JULES ET FÉLIX
Juues.—Je suis dégoûté de ces scènes d’horreurs. Féux.—C'est hideux.
JuLEs. —Quand on pense que cela se répète tous les jours.
Féuix.—Quelle différence avec les amusements tranquilles de nos paisibles campagnes du Canada.
Juues.—Oui, heureux pays! heureux habitants! pourquoi ne faut-il comprendre ce bonheur que quaud on l’a perdu !
Féux.—Dire combien je me suis ennuyé, c'est impossible.
Juees.—Moi aussi ; le dimanche surtout me pèse sur le cœur, l’isolernent m'écrase.
Féuix.—Que de fois, l'hiver, j'ai regretté ces belles promenades que nous faisions en cariole chez les amis, avec le beau cheval noir, pendu: «ur les guides : ough ! ough ! tout le monde se jetait aux fenêtres en disant : ‘‘ venez voir les petits Blainville, les petits Blainville qûi passent.”
Juues.—Que de fois par la pensée, je me suis transporté à l'église de Ste-Thérèse ; j'y vois la vaste nef remplie d'un peuple nombreux ; je puis les nommer tous par leur nom. Je vois dans le chœur tout le collège en surplis.
Féuix.—Et M. le curé en chair qui tonne.
Jues.—Et puis, quel beau chant ! Au sortir de l'église, on se trouve au milieu de toute cette population unie comme une seule et grande famille, entouré d'amis se serrant la main, qui, tout en fumant la pipe, s'enquièrent de la santé des absents.
Féuix.—1l me semble entendre le son des clochettes suspendues au poitrail des centaines de chevaux qui reprennent gaiement le chemin de la demeure.
Juks.—Ou bien le soir, le joyeux carillon des cloches sonnant
* l'Angelus.
Fésix.—Ce pauvre père! cette chère mère ! et nos frères ! et
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nos sœurs ! leur pensée ne me quitte pas, leur image me suit partout.
Juues.—De leur côté, comme ils doivent parler souvent de nous, le soir, au coin du feu,
Féuix. —Es-tu resté en correspondance avec eux ?
JuLEs, — Oui, Charles m'écrit une couple de fois par année. Mais ils se plaignent de toi ; il paraît que tu ne leur donnes pas de tes nouvelles.
Féuix.—C'est vrai. Dans les commencements j'ai été négligent ; puis j'ai eu honte de rompre le silence ; je n'avais que de mauvaises nouvelles à leur envoyer. Sont-ils contents d'être rendus à la Rouge ?
Juces.—Très contents ; et ils réussissent très bien, J'ai sur moi plusieurs lettres de Charles, de Papa, de Jean Rivard. Je les conserve comme un trésor; de temps en temps je les relis, et cette lecture me console et m'encourage.
Féux.—Lis-m'en donc quelques-unes. Il y a si longtemps que je n'ai entendu les échos du pays et les voix de la famille.
Juces.—Avec plaisir, (On frappe à la porte.) Bon! Est-ce fatiguant un peu? Encore quelqu'un qui vient nous déranger, — Entrez. (Short entre.)