CONCURRENCE INDUSTRIELLE
C'est, d'une part, une vérité : Qu'il ne faut faire aux autres que ce qu'on voudrait qu'il nous fût fait.
C'est d'autre part un fait : Que , dans tout état, profession, ou association industrielle, on ne peut guère réussir et même vivre qu'aux dépens les uns des autres; ce qui est aussi une vérité.
Vérité de droit, vérité de fait, vous êtes donc en désaccord! Mais qu'en conclure? sinon qu'il y a dans ce monde d'épreuves , oii conséquemment le mal est mêlé au bien, un Êiit qui rend né-
D'UN OCTOGÊNAlRtr. U
céssairement imparfaite rapplication d'un précepte de perfection ; d'oii il suit que cette appli« cation n'y peut être qu'approximative; 'en sortp qu'ici- bas , où tout est passager parce que tout y est imparfait, le devoir de l'homme n'est point d'atteindre aune perfection hors de sa portée, mais d'en approcher le plus possible, en compensant, par le bien qu'il doit faire volontairement à ses semblables , le mal inévitable qu'il ne doit leur faire qu'involontairement.
DE NOS INSTINCTS
Qu'on soit poule, lionne ou femme, oq es.t pareillement bonne mère; Dieu Va. voulu aiijsi. Mais il n'a pas jugé aussi indispensable que Ton fût bon père : on n'en voit point chez les animaux , et les mauvais pères chez l'homme ne âont pastaires.
Pàmrtant, comme aussi Dieu a voulu que i'es*
7i SOUVENIRS ET.BËYBRiES
prit de famille; inconnu des animaux,, fût l'un deâ attributs de l'espèce humaine, s'il a laissé plus de fibre-arbitre à la paternité qu'à la maternité, il est évident -qu'il n'en veut pas moins dans le père un dévouement tendre et soutenu , d'abord pour ses enfants, puis, à divers degrés^ pour les autres membres de sa famille.
A ces deux instincts , Dieu a voulu qu'on troisième s*ajoutât : l'esprit de société^ qui s'appelle esprit comme celui de famille.
Un quatrième instinct , ou bien plutôt le premier de tous, comme le plus élevé et le plus exclusivement particulier à l'homme, c'est l'idée qu'il a de Dieu et d'un autre monde. G!est un instinct, puisqu'il semble être inné dans l'âme humaine, oii il existe avant tout perfectionnement de son intelligence, et de sa moralité dont il est le germe; l'idée de Dmu étant celle de la perfection , mot qui exprime tous les attributs de la Divinité , lesquels sont si admirablement définis par la philosophie chrétienne, le plus remarquable de tous les progrès de l'esprit humain! '
Mais d'autres instincts de l'howme sont encore
D*rN OCTOGÉNAIftE. Tf.
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à eoBsidérer : l'instinct curieux , celui qui nous pousse à vouloir tout connaître, çt à la recherche de la vérité sur Dieu , sur la création , et sur nous-mêmes; Tinstinct ambitieux, c'est-à-dire ce besoin si impérieux de notre âme d'enflammer de ses ardeurs, de convaincre de ses convictions les âmes de ses semblables, de se les assimiler, de régner, de vivre enfin en elles, et de s'y survivre par cette double puissance d'attraction égoïste ou d'expansion généreuse, comparable peut-être, dans l'ordre matériel, à cette force d'attraction ou d'expansion qu'ont entre eux les corps dont ce monde visible est composé.
Évidemment encore. Dieu, en nous donnant ces deux derniers instincts, a voulu qu'ils excitassent notre intelligence à s'efforcer de découvrir les lois physiques et morales de la création, pour que nous en admirions et en ado- Hôns mieux le Créateur ; nous permettant aussi, pêkT la connaissance des unes , d'améliorer notre exist^ee eh ce monde, et par celle des autres, iHontrant à notre raison les moyens de mieux gouverner nos familles et nos sociétés, ainsi
La conséquence de ces observations sur nos instincts moraux, même les plus élevés, n'est point qu'on doive se laisser entraîner aveuglé-
ment à Tinfluence de l'un ou de Tautre, selon qu'il est en nous le plus impérieux, la raison nous ayant été donnée, tout au contraire, pour empêcher notre imagination d'outré-passei' la juste portée de chacun de ces instincts; sans quoi, se désaccordant entre eux, ils s'entrechoqueraient, tandis que les faire concorder ensemble, autant qu'il se peut, doit être la règle de notre conduite.
