‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 86 sur 122 · JULES, FÉLIX, BOILEAU, BOISVERT ET LEBRUN · texte numérisé non relu

JULES, FÉLIX, BOILEAU, BOISVERT ET LEBRUN

BoinEau.—Vi,,, vive le pay... pays du 99... go a-head ! Boisvenr.—Assis-toi là, et tais toi.

Boinkau.— tit de la ci... civilisation.

LEBRUN. —Tais-toi, entends-tu ?

Fécix (à part), —Ah! l'infâme! le misérable ! Boisvenr.—Ce pauvre Drinkwater, va, l'a échappé bel.

JuLes.—Comment ?

Boisvenr.—Il a manqué d'être pendu.

Juces.—Et pourquoi donc ?

Boisverr.—Ils étaient à boire après-midi, une bande de gaillards, à la taverne du Cheval Noir ; un verre n'attendait pas l’autre ; ‘‘ A ta santé, Drinkwater, à la tienne.... à la nôtre.” Bob tituba le premier, Drinkwater le suivit et roula sous la table, les autres se tenaient à peine sur leurs pieds. ‘‘ A-t-on jamais vu un Drinkwater pareil ? Ça ne sait pas porter un verre de brandy ; le visage, il mérite d'être pendu.—Tiens, disent les autres, c’est une idée, pendons Drinkwater.”” Aussitôt dit, anssitôt fait. Le malheureux fut attaché par sa cravate à une poutre. Il râlait déjà et la langue lui sortait d’un demi-pied, quand nous arrivèmes fort à propos pour le décrocher.

LEBRUN.— 11 s'est aplati le nez en tombant, il a saigné comme un bœuf.

JuLes.—C'est encore en ètre quitte à bon marché.

Féuix.— Vous auriez bien dû le laisser pendre,

Boisverr. — Vous êtes sévère, monsieur.

FéLix.—Je ne le suis pas.

Boisverr.—Et pourquoi le laisser pendre ?

Fé&uix.—Pour expier son crime.

BoisverT. —Quel crime ?

Féux.—Celni d'avoir jeté dans la misère tant de pauvres familles canadiennes,

Boisvenr.—Où cela ?

FéLix.—Au Massachusetts.

BoisverT.— Ah! monsieur vient du Massachusetts ?—Jules, tu ne nous avais pas dit cela.

JuLes.—Oui, c'est le frère dont je vous ai déjà parlé ; il travaillait dans les manufactures.

BoisveRT.—Très heureux, monsieur, de faire votre connaissance.

Féuix.—Moi pareillement.

BoizEau.—Encore un pe... petit coup! vi... vive le yo... go-a-head !

Juues.— Voyez, mes amis, dans quel état réduit la boisson. Après cela, vous avez le conrage de fréquenter les tavernes !

LEBRUN. —Que veux-tu ? il faut bien faire comine les autres.

Juues.—Si les autres font mal, ce n'est pas nne raison pour se jeter à leur suite dans le précipice.

LEerruN.—Le wiskey est si bon.

Juues.—Le feu est bon aussi ; néanmoins si vous vous chaufYez trop, vous brûlerez.

LeBruN.—Mais un petit verre dans ces froides montagnes, cela réchauffe.

Jeces.—Cela brûle, te dis-je; approche une allumette de ton petit verre, et tu verras coinme il brûlera. Eh! bien, ta baisson, ton eau de vie, que l’on devrait plutôt appeler eau de mort, brûle de même les organes où elle pénètre.

Féuix.—Cela n’a rien d'étonnant ; car si d'énormes machines à vapeur en fer s’usent si vite sous l’action de l'eau chauile, combien plus les organes de l’homme, formés des tissus les plus délicats, seront-ils rongés par le feu du rum et des boissons alcooliques. L'estomac s'irrite de liquides aussi violents, c'est tout simple, et vous prenez cette irritation pour de la chaleur ?

BoisverT. — C'est possible, monsieur, c'est possible. Cependant, de temps en temps, un petit verre de liqueur, cela ne peut pas faire de mal,

Jures.—Toujours il vous en fera, seriez-vous Samson en personne. Le rum contient du cuivre. On ajoute à l'absinthe du vitriol bleu : un chien tomberait épileptique si on lui en faisait avaler une cuillerée. Toutes les liqueurs contiennent plus ou moins de sel de mercure ; l’alcooi est un poison moins violent. mais au même titre que la strychnine ou l'arsenie.

BoisverT. —Oh! oh! c'est un peu fort.

DRiNKWATER.—Tiens, voi... voilà mon chan.... chandelier, il faut que.... que je l'al.... l'allume. (/2 fait semblant de l'allumer à la lune qui éclaire par la fenétre.)

BoisverT. —Le fou! le voilà qu'il essaie d'allumer sa chandelle à la clarté de la lune.

BoiLeau (montant sur une chaise), — C'te lune.... à quoi... que.... ça sert.... la lune.... Pas ca.... capable d’al.... d’allumer la chan.... chandelle, (74 tombe de sa chaise et roule par terre ; Boisvert et Lebrun le relèvent.)

Juces.—N'est-ce pas une pitié ?

Boineau. — Voici le diable,.,, je le vois.,.., il roule, il roule dans les abimes de l'éternité..., il tombe.... tombe... tombe toujours.

Féuix.—Le voilà tombé, lui, dans le délire,

LerBRUN.— Oui, le delirium tremens.

Boinkau.— Arrière, grand diable rouge, c'est tai le démon du vin... ce balafré, c'est ie rum... cet autre à la face verte, c’est

le brandy... ils m'enlacent... ils m’entrainent... non... je ne veux pas danser... voulez-vous me laisser ?

Féuix. — Allez le coucher, je vous en prie, je ne puis supporter plus iongtemps ce spectacle.

Boizkau.—Oh! l'affreux monstre, avec ses yenx jaunes, ses ailes d’étain, ses griffes de feu... C’est le démon de l'eau de vie. Oh! il me brûle, il m'ouvre la poitrine....il me mange le cœur.... à moi!... à moi!...

BoisvenT.—N'aie pas peur, viens avec nous, nous allons te défendre. ( Boïsvert et Lebrun entrainent Boileau dans une chambre.)

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