‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 84 sur 122 · SCÈNE IV, JULES, FÉLIX , BOISVERT £T LEBRUN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV, JULES, FÉLIX , BOISVERT £T LEBRUN

BoisvenT, — Jules, viens-tu avec nous ? j'ai fait une découverte,

JuLES,—A6s-tu trouvé une nouvelle mine ?

BoisventT,—Non.

Juses.—TLe moyen de faire de l'or ?

BoisvenT.—Ce n'est pas cela.

Juces, —Du diamant, du rubis ?

Boisvenr.—Mieux encore... le moyen d'en boire, du rubis... liquide .. fondu... perlé.... parfumé !

JuLEs, — Vraiment, où donc ?

BoisventT.—Tiens, en tournant la ruelle à gauche, puis à droite, il y a un enfoncement.

JuLes. —Oui, eh bien ?

BoisvenT.—Eh bien, dans cet enfoncement, il y a un cantinier. I vous à nn rum ! que dis-je un rum, un sirop! un miel! et quel miel! Sa taverne s'appelle: ‘* L'antre du cheval noir." Viens-tu ?

JuLEs.—Non.

Lesrun.—Viens donc. Drinkwater y est déjà rendu, il y fait des siennes, il est si drôle ?... Nous aurons du plaisir. Viens.

Féux (à part).—Drinkwater ici !

JuLes.—C'est inutile de me prier ; je vous l'ai dit, je reste.

LéBruN.—C'est vrai, il a peur de perdre son âme.

Juues.—Ce ne serait pas si mal, après tout. Du reste, ces buvettes ne font pas seulement du mal à l'âme, elles consaument notre travail et nos épargnes en partis de cabaret.

LEBRUN, —Bon, le voilà qui tourne à l'avarice.

Juues.— Que penserais-tu, Lebrun, d’un maçon qui toute la semaine, se fatiguerait à élever les murs d'un édifice et qui, le

dimanche et le Inndi, renverserait son ouvrage de fond en comble ?

LEBRUN, —Je dirais que c'est un fou.

Jues.—C'est pourtant ce que tu fais. Pendant cinq jours, tu élèves ton avoir de quelques dollars, et, le dimanche et le lundi, tu manges ce que tu as péniblement gagné par les sueurs d'une semaine.

Lesrux.—Je le bois aussi,

Juuxs,—Combien as-tu dépensé depuis le matin ”? LEBRUN. — Un écu.

Juues.—Et hier dimanche ?

LEBnun. —Une piastre.

Juixs.—CGela fait neuf francs, et une piastre et demie que tu

aurais dû gagner aujourd'hui lundi: voilà trois piastres que tu as perdues, N'en est-il pas ainsi toutes les semaines ?

Lenaun. —Oui! à peu près,

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Juues.— Eh bien! à cinquante-deux semaines, tu as dépeusé inutilement au bout de l'année cent cinquante-six piastres. (ie n'est pas tout. Chaque matin tu prends un petit verre de dix sous, soit trois cent-soixante et cinq jours, cela fait trente-six piastres et cinquante centins ; ajoutons-y les ceut cinquante-six piastres, total cent quatre-vingt-douze piastres et cinquante centins.

BoisverT. —Tu nous fais un compte rond

Juues.—Encore je ne compte pas les extra, les coups pardessus le marché, les traites à un ami, Ainsi, buveurs, vous mangez mal, vous avez à peine une chemise, vous ne payez pas vos dettes, vous n'avez plus de crédit, tandis qu'il y a longtemps que vous devriez avoir de l'arzent à la banque.

BoisverT.-—Mon cher Jules, que veux-tu qu'un mineur économise ! c'est si peu de chose.

Juues.—Ce n'est pas si peu de chose, puisque, avec les éconoinies que vous lui apporterez, l’aubergiste du Cheval Noër, avant deux aus, aura fait sa fortune ; oui, je le répète, aura fait une fortune, vous verrez.

BoisverT.— Peut-être,

Juces.—Mon cher Boisvert, si des deux cents piastres que tu dépenses inutilement, tu mettais seulement la moitié de côté, à quarante ans, tu aurais au moins mille francs de rente.

LEBRUN. —Tant pis, moi, je veux jouir de la vie.

Juces.—Est-ce jouir de la vie que de l'abréger ? non, peu jouir et souffrir beaucoup, c'est la vie du buveur.

Lesrux.—Le vin, le brandy, le wiskav, le rum, c'est ce qui réjouit le cœur de l'homme.

Juues.—** Celui qui vit dans le vin, mourra dans l'eau,” dit le proverbe.

LEBRUN, —Peste du proverbe ! j'ai soif, moi, et je bois, (Bossvert et Lebrun sortent .\

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