JULES, FÉLIX ET CHARLES
Juces.— Depuis qu'il est rumeur qu'il a l'intention de se faire le gendre de mon père, le futur beau-père rafole de Jean Rivard,
Féux.— Je gage que c'est Rivard qui lui met dans la tête l'idée de coloniser.
Cuanzes,— Il ne saurait faire mieux: vive les colons !
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JuLEs.— Comme tu e;: revenu content ! comme tu es radieux !
Féuix.— Aurais-tu fait, par hasard, dans le cours de ton expédition, la rencontre de quelque jolie blonde ?
CHaRLes.— Oh! bien mieux que cela.
Juces.—Comment donc? conte nous cela, mais vite. CuarLes.— Eh bien, je suis devenu propriétaire.
Juces.—Ah! ah!
Féuix.— Propriétaire ?
CHarLes.—Oui, j'ai maintenant à moi en pleine propriété, sans
aucune redevance quelconque, sans lots ni rentes, un magnifique lopin de cent acres de terre.
FéLix. —Oui, de terre en bois debout; on connait cela.
Juues.—La belle affaire, comme si chacun ne pouvait en avoir autant.
Féuix.—Dis donc, Charles, est-ce que celui qui t'a vendu ce magnifique lopin de terre s'engage à le défricher ? CuarLes.—Nullement, je prétends bien le détricher moi-même.
Juzes.— Oh! oh! quelle belle spéculation! mais sais-tu, Charles, que te voila devenu riche ? cent arpents de terre..... à bois. Mais, c'est un magnifique établissement.
Féux.—Si tu te laisses mourir de froid, ce ne sera pas au moins faute de combustible.
JULES.—A ta place je me ferais commerçant de bois.
CHanLes.—Riez taut que vous voudrez, mais retenez bien ce que je vais vous dire: j'ai vingt et un ans et je suis pauvre; à trente aus, je serai riche, plus riche que mon père ne l’est ici. Ce que vous appelez par ironie un magnifique établissement vaut à peine vingt-cinq louis aujourd'hui, il en vaudra deux mille alors.
Juues.—Et avec quoi obtiendras-tu ce beau résultat ?
Cuances.—(Montrant ses deux bras) avec cela.
Juues.—C'est bien, je t'en souhaite,
Férix.— A propos, Pierre Gagnon est descendu avec Jean Rivard ?
CHanLes.—Oui,
Féux.—1l est toujours le mème ?
CHarLes.— Toujours d'une gaité intarissable.
Féuix.— 11 a toujours ses propos comiques et son gros rire jovial ?
Cuanues,—Toujours. 11 s'endort le soir en badinant, et il se réveille le matin en chantant.
JuLEs,—11 ne s'est pas trop ennuyé au fond de ces bois ?
CuanLes, — S'ennuyer % mais savez-vous bien ne ces gens-là
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ont plus de plaisir par là que nous autres par ici? Le soir, après leurs travaux, ils se réunissent cinq ou six dans un chantier, et ils s'amusent comme des bossus. C'est un feu roulant d'histoires et de chansons à n’en plus finir. Ces gens-là, voyez-vous, ont l'espérance au cœur, ils ont l'assurance du succès, ils ne sont pas écrasés, comme nous, par un travail stérile et inutile. Le dernier soir surtout que j'ai passé au Nominingue, Pierre nous a fait rire à nous en tenir les côtés.
Féuix. —Qu'est-ce qu’il vous contait donc de si drôle ?
CHanLes.—Cinquante folies que j'ai oubliées, entre autre l'éloge funèbre de Michel Morin, bedeau de l’église de Beauport.
Juues.—Chut! voici M. Drinkwater.
Féuix.—M, Drinkwater ?
CHarLes.—Oh! l'imposteur, je voudrais le voir à cent lieues. (Boileau entre).