SCÈNE XI
JULES, FÉLIX, HECTOR et AMÉDÉE. ê
Juues.—Mes enfants, récitez, pour monsieur, votre petite pièce de vers sur la colonisation. Voyons, mettez-vous là. Parlez fort et lentement. —Commencez.
HecrTor.
Loin de vos vieux parents, phalange dispersée,
O jeunes Canadiens, qu'une fièvre insensée Entarine loin de nous aux régions de l'or, Avez-vous bien compris ce grand mot: la patrie ? Ce ciel que vous quittez pour une folie envie,
Ce ciel du Canada, le verrez-vous encor ?
AMÉDÉE
Quand vous auriez de l’or les faveurs adorées,
Ces biens rempliraient-ils vos àmes altérées ?
Car l’homme ne vit pas seulement d’un vil pain, C’est un Dieu qui l’a dit. Cette sainte parole,
Dans les maux d’ici-bas nous calme et nous console, Et d’un séjour plus pur nous moutre le chemin.
HEecror.
Loin de son lieu natal l'insensé qui s’exile,
Traine son existence à lui-même iuutile ;
Son cœur est sans amours, sa vie est sans plaisirs, Jamais pour consoler sa morne rêverie,
Il n’a devant les yeux le ciel de la patrie,
Et le sol sous ses pas n’a point de souvenirs.
AMÉDÉE
Au nom de vos aïeux qui moururent pour elle, Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle,
PR
Restez dan: la patrie où vous priîtes le jour ; Gardez pour ses combats votre ardeur enivrante, Gardez pour ses besoins votre force puissante, Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour.
Aimez ce beau pays où la vie est si pure,
Où du vice hideux fuyant la joie impure,
Des austères vertus on respecte la loi ;
Où, trouvant le bonheur, notre âme recueillie Des plaisirs insensés méprisant la folie, Respire un doux parfum d'espérance et de foi.
JgLes.—C'est beau, c'est vrai, c’est senti ; les larmes me vieuneuŸ aux yeux malgré moi. Merci, mes bons petits enfants.
Féuix.—GCe n’est pas tout. Chantez maintenant la chanson qui se rattache au morceau que vous venez de réciter.