SCÈNE
GAGNON seul (chantant.)
J'ai deux grands bœufs dans mon étable, Deux grands bœufs blancs marqués de roux ; La charrue est en bois d'érable, L'aiguillon en branehe de houx.
C'est par leurs soins qu'on voit la plaine, Verte au printemps, jaune l'été ; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n’en ont coûté.
S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre, J'aime Jeanne, ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs.
C'est drôle tout de même, M. Blainville nous invite à sa cabane pour faire une fête au sucre ; et de toute la compagnie, me voilà seul.... Tout le monde devait être rendu à midi sans faute, une heure sonne, deux heures. ... et puis personne... . Si après cela, les foques sont durs, si la fér est gâtée, si la rempette est trop forte, ce sera leur faute. Pierre Gagnon s’en lave les mains. (// chante.)
Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit ; Bravant la pluie et les tempêtes, Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire, Un brouillard sort de leurs naseaux, Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.
S'il me fallait les vendre J'aisuierais mieux me pendre.
J'aime Jeanne, ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs,
(Félix entre.)