujours se dire : peut-être Louis essaie-t-il de me tromper.
FRANÇOIS
Va le trouver et dis-lui que tu promets de mieux
faire à l’avenir.
LOUIS
Je le lui ai déjà promis tant de fois, et toujours j'ai manqué à ma promesse. Quand je pense à cela, la vie du collège me devient insupportable.
AUGUSTE
A tout péché, miséricorde, Louis. Prends une forte résolution, et par âne conduite ferme, franche et ouverte, gagne cette confiance que tu as perdue. (José entre).
DIALOGUE xX.
LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS E* JOSÉ
JOSÉ
Vite, M. Louis, la voiture vous attend.
LOUIS
Je ne m'en vais pas, je reste.
JOSÉ
Certes, vous avez changé d'opinion bien vite; vous badinez ?
LOUIS
Hélas ! non, je ne badine pas. Je voulais aller faire un iour à la maison, j'ai feint la maladie, le Directeur a tout découvert, il m'a signifié de rester. Ah! je t'en prie, mon cher José, ne dis rien de tout cela à mon père, ne dis rien à ma mère.
JOSÉ
Mais ils verront bien, sans que je leur dise, que vous n’êtes pas avec moi.
LOUIS
Tu pourras leur dire que jè suis mieux, et que je préfère achever de me rétablir au collège.
JOSÉ
Je me doutais qu’il y avait feuque chase là-dessous. LOUIS.
Ah ! si j'avais su, j'aurais bien continué d'aller en classe, à l'étude ; je n'aurais jamaig mis le pied dans
cette misérable infirmerie ; jamais*je ne me serai laissé attaquer par cette ee du ‘‘ jour de l’an, ” et aujourd’hui je ne serais pas sous le poids de cette confusion qui m'accable. (// sort).
FRANÇOIS
Et il n’aurait pas été à la peine de se faire arrêter au moment de partir. (Auguste et François sortent). JOSÉ.
Et pis, ilou, aussi, ma pauvre Fadée, et pis moi, de faire un voyage blanc.