LE PORTIER
Il y a quelqu'un au parloir qui désire voir monsieur Louis.
LOUIS
Dites-lui qu’il entre. (Le portier sort).
DIALOGUE V
LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS
LOUIS
C'est José, bien sûr ; c’est José qui vient me chercher.
Si c'était ta laveuse ?
LOUIS
Ma laveuse ?
FRANÇOIS
Oui.
LOUIS
Il a dit quelqu'un ; il n’a pas dit quelqu'une. Elle n’a pas d'affaire à venir aujourd’hui, je ne veux pas qu’elle vienne. C'est bien José. (José entre).
DIALOGUE VI
LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS ET JOSÉ
LOUIS
Ah! je savais bien que je disais bien! Que le bon Dieu te bénisse, mon bon José ; tu viens me chercher ?
JOSÉ
Oui, M. Louis ; comment vous comportez-vous ?
LOUIS
Comme ça, José ; à la maison, papa est bien, maman, Adéline ?
JOSÉ
Très bien, je vous remercie ; mais ils s’attendent à vous voir arriver bien faible.
Deo gratias : toute la famille est en bonne santé. Vite, José, il faut partir.
JOSÉ
Oui ; mais on a reçu une lettre qui jasait finement, où il y avait d’écrit que vous étiez bien bas. LOUIS.
Je suis mieux. Va préparer ta voiture, pour qu'on parte dans cinq minutes.
JOSE
Oui, mais on disait que vous gardiez le lit, que vous ne pouviez vous remuer le petit doigt.
LOUIS
Je suis sorti du lit. Va tout de suite chercher ton cheval et ta voiture.
JOSÉ
Oui; mais votre pauvre mère est bien chagrine ; elle ne fait que pleurer du matin jusqu’au soir.
LOUIS
Hâtons-nous d’aller la consoler. Emporte cette valise et va chercher ta voiture.
JOSÉ
Oui; mais je pensais que je serais obligé de vous
porter dans mes bras, comme autrefois, quand vous étiez tout petit, pas plus grand que ça.
LOUIS
Ecoute donc, José, vas-tu te remuer ? Faut-il que je me fâche ? Va chercher ion cheval tout de suite, immédiatement, vite, entends-tu ?
JOSÉ
Y pensez-vous, M. Louis, il faut que ma pauvre bête mange; j'aimerais mieux me passer de diner que la voir marcher toute la journée à jeun. Un cheval, ça mange, ce n’est pas comme un ran-role.
LOUIS
Il mangera à Ste-Rose ; ce n’est pas si loin, il n’en mourra pas. Car il faut partir tout de suite, j’ai mes raisons.
JOSÉ
Et moi qui suis parti sans déjeuner, ce matin, tant je me pressais ! j’ai le bedon creux.
LOUIS
Tu dineras à Ste-Rose ; jette ferai faire une bonne omelette, à la table des messieurs; nous prendrons chacun un bon coup de vin qui nous réchauffera.
JOSÉ
Moi, j'aime mieux le whiskey.
LOUIS
C’est bon, tu prendras du whiskey.
JOSÉ
(A por. Saperlotte ! un bon coup de whiskey ! ça en vaut la peine.—(/Æaul). Je suis prêt à partir, puisque vous le voulez absolument. Il faut emporter ce coffre là ?
LOUIS
Oui. Tu étendras un lit au fond de la voiture. JOSÉ.
Pourquoi donc ?
LOUIS
Pour me coucher.
JOSÉ
Assoyez-vous donc plutôt à côté de moi. On jasera et le chemin paraîtra moins long.
LOUIS
Je m'assiérai à Ste-Rose.
JOSÉ
Ah !‘il paraît qu’à Ste-Rose, c’est le busque ; ça doit être une grande sainte. (Cependant Louis s’est habillé, José sort avec la valise).
DIALOGUE VII
LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS
Maintenant, mes chers amis, je vais vous souhaiter le bonjour, il faut que je passe par la chambre du Directeur pour l’avertir. Eh bien ! adieu, Auguste, bonne année ; ne vous ennuyez pas trop au jour de l’an.
AUGUSTE
Porte-toi bien, mon pauvre Louis.
LOUIS
Adieu, mon petit François! prends ton mal en patience.
FRANÇOIS
Beaucoup de plaisir ! tâche de te rétablir.
AUGUSTE
Bien des compliments chez vous.
LOUIS
Merci. Adieu collège, grands murs sombres ; adieu, français, anglais, grec et latin ; adieu, thèmes, versions, compositions ; au revoir au plus tard.
Quand je pense que dans un quart d’heure je serai hors les murs du collège, que Je volerai à travers les champs, que je respirerai à pleins poumons l'air vif et pur, que ce soir je serai au doux chez nous, home, sweet home, there is no place like home ; le cœur me saute, me tressaille, me bondit; hip! hip! vive la joie !
Viv'le grand air d'la liberté, J'suis plus témoin, j'suis acquitté, Dig, diguedon, doudaine,
Dig, diguedon, dondai.
(Le Directeur entre).
DIALOGUE VIII