DE l'instinct de l'oRDRE.
. Composez devant un théâtre quelconque un public nombreux tout de gens à voix Êiusses , ou d'hommes tous vicieux , ce qui ne serait que trop possible; et, nonobstant, vous verrez quelle révolte d'oreilles pu de cœurs éclaterait,
chez les premiers, à Taudition de sons .discordants, et chez les seconds, à l'aspect. du vice triomphant de Tinnocence faible et persécutée !
Surpris d'une telle anomalie, croira-t-on que les oreilles ou les consciences réunies redevien* nent justes, de fausses ou de faussées qu'elles étaient isolément? Ou plutôt, que l'oreille que l'on a fausse pour soi, comme la conscience que l'on a faussée pour se juger soi-même, on les a justes pour juger autrui?
Quoi qu'il en soit, de ces deux faits, l'un moral, celui de cette conscience à deux poids dans le vicieux, se trouve, ce qui est rare, d'une explication plus facile que le fait physique, celui de cette oreille fausse pour soi, et juste lorsqu'il s'agit de juger les autres.
Mais ce dernier fuit est-il réellement aussi matériel qu'au premier aperçu il le paraît? Et mieux étudié , ne découvrirait-on pas qu'il n'en a que l'apparence; qu'il s'explique comme le prtçmier, et remonte à une même cause morale
et . providentiel le ?
Bfl effet, ne peut-on pas dire, à propos de
78 S0U¥!SÀ4ttS ET «ÊVEaiES
€e^ui4oAt ie' dibiit est ijunic à rinsu et sonoreil^e^ qmind poitrbiiit ce uiénie déikut le ehoqù^ dams les autres y que cette <cantra4i^tîoji TÛ^nt dêice que rinstirict de riiarnionie, qui dérive de cal uî de Tordre, n'eu existe pas smotos inné daiisrsoa ânie , se rattactiant par la à cette côi»cieiice du Lien et du l^eau, type iuefiâmblement empreiiil: dans toute ame humaine, instinct que révolte tout désordre, lequel est une iniiarmonie, qne' ce désordre soit moral ou matériel ?
Or, dans le cas présent , cette infaarmonie , ce désordre dans sa propre voix, effet d'un vice de conformation , on ne l'aperçoit pas en soi-même, parce que, dans l'âme, l'instinct de l'ordre ou de l'harmonie n'en existant pas moins , l'inteixtîon de chanter juste nous trompe sur le.£iit co»* traire , ce qui ne peut arriver lorscpi'il s'agît de juger en autrui le même défaut.
Ce n'est nullement un jeu- de l'esprit de re^ marquer que toute vertu est entre deux vices : l'un son excès, Tautre son contraire; celui-ci
le pire des deux : le contraire d'une vertu en
étant plus loin que son excès, qui, du moins,
-' s6mble airoir passé par ^le.
Telle là bonté, entre la méchanceté et la faiblesse; la modestie, entre l'orgueil et la bassesse; lapîëté, entre l'impiété et le fanatisme; la gêné* resité, entre Tavarioe et la prodigalité , etc., ^lic.
D'où il suit (fue toute vertu est milieu , et tout vice excès, même le vice contraire à une vertu, car sll n'est pas l'excès de celle-ci , il n'en est pas moins un excès d'une autre nature*
D'où vient encore que le caractère de toute vertu vraie est d'être égal , mesuré et modéré ; tandis qu'au contraire , une agitation ardente ou inquiète décèle le vice , lequel est toujours passion ou faiblesse.
D'où vient, enfin, qu'au lieu d'admirer une vertu ardente, il faut s'en défier; comme aussi, il faut surtout craindre un vice contenu : rien n'étant moins sûr qu'une vertu passionnée, puisqu'elle est sortie du milieu qui lui était propre; et rien plus à redouter qu'un vice calme, lequel ainsi usurpe l'un des attributs et l'une des plus grandes forces de la vertuJ
so SOUvVfiQliaS.ET B£V^I(|ES