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trats qui se respectent, que tle leur olTrir l'occasion d'être justes ou de reconnaître qu'ils ne l'ont pas été?
Je vais donc, citoyens Directeurs, poursuivre, en quelque sorte en votre nom , ceux qui ont abusé de cette inattention , que des hommes occupés de grandes affaires doivent naturellement porter dans les petites , pour vous entraîner à l'acte irrégulier contre lequel je réclame.
Il est irrégulier, cet acte. 11 condamne et n'est pas motivé (1). Cependant, si jamais un arrêté a besoin d'être motivé, c'est bien, ce me semble, lorsqu'il condamne.
Je me voyais donc réduit à deviner mes torts. Mais inutilement, pour les découvrir, j'ai interrogé ma conscience; je l'ai trouvée muette, comme l'arrêté lui-môme.
Enfin , des personnes qui voient autrement que moi, ont indiqué à mes scrupules une lettre publique oii je condamnais l'anniversaire du 21 janvier. Eh bien ! donc, que ce soit là mon crime ; c'est celui de la presque totalité des Français.
(1) L'aiiTlé poi luit simplement : « Le Directoire exécutif renvoie le citoyen Maillet-Lacoste de l'Ecole polytecliiiitiue. »
Sans doute que nos adversaires n'exigeront pas de nous un respect aveugle , une vénération superstitieuse pour tous les événements dont la révolution se compose. De leur propre aveu, nous pouvons, nous devons même en condamner quelques-uns. Or, oseront-ils bien fixer le terme où doit s'arrêter notre censure? Ils diront peut-être que présenter la mort du roi comme un crime, c'est signaler à la France ses premiei-s magistrats comme des hommes criminels. S'ils pouvaient lire au fond de mon ame , ils verraient combien une conséquence aussi odieuse répugne à mes principes. Il est en effet une vérité dont je suis plus frappé que jamais ; c'est que dans les révolutions plus qu'en aucun autre temps , l'action la plus horrible s'offre quelquefois à nous sous les apparences de l'action la plus belle. Dans ces effroyables crises, les âmes énergiques deviennent aisément des ûmes atroces. J.eur propre vigueur leur est fatale. Elles ne s'en plongent que plus avant dans les excès. On les voit, dans leur délire, prendre l'exagération pour l'héroïsme, la cruauté pour la grandeur. Elles ne sentent plus, ne jugent plus, n'agissent plus comme les autres. Vous diriez que, transformées en de nouveaux êtres , elles ont une
aiilre conscience, une autre raison, une autre morale. Ces if'ées, dont l'efTet naturel, lorsque nous voulons nous en pénétrer, est de nous incliner à la tolérance ; de nous disposer à plaindre plutôt qu'à haïr; à voir des hommes égarés plutôt que des hommes coupables ; à être indulgents pour les personnes, lors même que nous sommes inexorables sur les choses; ces idées, que doit avoir sans cesse présentes à son esprit tout homme qui veut juger les acteurs d'une révolution, ont toujours été présentes au mien. Elles ont fait , à mes yeux, la justification d'une foule de personnes, que j'estime en dépit de leurs écarts ;, et sans doute, citoyens Directeurs, elles feront ici la mienne.
Voilà mes adversaires désarmés dans une partie, à laquelle ils auront cru peut-être que je n'aurais pas même osé toucher. Du respect, que nous devons aux hommes , ils passeront sans doute à celui que nous devons aux choses; ils diront que flétrir un événement qui a eu une influence immédiate sur l'affermissement de la république, c'est flétrir la république même. Républicains éclairés, j'en appelle à vous. Est-il vrai que l'aflermissement de cette république, qui vous est si
chère, ait tenu dans le principe à la mort d'un liomnie? Vous rougiriez, vous frémiriez de le penser. Que direz-vous donc de ceux qui veulent lui faire, de cet événement même, un de ses titres de gloire? Vous ne verrez sans doute en eux que des liommes tout au moins aveugles, qui l'outragent en croyant l'honorer, qui la compromettent en la croyant défendre. Mais je vais plus loin; il serait vrai que cet événement déplorable piurait été nécessaire à l'alTermissement de la république, que je pourrais encore le condamner hautement sans être pour cela ennemi de la république. Et, en cOet, ne puis-je pas désapprouver les excès qui ont accompagné la naissance d'un certain ordre de choses, et néanmoins approuver et chérir cet ordre de choses , en lui-même? Pour jngerun gouvernement, on le prend, ce me semble, tel qu'il est, et nois îel qu'il a pu être d'abord. S'il fait le bonheur du peuple (et si notre gouvernement n'a pas encore atteint ce but, il peut l'atteindre), s'il fait, dis-je, le bonheur dn peuple, il a par là môme rempli sa destination , et l'on peut bien encore déplorer, mais non plus reprocher le passé. Que penser, en elfet, d'un honnne qui viendrait dire à une lîation hcurense sous un gouver-
nement régulier: Il faut détruire i'ortlre actuel (les choses; il a commencé par des crimes. Le détruire, dirait-on, ce serait clierclier un remède violent pour un mal qui n'est plus; ce serait immoler le présent au passé ; ce serait sacrifier notre bonheur à notre vengeance. Telle serait la réponse que dicterait le simple bon sens, et telle n'est pas cependant la logique de nos adversaires; car, selon eux , se déclarer contre la révolution , c'est se déclarer contre le gouvernement; faire la censure de l'une, c'est vouloir la ruine de l'autre. Il reste donc démontré que j'ai pu désapprouver l'anniversaire du 21 janvier et être attaché à la république. Bien plus, c'est parce que je suis attaché à la république que j'ai désapprouvé l'anniversaire du 21 janvier. J'ai cru non-seulement exercer un droit, mais même remplir un devoir, en condamnant une fête qiii déshonorait à mes yeux le gouvernement de mon pays, et offrait à mon imagination des conséquences beaucoup plus graves qu'on ne serait tenté de le croire d'abord. Il est en effet dans le cœur de l'homme des sentiments qu'on ne heurte pas toujours impunément; surtout lorsqu'ils tiennent à un fonds (ic générosité, à la compassion pour le malheur,
.'i (les souvenirs chers; surtout lorsqu'une nation nombreuse et éclairée les éprouve avec énergie et les manifeste avec éclat. Un gouvernement sage doit fléchir alors devant cette redoutable puissance de l'opinion , s'il ne veut pas compromettre la sienne. Que sera-ce si, dans une solennité publique, il met une sorte d'ostentation à la fouler aux pieds? Une fôte nationale, en contradiction avec le vœu national, offrait certainement une absurdité. Mais les esprits accoutumés à réfléchir sur les causes des révolutions pouvaient y voir quelque chose de plus; ils pouvaient se rappeler que plus d'un gouvernement a péri , pour avoir imprudemment choqué les opinions populaires. Quant à moi, si l'on me demande à quelle époque la république m'a paru le plus près do sa ruine, je dirai: C'est dans le moment même où, sur la tombe d'un roi, on lui pronostiquail une durée éternelle; c'est dans cette journée funèbre où je voyais le gouvernement d'un côté et la nation de l'autre.
Ah! au lieu de chercher à nous rendre l'image de la révolution sans cesse présente, on devrait chercher plutôt à l'écarter pour toujours. Que je voudrais enfin la voir cette liberlé, laissant après
elle, dans un éternel oubli, les événements malheureux qui ont souillé ses premiers jours , s'élancer pure et brillante de son berceau ! Quand un édifice est construit , on écarte les échafaudages informes qui ont servi à sa construction , et l'édifice paraît à nu dans son imposante simplicité. La république est fondée. Dérobons , s'il est possible, à notre souvenir l'effroyable révolution, par laquelle il nous a fallu passer pour arriver jusqu'à elle. Qu'elle se présente seule aux regards de la postérité. Mais non , il lui restera le magnifique cortège de nos victoires.
(:AF,>', IlIP. I)K A. lIMiDKI..
DISCOURS
SUR